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Full text of "Revue Française de Psychanalyse VIII. Tome 1935 No.2"

Tome huitième. N° 2. iq35 




Cette revue est publiée sous le haut patronage 
<\t M. le Professeur S. Freud. 



MEMOIRES ORIGINAUX 



PART JE MÉDICALE 



BEVUE FRANÇAISE DE P5TC H ANALYSE. 



Source gallica.bnf.fr /Bibliothèque nationale de France 



HERMES ou APHRODITE ? 



Le Côté biologique du Problème 



Par J. LEUBA 



AVANT- PROPOS 

Car il a un côté biologique* Certes, nous ne l'oublions jamais,, 
Tels d'entre nous ne laissent pas de rappeler, à toute occasion^ ce 
qu'ils doivent -à, leur formation médicale et de chercher sur quelles 
bases organiques — constitutionnelles ou accidentelles — s'écha- 
faudent les constructions complexes des névroses. Faute d'en savoir 
assez sur ce point* nous sommes bien obligés de nous résigner à 
attaquer les nécroses et leurs symptômes par des voies psychiques, 
les seules qui nous soient actuellement accessibles. Entendons par 
là les seules qui, malgré qu'on en ait, donnent des résultats théra- 
peutiques dont il vaille vraiment la peine de parler. 

Immodestie ? Oh, que non : simple constatation de fait. 

Ce que Ton ne sait pas, parce que nous le disons rarement, c'est 
que, tout au long de nos cures psychanalytiques, nous sommes 
attentifs aux indices fonctionnels et anatomîques de nature à éclai- 
rer notre ignorance des causes organiques profondes favorisant 
les déviations instinctuelles que nous traitons* Ces causes existent 
probablement. C'est ainsi que nous voyons une même forme de 
névrose se transmettre sur six générations successives. Nous con- 
naissons, pour une, parfois deux de ces générations, les circons- 
tances affectives qui ont fait naître à un moment donné la névrose 
et Font fixée. Nous connaissons en revanche une foule de sujets 
chez lesquels des conditions affectives identiques à celles de ces 
familles névrotiques ont provoqué, dans l'enfance, une régression 
vers l'homosexualité, par exemple, mais qui ont réussi, ultérieu- 
rement, à franchir sans dommage les caps dangereux de l'évolution 
normale* 



I 



HERMÈS OU APHRODITE ? 195 



Pourquoi cette évolution morbide dans un cas, normale dans 
d'autres ? 

Nous observons fortuite ment que telle jeune femme? frigide et 
de tendances homosexuelles, orne, à vingt ans, sa lèvre d'une mous- 
tache. Ses seins sont peu développés ; son tonus musculaire mas- 
culin lui permet des prouesses qui ne sont pas réputées féminines. 
Sa mère portait aussi, très jeune, moustache fournie, et sa grand- 
mère maternelle était une virago barbue qui menait rondement le 
bataillon familial. Nous recueillons, au cours de l'analyse, divers 
propos couramment proférés par ces femmes à demi -viril es. Us 
ont trait à la nullité des hommes et à leurs besoins grotesques et 
dégoûtants. 

Tout cela Jious met la puce à l'oreille, bien sûr. Mais quelles 
conclusions thérapeutiques en pouvons-nous tirer ? Nous en con- 
cluons que, faute de pouvoir aborder ces anomalies par des voies 
médicamenteuses, nous serions bien fols de ne pas recourir à une 
méthode de traitement qui a fait ses preuves. Ce faisant, tout à 
notre besogne de dissection psychique, nous finissons par reléguex^ 
dans notre for intérieur, sans plus y penser,, cette épine an ato- 
mique. Quittes à y recourir quand, à 1* occasion d'un échec théra- 
peutique, nous éprouvons le besoin de nous consoler. Nous nous 
disons alors, pas plus fiers de notre échec qu'il ne convient ; « Il y 
avait certainement un fonds constitutionnel irréductible ». 

Quelle consistance a ce cataplasme sur notre amour-propre 
chagriné ? Quel est ce fonds constitutionnel ? C'est ce que nous 
allons essayer de démêler ici. Car on ne pouvait pas, dans un fasci- 
cule consacré tout entier à la frigidité féminine, ne pas essayer de 
préciser le peu que nous sachions des faits anatomo-physiologiques 
qui doivent entrer en ligne de compte dans l'examen des poxirquoi 
et des comment. C'est pourquoi nous avons tenu à résumer, de la 
manière la plus succincte, les données biologiques qui se lient au 
problème psychique de la frigidité. 

Ce problème est d'ailleurs inséparable de celui de l'homo- 

■ 

sexualité, manifeste ou de tendances. II ne faut pas attendre de 
cette courte étude des réponses décisives, ni même provisoirement 
définitives* Elle est simplement destinée à montrer un aspect de la 
question et à faire ressortir les très graves difficultés auxquelles^ 
en tant que thérapeutes, nous avons le courage de nous attaquer. 
Tout individu normal, ou se cuidant tel, ne peut se défendre 



196 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



d'un mouvement de colère intérieure quand on énonce devant lui 
Tidée que tout humain porte en soi des tendances homosexuelles. 
L'énergie avec laquelle il proteste contre cette niée prouve simple- 
ment qu'une part importante de sa personnalité doit se défendre 
contre la prise de conscience de pareiles tendances. Pourtant, il 
est un fait biologique de nature à apaiser ses alarmes, et c'est te fait 
de la bipolarité sexuelle de tout être- Ce fait est connu* du moins 
des gens cultivés, Cette notion n*a cependant pas le pouvoir de les 
rassurer entièrement. Elle est bien intégrée dans l'intellect, mais 
elle n'entame guère le bloc des attitudes affectives inconscientes à 
la base des tendances. La certitude scientifique permet tout au pins 
de faire bon ménage avec les pulsions ignorées* désormais plus 
aisément rationalisées. Sans doute parce que le sentiment inté- 
rieur de culpabilité lié à des pulsions ignorées du moi conscient se 
trouve atténué par l'idée rationnelle que ce qui est normal, c J est-à- 
dire commun à toute l'humanité, cesse d'être coupable pour l'indi- 
vidu isolé. Ces aperceptions endopsychiques sont beaucoup plus 
fréquentes qu'on ne le pense, 

Répandre cette notion de la bipnlarité scxiiHle, c'est donc 
courir la chance d'atténuer, ici ou là, un pénible conflit de ten- 
dances. C'est aussi courir le risque de renforcer les résistances des 
femmes à qui s'adresse ce fascicule : « Ils disent eux-mêmes que 
c'est organique ; on n'y peut donc rien changer. *> 

Tant pis pour elles. 



* 



Comment se pose le problème 

La frigidité de la femme, tout de même que l'impuissance de 
l'homme, et à quelque degré que soient développées ces inhibitions, 
va toujours de pair avec des tendances homosexuelles. Il n'est pas 
inutile de redire, une fois de plus, que ce que nous entendons par 
tendances homosexuelles n'est pas nécessairement synonyme de 
gofits erotiques homosexuels. Nous désignons simplement par Jà, 
dans le sens strictement étymologique du mot, un attrait particu- 
lier de ] 'homme et de la femme pour des personnes de leur propre 
sexe. C'est cet attrait qui fait la base des amitiés et des haines entre 
hommes et entre femmes. On l'observe au degré le plus manifeste 
chez les adolescents. Qui de nous n*a brûlé, potache, d'une vive 



HERMÈS OU APHRODITE ? 197 



flamme pour un de ses maîtres ou F un de ses lequales ? Qui n'a 
. souri, dans certains milieux du corps enseignant féminin^ des 
chastes idylles ébauchées de maîtresses à élèves ? Si Ton disait à ces 
amoureux qu'ils sont amoureux, sans sous-entendre rien de plus, 
ils nous arracheraient les yeux. Et si on leur révélait « tout de go » 
de quels singuliers reliquats erotiques, issus du fond de leur 
enfance, procèdent ces attachements passionnés, noire cas leur 
paraîtrait sans remède. 

Parmi ces amoureux de personnes de leur propre sexe 3 les uns 
ont le physique de l'emploi, les autres non* Plus précisément, parmi 
les hommes qui ont des affinités homosexuelles, les uns ont un 
aspect physique très viril, les autres un aspect efféminé. De même, 
chez les femmes, certaines ont un aspect hommasse, les autres sont 
de fluettes femmelettes. L'investigation psychanalytique des uns et 
des autres nous apprend que le degré de leur homosexualité ivesl 
fonction ni du degré de féminité physique des premiers, ni du degré 
de masculinité des secondes. 

En termes zoologiques, le degré de l'homosexualité n'est pas à la 
mesure des caractères sexuels secondaires. Freud, employant, un 
terme imprécis que Fou tend aujourd'hui à ahandonner, disait, dès 
1920, que pour les deux sexes le degré d'hermaphrodisme physique 
est très indépendant de celui de l'hermaphrodisme psychique {1). 

Voilà qui complique singulièrement le problème- Et voici qui ne - 
va pas ic rendre beaucoup plus limpide* 11 est des femmes, très fémi- 
nines d'aspect et de comportement, chez qui l'on découvre fortuite- 
ment, à l'occasion d'une opération chirurgicale, une glande sexuelle 
mixte, un ovo-testis. Rien ne les désigne à l'attention* Elles sont 
femmes du haut en bas, elles ont des instincts normaux de femme. 
Quelle valeur a donc ce fameux fonds constitutionnel auquel nous 
avons fait allusion précédemment ? 

Il n'a qu'une valeur d'hypothèse, et d'hypothèse invérifiable dans 
la plupart des cas, puisque là même où nous devrions trouver des 
caractères sexuels secondaires très modifiés, dans le sens de la mas- 
culinité, par la présence d'un testicule associé à un ovaire, aucun 
signe physique ni psychique ne nous permet de soupçonner la pré- 
sence de cet élément mâle. 

(1) S. Freud : « Psychogeiièse d'un cas d'homosexualité féminine ». dans 
Internat. Zeitschr. f> Psychoanalyse, VI, 1920. Traduction française de HT. Hocsli, 
dans la Revue française de psychanalyse^ T. Vf, n* 2 t 193;]- 



19S REVUE FRANÇAISE Ï>E PSYCHANALYSE 



L'hypothèse est cependant fondée* Elle s'appuie même sur des 
cas extrêmes d'une très grande valeur, notamment sur ceux qui ont 
été décrits, chez ]a femme, sous le nom de virilité surrénale. 

Cette anomalie consiste en une inversion, à des degrés divers, 
selon l'époque du développement où la cause pathologique est inter- 
venue, des caractères sexuels secondaires et des tendances instinc- 
tives* Ces femmes se comportent comme des hommes, dont elles ont 
d'ailleurs tous les caractères extérieurs : stature, barbe, voix, 
vigueur physique, et jusqu'aux différences extérieures des organes 
sexuels inclusivement. Nulle éducation ne peut faire que ces êtres 
întersexués deviennent psychiquement féminins* De leur clitoris 
phalloïde jusqu'aux poils du menton, ils sont mâles et le demeurent. 

Mais il y a toutes les nuances entre ces cas extrêmes et ceux où 
des formes nettement féminines dissimulent une constitution humo- 
* raie et psychique masculine. Si nous cherchons à démêler ces cas 
en les étudiant par leur côté hormonal, nous y perdons notre latin* 
L'échec d'un traitement psychanalytique ne peut en aucune façon 
constituer un critère scientifique : nous savons combien certains 
investissements libidinaux sont tenaces, à raison du danger que pré- 
sente leur abandon pour le sujet. De quel droit pourrions-nous 
venir dire, quand nous ne parvenons pas à déloger celui-ci de ses 
positions : « C'est la faute de sa constitution physique ? » Nous n'en 
avons nulle preuve, tandis que nous avons mille et une preuves de 
l'identité des conflits à travers lesquels toute fillette, quelle que soit 
son hérédité, doit parvenir à constituer sa féminité* 

Mais ceci est d'ordre psychologique. La partie théorique de l'ar- 
ticle de MM* Hitschmann et Bergler, empruntée aux nouvelles con- 
férences de Freud sur la psychanalyse, résume avec netteté ces 
difficultés. Ici, nous ne nous occupons que des faits anatomo-phy- 
siologiques susceptibles d'aggraver ces difficultés normales, et nous 
ne tendons qu'à montrer toutes les excuses valables qu'a la femme 
de se vouloir homme. Car tel est bien le nœud du problème psycho- 
physiologique de la frigidité. 

Les circonstances biologiques adjuvantes 

Négligeons les causes fonctionnelles qui s'opposent au coït ou le 
rendent tout au moins indésirable, Une atrésie du vagin n'est pas 
nécessairement accompagnée de l'anomalie psychique qui a nom 



HEBMÈS OU APHRODITE ? 199 



frigidité. C'est un défaut de construction qui ne s'oppose en rien à 
l'établissement d'une féminité normale» puisque la fillette ignore 
l'existence de son vagin, du moins jusqu'à la puberté, et que les 
causes qui déterminent la frigidité sont antérieures à celle-ci. 

Nous n'envisageons ici que les faits biologiques sur lesquels peut 
s'appuyer la notion de la bisexualité des humains. Ces faits sont 
d'ordre génétique, embryologique et hormonal. Ils ont été l'objet 
d'un exposé détaillé, paru dans cette revue (1). Nous nous borne- 
rons ici à en ramasser la suhstantifique moelle. 

Le déterminisme dn sexe. — Bien que chez les vertébrés le sexe 
soit contenu en puissance dans l'ovule fécondé, pendant les pre- 
miers temps du développement embryonnaire il n'est pas possible 
de distinguer les embryons mâles des embryons femelles. La plaque 
génitale, ébauche primitive des gonades, n'est pas différenciée his- 
tologiquemcnt C'est dans ce tissu primitif indifférent que proli- 
fèrent les cordons sexuels primaires. Ces cordons prennent une dis- 
position radiaîre, séparés qu'ils sont par du tissu conjonctif. A leur 
base, ils s'unissent aux canalicules du mésonéphros et forment ce 
que l'on appelle le rcte. À partir de ce moment, on appelle cordons 
médullaires les cordons prolifères du hile vers l'écorce, c'est-à-dire 
vers la surface de la gonade. C'est cette ébauche qui évoluera soit 
dans le sens d'un testicule, soit dans le sens d'un ovaire, suivant 
l'assortiment chromosomique de l'ovule fécondé. 

Dans le premier cas, toute la partie des cordons médullaires qui 
<;st située vers Técorce se résorbe, tandis que le reste des cordons 
s'organise en tubes spermatiques. Dans le second cas, ce sont au 
contraire les cordons médullaires qui se résorbent» tandis que pro- 
lifère la zone corticale. 

Normalement, toute révolution de la gonade se poursuit dans le 
sens où elle a été commencée. Mais il peut arriver, sous Pinfluence 
de causes particulières, que l'évolution commencée dans le sens du 
sexe femelle, par exemple, s'achève clans le sens du sexe mâle. En 
ce cas, selon Tétat de développement où la gonade a été surprise 
clans sa croissance par la cause perturbatrice, l'évolution aboutit 
soit à un ovaire, soit à un organe mixte, tout ensemble ovaire et 
testicule (ovo-testîs), soit à un testicule, Plus la perturbation est 
précoce» plus est marquée l'inversion. 

(!) J, Liïcba : w Notions élémentaires de biologie psyelio-sexuelle »>. Re&ue 
Jmn&tise de Psychanalyse, T. VI I, n* 3, 1934. Chez Denoël et Stcelc» Paris, 



200 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

C'est ce phénomène que l'on- désigne par le ternie d'intersexua- 
lité (1). Un être ïntersexué est donc un être qui a commencé son 
développement ri ans le sens du sexe prédéterminé génétiquement, 
et qui l'achève dans le sens du sexe opposé. 

Ce phénomène nous permet de discerner, dès à présent, au moins 
deux facteurs déterminants du sexe, Ces facteurs, nous les appelons 
des hormones (hormao, je mets en mouvement, j'excite), substances 
particulières, non isolables, mais susceptibles de mesures expéri- 
mentales dans leurs effets. Dans le cas de FintersexualUé, nous 
disons qu'une substance hormonale de premier ordre a donné aux 
développements tissu la ire s leur première orientation dans Je sens 
mâle ou dans le sens femelle et qu'une hormone de second ordre a 
renversé le sens primitif à partir d'un certain point de virage. 

Cette perturbation du développement embryonnaire normal abou- 
tit, chez rhoibine adulte, à des malformations diverses. Sans entrer 
dans les détails, disons simplement que Je mécanisme normal de la 
fécondation est faussé par un défaut d'équilibre entre les facteurs 
héréditaires masculins et féminins. Cela est dû à des anomalies dans 
rassortiment des chromosomes nucléaires qui contiennent les fac- 
teurs ou gènes héréditaires. 

Il en résulte tout d'abord que l'intersexualité est héréditaire. 
Dieilenbach a dressé le tableau généalogique d'une famille chex 
laquelle des întersexués apparaissent dans six générations succes- 
sives. On peut aujourd'hui donner une explication rigoureuse de ces 
cas d'inter sexualité, dont la transmission est soumise aux lois m en* 
délienncs. Des éléments de cette explication, fournie par la géné- 
tique, science relativement nouvelle, mais d'une perfection quasi- 
mathématique» ne retenons qu'un point essentiel. 

Toute cellule vivante, végétale ou animale, porte dans son noyau 
une certaine quantité de substance avide des colorants par lesquels 
nous différencions les tissus en vue de nos examens microsco- 
piques* Cette substance chromatique se répartit en segments ou 
anses, disposés par paires, auxquels on donne le nom de chromo- 
somes. La forme et le nombre de ces segments varie d'une espèce 
animale ou végétale à l'autre, mais ils sont toujours les mêmes 
pour une espèce donnée. Chez le mâle comme chez la femelle, ces 
chromosomes sont identiques deux à deux, sauf pour inw paire 

(1) On J 'appel Je aussi hermaphrodisme, désignation qui, ne faisant allusion 
qu'à des différences morphologiques, entraîne des confusions. 



- - ■ 



H EH MES OU APHRODITE ? 201 



aberrante où l'un des chromosomes diffère de son partenaire on bien 
fait défaut, 

A quelques exceptions près, c'est le mâle qui porte la paire de 
chromosomes aberrants. Dans cette paire, .l'un des chromosomes 
diffère totalement de l'autre ; on rappelle chromosome Y. Quant à 
l'autre, il est identique à ceux de la paire ovulaire qui se conjuguent 
avec ceux de la paire, aberrante, C'est le chromosome X. 

Tous les autres chromosomes étant identiques dans les deux 
sexes, il s'ensuit qu'ils portent en eux les facteurs héréditaires de 
l'espèce. Mais, en ce qui concerne la dernière paire» porteuse de la 
part majeure des caractères déterminants du sexe, la femelle se 
trouve avantagée, puisqu'elle détient deux chromosomes X contre 
un seul chez le mâle* Il n'en reste pas moins que l'ovule et le sper- 
matozoïde possèdent, dans la paire des chromosomes qui con- 
tiennent les facteurs déterminants du sexe, un chromosome qui leur 
est commun* Ce chromosome est donc aussi mâle que femelle, et 
cela nous fournît un premier argument en faveur de la bisexualité 
contenue en puissance chez les humains. N'omettons point d'ajou- 
ter, pour être agréable aux daines, que les deux chromosomes X f 

■ 

féminins, constituent pour l'enfant mâle un apport quantitatif 
femelle prédominant, puisque le spermatozoïde n'en contient qu'un. 
De fait, jusqu'à sa puberté, le jeune garçon est psychïquement et 
physiquement femelle. 

Laissons ces digressions arides pour en revenir aux êtres inter- 
sexnés. Par quoi se traduit, morphologiquement, Paccident qui a 
aiguillé, à peine ébauchée, V évolution d'un embryon génétiquement 
femelle sur la voie de la masculinité ? Nous savons déjà que les 
effets de ce faux-aiguillage sont très variables, selon l'époque où la 
cause perturbatrice est intervenue* Cette époque dépend elle-même 
de la force du gène héréditaire qui a créé le déséquilibre au moment 
de la fécondation, On peut dire, en gros, et laissant de côté les 
étapes de révolution einbryogénique des voies uro-génitales et des 
organes génitaux externes, que le type le plus fréquent d'inter- 
sexualité, chez l'homme, est une intersexualité moyenne femelïe, 
l'intersexualité à partir d'un mâle n'étant pas possible génétique- 
ment chez les mammifères (1). 

La première modification porte sur révolution des gonades ou 

(1) Cf. R. Goldschmidt : Le déterminisme du sexe et V intersexualité, Chct- 
À tain, Paris, 1932, 



4*44 



202 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



glandes sexuelles- Elles deviennent alors des ovo-testis, ovaires 
plus ou moins transformés en testicules, parfois même en testi- 
cules atypiques, sans spermatogénèse. 11 arrive que ces ovo-testis 
descendent dans les grandes lèvres, transformées ainsi en un scro- 
tum biparti, dont elles sont d'ailleurs l'homologue embryologique. 

Les modifications portent en second lieu sur les voies génitales. 
Les voies mâles, représentées par les canaux déférents et l'épidi- 
dyme, coexistent avec des oviductes, un utérus et un vagin atro- 
phiés à des degrés divers. Dans les cas extrêmes, le Vagin est un 
cuî-de-sac et il n'y a pas d'utérus. 

Les organes génitaux externes sont femelles, sauf dans les cas 
où les testicules descendent dans les grandes lèvres. 

Quant aux caractères sexuels secondaires, à ceux qui donnent 
l'aspect général du corps, ils sont souvent entièrement féminins, 
même si rinterscxualité des gonades est très poussée. Parfois ils 
sont infantiles, ou encore plus ou moins masculins. 

Pourquoi ces différences morphologiques sans aucun rapport avec 
le degré de Tinlersexualîté génétique ? C'est que les caractères 
sexuels secondaires sont un phénomène hormonal dont il est impos- 
sible de donner une explication précise. On peut supposer que Fovo- 
testis ou bien continue à sécréter des hormones femelles» stimulant 
le développement des caractères sexuels secondaires femelles, ou 
bien ne sécrète rien du tout, auquel cas les caractères demeurent 
infantiles, ou bien encore sécrète des hormones mal es , engendrant 
des caractères mâles : barbe, voix grave, développement excessif 
du clitoris, etc. Toutes ces hypothèses sont un peu simplistes. Elles 
se fondent sur l'idée préconçue que la gonade femelle sécrète une 
hormone femelle, la gonade mâle une hormone mâle. C*esl bien 
loin d'être aussi simple. Tout d'abord parce que certains faits 
expérimentaux montrent que l'hormone sécrétée par les gonades est 
ambosexuelle. Ensuite, parce que d'autres glandes à sécrétion 
interne interviennent, susceptibles de troubler l'action des hor- 
mones sexuelles proprement dites. 

Les hormones. — Ce serait donc une erreur de croire que toutes 
les anomalies des organes sexuels observées chez l'homme ressor- 
tissent à Tîntersexualité génotypique, ou, si Ton veut, chromoso- 
mique* Nous avons déjà fait allusion, précédemment, au phéno- 
mène désigné du nom de virilité surrénale. Il consiste en une inver- 
sion des caractères sexuels secondaires sans aucun rapport avec la 



HERMÈS OU APHRODITE ? 



203 



constitution génotypique, puisqu'il est dû à une tumeur de la cap- 
sule surrénale. Dans cette anomalie, tous les degrés d'inversion 
physique et psychique peuvent s J observer 3 jusqu'au développement 
du clitoris en un pénis perforé, jusqu'à l'adoption du costume et du 
comportement masculins, que tout justifie, puisqu'il faut une cir- 
constance fortuite pour que soit découverte l'anomalie. 

Semblables transformations de l'habit us féminin en habitus mas- 
eu lin (mis à part les organes internes qui, dans ces cas, sont tou- 
jours féminins) sont parfois aussi produites par des tumeurs ova- 
riennes, Sublatà causa, toltitur effectua : l'ablation de la tumeur* 
chez une fillette ainsi modifiée, la fait revenir à un aspect féminin 
normal. Dans ces cas, nous sommes obligés d'admettre que la 
tumeur, ou la dys fonction glandulaire, agit sur le métabolisme de 
croissance de la même manière que les facteurs héréditaires mâles 
dans les conditions normales. Les choses se passent comme si le 
développement des caractères sexuels mâles était commandé par 
une hormone mâle, ayant même influence que l'hormone testi- 
culaîre. 

Mais si nous étudions cette hormone réputée mâle, nous tombons 
dans une nouvelle complication. Car cette hormone, si satisfaisante 
pour l'esprit quand nous lui attribuons une action spécifiquement 
mâle, existe normalement dans l'urine de toute femme. 

Autre fait, qui sape l'idée d'une hormone spécifiquement mâle : 
la crête du coq, caractère sexuel secondaire mâle, disparaît chez le 
coq châtré. Mais ce même tissu existe chez la poule, moins déve- 
loppé, il est vrai, et il disparaît aussi 1 chez la poule châtrée. 

En réalité, cette hormone mâle serait, selon M, Champy, une hor- 
mone ambosexuelle de maturité, et il faut considérer deux choses 
dans son action ; l'hormone elle-même et la sensible locale sur 
laquelle elle agit quand cette sensible locale existe, et n'agit pas 
quand ce révélateur n'existe pas. Lorsque telle, ébauche d'un organe 
propre au mâle apparaît cl\ez la femelle châtrée, cela, prouve sim- 
plement que le développement de cette ébauche était inhibé par 
Fovaîre et que la femelle produit une substance capable d'agir sur 
cet organe dans le même sens que chez le maie. 

Il ne faut pas négliger non plus ïe fait, bien établi par la géné- 
tique, que certains vertébrés contiennent en puissance les deux 
sexes. C'est ainsi que tout crapaud mâle est une femelle virtuelle. 
Si l'on châtre un crapaud mâle, sa glande sexuelle primitive, de- 



i*«^v^^H^^^^aA«H 



204 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

meurée à l'état de vestige (organe de Bidder)* se développe en un 
ovaire productif, si bien que Ton peut obtenir des générations de 
crapauds issus de deux mâles. -Chez les oiseaux, c'est au contraire la 
femelle qui contient un mâle en puissance, Enlèvert-on à une poule 
son ovaire gauche, seul fonctionnel, un testicule se développe à la 
place de l'ovaire droit rudimentaire. La poule prend alors le plu- 
mage d'un coq* On a vu cette transformation se faire spontanément 
che2 une poule pondeuse. 

Quant aux innombrables expériences sur l'action des extraits 
lesticulaires et ovariens administrés à diverses espèces animales 
après castration, elles montrent que le seuil d'action de ces extraits 
varie dans de grandes mesures, à cause de l'intervention d'autres 
glandes à sécrétion interne, telles que l'hypophyse, la thyroïde, etc. 

Car les hormones sécrétées par l'ensemble des glandes endo- 
crines jouent un rôle très important, encore que secondaire, tlans 
l'équilibre harmonieux de toutes les fonctions, y compris la fonc- 
tion de croissance. Nous connaissons déjà le rôle de la capsule sur- 
rénale, dont la sécrétion interne, du moins dans sa partie corticale, 
tend à viriliser non seulement les caractères sexuels, mais aussi le 
caractère tout court. Le lobe antérieur de F hypophyse, hypertrophié 
ou affligé d'une tumeur, entraîne, entre autres syndromes, le syn- 
drome adiposo-génital, caractérise par une in suffisance de dévelop- 
pement des organes génitaux et une hypertrophie du revêtement 
adipeux. Une tumeur hypophysaîre entraîne aussi, a l'opposé, !e 
syndrome appelé gigantisme, qui donne aux femmes un aspect sur- 
vin). 

Enfin, il faut souligner le retentissement du tonus général sur 
l'ensemble de ces synergies glandulaires, et, réciproquement, \u 
second sur le premier. Les accès périodiques de manie ou de dé- 
pression, indépendamment des raisons affectives qu'a la femme 
d'être euphorique ou déprimée, apparaissent de plus en plus 
évidemment en rapport avec des décharges glandulaires qui trou- 
blent le chimisme général* Ces interactions sont d'une telle com- 
plexité que toute tentative thérapeutique reposant sur l'adminis- 
tration de médicaments, même sous foi nie d'extraits de telle glande 
qui nous paraît déficiente, n'est que grossier empirisme. En revan- 
che, nous savons, par de multiples exemples, que la sécrétion du 
sperme, réduite à un faible volume chez un impuissant-adonné à la 
masturbation, augmente dans de notables proportions après un traî- 



^m^Y^^m^ 



^!5! 



HERMÈS OU APHRODITE ? 



205 



tement psychanalytique suivi de guéri son . Il en est de même des 
sécrétions vulvaires chez certaines frigides. Ces effets dynamiques 
tangibles sur des glandes à sécrétion externe s'accompagnent cer- 
tainement d'effets analogues sur les glandes à sécrétion interne. 

En dehors des faits rigoureusement établis par la génétique, et 
sur lesquels nous ne pouvons rien, nous sommes bien obligés de 
nous avouer que nous ne comprenons rien. Même quand nous pré- 
tendons fonder une thérapeutique hormonale sur des contrôles chi- 
miques du fonctionnement glandulaire, nous devons reconnaître 
que les résultats ne correspondant jamais à notre attente. Le chi- 
miste le plus génial se heurte à une somme d'inconnues telle qu'il 
y pourrait longtemps exercer sa sagacité* Actuellement, il est réduit 
à se dire : « Je crois comprendre ceci et nous allons essayer cela. 
Et puis, on verra bien. » Et Ton voit généralement qu'on ne voit 
rien. 

Conclusions. — Résumons les faits avant de conclure. Au total, 
nous avons établi que, du point de vue génétique, tout homme peut 
fhre : « La femme blonde qui est en moi », et toute femme : 
<' L'homme que je me plais à être ». 

Du point de vue embryologique, et bien que nous ne soyons pas 
entrés dans ces détails, l'indifférenciation de la glande génitale aux 
premiers stades embryonnaires, l'identité d'origine du clitoris et 
do pénis, l'impossibilité de distinguer, jusqu'au troisième mois de Ja 
vie embryonnaire, le sexe masculin du sexe féminin, autant de rai- 
sons sur lesquelles la femme peut appuyer sa tendance à identi- 
fier son clitoris à un pénis. L'activité qu'elle y exerce, fillette, en 
se masturbant comme un garçon, contribue plus que ces notions 
théoriques à lui faire suivre sa petite idée. 

Enfin, le jeu complexe des hormones, tout à fait obscur encore et 
inexplicable, nous permet de supposer, sans que nous puissions rien 
prouver, que les tendances psychiques à la virilité sont très souvent 
conditionnées par un tonus physico-chimique mâle, dû à des hor- 
mones masculinisantes. Ces actions sont à coup sûr indépendantes 
de l'aspect physique, puisque nous voyons le complexe de virilité 
développé à un degré difficilement réductible chez des femmes 
d'aspect très féminin, et, à l'inverse, un habitus et un comportement 
très féminins chez des femmes porteuses d'ovo-testi s. En résumé, 
il existe une iniersexualité physique (génétique et hormonale), 
superposée ou non à une intersexualité psychique. Cette dernière se 



20b REVUE FBANCAIRK DE PSYCHANALYSE 



manifeste par l'impuissance masculine, la frigidité féminine et 
V homosexualité à tous ses degrés, appariée avec Vune et Vautre, 

On peut admettre, sans faire «ne hypothèse extravagante, toutes 
les nuances possibles entre une constitution hormonale nettement 
masculinisante et une constitution nettement féminine compor- 
tant, (les composantes masculines cachées au plus secret des mys- 
tères glandulaires. En fait, le complexe de virilité est décelable chez 
toute femme. Les conditions sociales dans lesquelles nous vivons 
aujourd'hui ne lui sont pas peu favorables. C'est chez les femmes 
intellectuelles, qui embrassent des professions masculines, que ces 
facteurs hormonaux transparaissent le plus souvent, à la faveur de 
petits signes, bien qu'on ne les puisse prouver scientifiquement. 

Si Ton prend pour critère la forme de l'intelligence, qui est au 
plus haut point conditionnée par l'équilibre hormonal, ainsi que 
Test toute activité psychique, Ton encourt le reproche de s'attacher 
à des différences plus conventionnelles que réelles. En tenant pour 
certain — je n'en suis pas du tout sûr — que l'intelligence fémi- 
nine soit moins apte que l'intelligence masculine aux attitudes 
objectives, que les jugements de la femme soient plus aisément que 
ceux de l'homme entachés d'affectivité, nous cherchons simplement 
à préciser une différence qui se sent plus qu'elle ne se définit. Mais 
alors, on peut aussi constater, par l'investigation psychanalytique, 
que cette forme d'intelligence correspond le plus souvent à une iden- 
tification avec un objet masculin et qu'elle est devenue pour la 
femme un moyen de se prouver qu'elle ne diffère en rien de 
l'homme, qu'elle peut faire tout ce qu'il fait. 

Comment établir le départ entre ce qui revient au refus de sa 
féminité et ce qui est proprement physiologique ? 

Quand nous traitons des intellectuelles qui vivent de leur intel- 
ligence, comment les convaincre que l'on ne tend pas à les faire 
renoncer à ce qui leur permet de vivre indépendantes, mais bien à 
ce qui empoisonne leur indépendance ? Célibataires, telles qu'elles 
le demeurent pour la plupart, elles ne réussissent pas toutes à subli- 
mer, dans une activité productive, leur vieille rancoeur contre ce 
sexe « raté » dont elles se croient « affligées », Mariées, elles ont mis 
le grappin sur un homme-femelle et font des ménages déplorables. 
Leur flair pour découvrir les castrats psychiques et se les annexer 
est presque aussi infaillible que celui de Démos pour le gouverne- 
ment des pires. 



HERMÈS OU APHRODITE ? 207 



Essayer de réduire ces attitudes avec des cachets d'extraits glan- 
dulaires administrés quinze jours par mois, c'est faire joujou avec 
la quadrature du cercle. En dépit de toutes les hormones, la psych- 
analyse a établi un fait : celui de l'universalité des conflits qui 
rendent si difficile à la fillette l'acceptation de sa féminité. Et un 
autre fait : l'expérience acquise dans le traitement psychanalytique 
du symptôme qui signe si souvent le complexe de virilité, soit la fri- 
gidité. Même dans des cas où des caractères psychiques très virils 
accompagnaient la virilité psychique, l'analyse a conduit à l'accep- 
tation de la réalité si néfastement scotomisée. 

Il est bien entendu que la psychanalyse est une méthode tarabis- 
cotée* obscure et un peu loufoque. Elle le sera jusqu'à refroidisse- 
ment de la planète, parce que les attitudes inconscientes sont igno- 
rées et du sujet et de son entourage. Et comme on n^n peut prendre 
conscience que dans une psychanalyse, il y aura toujours le clan de 
ceux que l'expérience a convaincus et celui des sceptiques hostiles* 
Espérons cependant que les idées et les faits exposés dans ce fasci- 
cule feront leur petit bonhomme de chemin dans l'esprit de quel- 
ques femmes malheureuses et dans celui de quelques médecins. 



Passivité, Masochisme et Féminité 

par Marie BONAPARTE 



u> 



1) DK LA ]>Ol*LKL"ft PrtÛFKE AUX I ONCTIONS »E KEPftODUCTlON KKMl- 
N1NES. 

2) De la volupté ékotjovii chez la femme, 

3f) Dl la conception infantile sadique dv coït, 

4) De la distinction ultérieure nécessaire entre masochisme et 

passivité. 

5) du cloaquk femelle et du phallus male chez la film me. 

1) dli la pou leur propre aux fonctions 

DE REPRODUCTION FÉMININES. 

i, 

L'observateur le plus superficiel ne peut s'empêcher de le voir : 
au domaine des fonctions de reproduction, le lot, en douleurs, de 
l'homme ou de la femme, n'est pas égal. Tandis que l'homme ne 
participe à celles-ci que par un seul acte, le coït, nécessairement 
pour lui voluptueux, — - la fonction de reproduction coïncidant pour 
i ii ï avec la fonction erotique, — la femme subit périodiquement la 
souffrance, plus ou moins accentuée suivant les cas» des menstrues ; 
elle doit voir s'instaurer le rapp roc lie ment sexuel lui-même par 
Facte plus ou moins sanglant de la défloration ; elle porte enfin 
l'enfant dans le malaise et accouche dans la douleur, sans parler des 
troubles souvent douloureux de la lactation. 

# Aussi la Bible (2) avait-elle déjà caractérisé la femme par la dou- 
leur propre à l'enfantement, châtiment du péché originel. Miche- 
Jet (3) a tfualjfié la femme ri' « éternelle blessée », Et, dans la litté- 
rature psychanalytique, Freud (4), discutant du masochisme, ce 

(1) D'û|>rès ma communication au XIII e Congrès International de Psychana- 
lyse (Luccrne, août 1934) intitulée « Du masochisme féminin essentiel ■> dont 
les idées ont été ici reprises et revisées. 

k2) Genèse ï III ; 16. 

(3) L* Amour* livre 1*% chan. Il, p. 57 de FécL Calma nn -Le vy, 1910. 

{4) ^ Das oekouomïsche Problem des Masochismns », public d'abord dans 
Vint Ztschr* f< Psa*, vol. X, n* 2, 1924. Repr* dans le volume V des Ges+ Schriften. 
— ■ Le problème économique du masochisme », trnd* Ed. Pichon et H. Hoeslï. 
Hernie Française de Psychanalyse, T\ II, n* 2 f 192H. 



^»( 



PASSIVITÉ, MASOCHISME ET FÉMTN1TÉ 209 



4. 

déroutant produit de la psychosexualité humaine, rapprochait îa 
forme érogène de celui-ci d'un masochisme « féminin », en atten- 
dant qu'Hélène Deutsch (1) fît du masochisme l'élément régulier de 
révolution de la femme et la constituante indispensable à l'accepta- 
tion de l'ensemble, entremêlé de tant de douleurs, de sa sexualité. 



* 



2) De la volupté erotique chez la femme. 

Cependant, un autre fait n'est pas moins frappant pour Fobserva- 
1eur même superficiel, La femme, dans les rapprochements amou- 
reux, peut être très voluptueuse, assoiffée de caresses diffuses et 
précises qui n'ont absolument, essentiellement, rien de pénible, de 
masochique. De plus, dans l'accouplement proprement dit la femme 
est susceptible d'une volupté orgastique analogue à celle rie: i 'homme. 
Certes, il faut tenk compte, en ce domaine, de ce fait biologique,, 
que bien des biologistes d'ailleurs semblent ignorer, mais que Freud 
a si bien mis en valeur ; la femme, à Tin ver se de l'homme, est pour- 
vue de deux zones érogènes voisines, le clitoris et le vagin, reflets, 
supports, de la bisexualité incluse en toute femme. L'antagonisme 
, de ces zones éclate dans certains cas, engendrant soit l'exclusivité 
vaginale, soit le clitoridisme exclusif avec anesthésie vaginale. Dans 
d'autres cas, je crois les plus nombreux, une harmonieuse collabo- 
ration de ces deux zones s'établit, favorable à l'accomplissement de 
la fonction erotique féminine dans l'acte normal de l'accouple- 
ment 

Cependant la part de volupté dévolue à la femme semble emprun- 
tée à ce que l'organisme féminin peut receler de virilité. Ce n'est 
pas à tort qu'un biologiste tel que Maranon (2) assimile la femme à 
un organisme mâle arrêté dans son évolution, justement du fait de 
l'influence inhibitrice des annexes maternelles juxtaposées, en une 
sorte de symbiose, à l'ensemble de son organisme gracile. 

C'est la part tronquée de virilité incluse en cet organisme dont 

- 

(1) v Psychoanalyse der wcibiichcn Seiïualfnnktionem » (« Psychanalyse des 
fonctions sexuelles féminines «)♦ Wîen* Int. Psa Yerïag, 1S25. fi Der féminine 
Masochismus und seine Beziehung zur Frigiriitat » (« Le masochisme féminin et 
ses rapports avec la frigidité »). Int. Zeitsch. f. Psa. t XVI, 2, 1930, 

(2) La évolution de la sexuaHdad y los est ados întersexnalcs, Madrid* Mo rata. 
1330* L'évolution de ta sexualité et les états inter$exuels t trad\ par le D r Sau- 
jurjo (TArellaiio, Paris, Gallimard* 1931, 

REVUE FRANÇAISE DE PSYCBANALÏSE. ''2 " 



*^^F^^^-* 



210 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



^H^V^P^VM^^^^ 



se sert la nature pour érotiser la femme, par ailleurs tout enfoncée, 
de par ses maternelles annexes, dans les douloureuses tâches de la 
reproduction, de la maternité. 

Ainsi, d'une part, en matière de fonctions de reproduction propre- 
ment dites, — menstruation, défloration, grossesse, accouchement, 
— la femme est vouée, biolosiquement, à la douleur» La natura 
semble ne pas se préoccuper de la lui infliger, et à de fortes doses, 
puisqu'elle n'a qu'à passivement en subir le cours prescrit. Par 
contre, en matière d'attrait pour le partenaire sexuel, nécessaire au 
rapprochement fécondateur, et d'érotisme voluptueux dans ce rap- 
prochement même, la femme peut être régale de l'homme, — bien 
que souvent sa fonction erotique s'établisse mal et tardive el qu'elle 
dépende toujours, il ne faut pas l'oublier, vu le rôle passif de la 
femme dans l'accouplement, de la puissance virile du partenaire, 
du temps, en particulier, que celui-ci accorde à la volupté fémi- 
nine, en général plus lente que la sienne, pour s'épanouir. 

* 

3) De la conception infantile sadique i>v coït. 

Mais faisons un retour en arrière vers l'enfant. 

Les observations psychanalytiques ont pu l'établir avec certi- 
tude : quand l'enfant, ce qui est si fréquent, fait une observation du 
coït des adultes, l'acte sexuel est toujours perçu par lui comme une 
.agression sadique de la part du mâle sur la femelle, — ceci en plus 
du caractère oral qui lui est en même temps attribué par le petit 
onfant, lequel ne connut donc d'abord que des rapports oraux d'être 
à être. Mais cet oral lui-même est sans doute lui-même coneu sur le 
mode agressif, vu la précocité de la phase cannibale. Néanmoins, le 
stade sadique-anal où ces observations ont si souvent lieu leur con- 
fère le caractère prédominant, semhle-t-il, d'une agression, bles- 
sante, pénétratrice, du mâle sur la femelle. Peut-être justement plus 
ces observations sont-elles précoces, plus leur teinte sadique est- 
elle accentuée, vu Tintrication primitive des instincts. Le degré 
d'agressivité, différent suivant les cas, pïopre à l'enfant, doit aussi, 
dans cette perception des actes des adultes, jouer son rôle détermi- 
nant, en se projetant sur ce qu'il voit. 

Chez l'enfant donc qui a été témoin de tels actes, un cliché, pour 



PASSIVITÉ, MASOCHISME ET FÉMINITÉ 211 



-ainsi dire, se forme et reste au fond de l'inconscient infantile* A 
mesure de la croissance de l'enfant et du renforcement de son moi, 
ce cliché est repris et retravaillé, et à l'image primitive s'adjoignent 
sans doute alors tous les fantasmes sado-masocliîques (1) que les 
analystes ont pu déceler, en particulier, chez les enfants des deux 
sexes, 

Les observations de coït très précoces, accomplies en pleines 
phases sadiques-cloacales et sadiques-phalliques (qui, dans bien des 
cas d'ailleurs, doivent chevaucher les unes sur les autres) avaient 
d'abord été accomplies avec des investissements partiels de l'objet 
touchant les organes convoités par les aspirations libidinales et 
sadiques de l'enfant. Mais peu à peu l'être entier de la femme et de 
l'homme se précisent et sont conçus comme tels, et la différence 
entre les sexes est enfin reconnue. 

Et alors, suivant le sexe des sujets, le destin et l'action des fan- 
tasmes sadiques de l'enfance sera différent. Chez le garçon, doué de 
lait du phallus pénétrateur, la conception sadique du coït, fuyant 
le péril centripète, cloacal, tend à se marquer dans le sens centri- 
fuge> vital, sans danger immédiat pour l'organisme même du sujet, 
Elle se heurtera certes ensuite aux barrières morales édifiées par la 
civilisation à l'agression humaine, au complexe de castration en 
particulier, mais la désintrication œdipienne des pulsions, drainant 
normalement l'agression vers le père et réservant la majorité de 
l'amour à la mère, aidera puissamment le garçon à distinguer sa- 
disme d'activité et à orienter son phallus actif, mais non plus sadi- 
que, pins tard-, vers la femme. 

Chez la fille, la conception sadique du coït, quand elle fut très 
accentuée, est bien plus aisément troublante de l'évolution ero- 
tique idéale* La fille a dû un jour se reconnaître comme châtrée, 
par rapport au grand pénis viril Alors, non seulement elle doit 
subir la blessure narcissique de sa propre castration, mais encore, 
dans les actes de l'amour avec le porteur du phallus désormais 
érotiquement convoité, elle se voit menacée de la pénétration redou- 
table de son propre corps. 

Or, l'effraction en soi est redoutée par toute substance vivante, 
ceci vitale ment, par défense vitale du moi biologique. Alors, non 



i\* Voir en particulier Mêla nie Klein : « Die Psychoanalt/se des Kindcs » 
{<* La psychanalyse de Tentant »)- Vîcn., InL Psa, Vertag, 1933* 



— 1 .1 III ,1—1 ^^^__ 



21 Ï REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



seulement la petite fille a entendu dire ou chuchoter que Feu lante- 
rnent est douloureux, non seulement elle a surpris, de ci de là, le 
sang des menstrues des femmes, mais la vision d'épouvante qu'elle 
a emportée, de l'enfance, de Pagressîon sexuelle de l'homme sur la 
femme, - — et à laquelle elle attribue d'ailleurs ces saignements. — 
la fait reculer, malgré rinstinct libidinal qui la pousse en sens con- 
traire, devant la fonction féminine erotique elle-même qjaî, cepen- 
dant, de toutes les fonctions liées à la reproduction chez la femme, 
est la seule qui devrait vraiment rester libre de souffrance et chargée 
de seule volupté (1). 

* 

4) De la distinction ultérieure nécessaire entre masochisme 

et passivité, 

Mais la petite fille grandit, et ses réactions à la scène primitive 
s'accentuent dans des sens différents, suivant les cas, suivant d'une 
part les événements de son enfance, suivant d'autre part la sorte de 
constitution dont la nature l'a pourvue. 

Des différences, d'abord, doivent se marquer, suivant que l'enfant 
a vu, de fait, des accouplements d'adultes, ou bien en a été réduite 
à ces fantasmes phylogéniques, appuyés sur des observations iné- 
vitables d'accouplement d'animaux. Le traumatisme épouvantant 
doit pouvoir être d'autant plus fort que l'observation du coït humain 
fut plus précoce et plus réelle. 

Mais surtout, le degré de recul devant l'agression sexuelle de 



(1) Je crois ce recul primitif d'abord le fait du mot oiial et non pas primor- 
dialcraent, comme le pense ^lélanic Klein, celui d'un surmoî moral précoce. Je 
me rapproche, de ce point de vue, davantage des vues de Karen Horncy, si je 
m*en sépare par ailleurs en ce qui touche à la phallicité constitutionnelle^ 
hi sexuel le, d'après moi, des femmes* 

Voir Mêlante Klein : *< Die psychoanatyse défi Ktndes » La Psychanalyse 
de l'enfant »0* déjà citée plus haut, et Karen Hohxet : * Flncht vor der il'eî- 
hiichkeit » (« Fuite devant la féminité »)- Int. Ztsch. /. Ps«,, voL XII, l&2ti et 
<' Die Verleugnung der Vagina * C* La négation du vagin »). Int. Ztsch. f. Psa. t 
vol. XIX, 1933. 

L'éclat de fureur de tant d'enfants quand on veut leur administrer un clystère 
aurait, d'après moi, même sens de défense vitale contre la pénétration du corps, 
encore plus que telui d'expression d'une sorte d'orgasme que lui attribue, sans 
doute en partie avec raison dans certains cas, Freud, d'après Ruth Mack Bruns- 
wick (ans « Vber die weibliche SexaaliUit » (« De la sexualité féminine «*.. hit, 
Ztsch. /. Psa.f XVII, 1931. Rcp. dans vol. XII des « G es. Schriften i>). 



mm 



PASSIVITÉ, MASOCHISME ET FÉMINITÉ 213 



l'homme doit être d'autant plus grand que la petite fille recèle, cons- 
tilutionnellemenL, davantage de bisexualité, que les bases biologi- 
ques de son complexe de virilité sont plus larges. Elle réayiL alors à 
la scène primitive en grande partie à la façon du petit garçon, 
lequel, bisexuel également, y réagit donc aussi cloacalement, mais 
chez lequel, bientôt, la protestation phallique vitale contre l'attitude 
passive cloacale fait prendre à la libido le chemin convexe, centri- 
fuge, de la virilité. 
Car, à la conception sadique du coït, emportée par la petite fille 

■m 

au fond de son inconscient tout au long de son enfance, et jusqu'en 
la vie adulte» il n'^st que deux façons principales de réagir : ou 
bien l'accepter, et il faut une dose d'Eros venue lier masochique- 
ment l'agression passive, équivalente au danger vital ressenti ; ou 
bien, au cours des années et à mesure de l'éducation à la réalité, 
reconnaître qu'un pénis pénétrateur n'est ni un fouet, ni un poin- 
çon, ni un couteau, ni une cartouche explosive, — ainsi qu'il l'était 
dans les fantasmes sadiques infantiles, — et accepter, séparé des 
autres actes de la reproduction de la femme (menstrues, grossesse, 
accouchement), le coït passif comme le scuL acte vraiment unique- 
ment voluptueux, détaché en clair sur ce fond sombre de féminines 
douleurs, et où la libido, cette force biologique de parenté mâle, est 
dérivée au service des objectifs toujours passifs, mais ici non nor- 
malement masochiques, de la féminité. 

Un petit appoint de masochisme peut certes se mêler à cette 
acceptation, une dose pour ainsi dire homéopathique, de maso- 
chisme alliée à la passivité copulatrice, incitant la femme à accueil- 
lir, à apprécier, dé la part de l'homme quelque brutalité, Martine 
voulait « être battue ». Mais une distinction réelle entre masochisme 
et passivité doit s'être établie dans la psyché féminine pour que la 
fonction erotique féminine passive soit normalement acceptée et 
établie. En réalité, le coït vaginal normal ne fait pas mal, tout au 
contraire, à la femme. 

- 

Mais quand la femme a, dans l'enfance, en face de la conception 
sadique du coït, opté pour ainsi dire pour la première solution, 
celle du masochisme englobant jusqu'à l'accouplement passif, il 
n'est pas dit que pour cela elle acceptera Térotisation masochique 
du vagin dans le coït, La dost: de masochisme est alors souvent 
trop forte pour être tolérée par ïe moi vital et, de fait, les grandes 
masochistes perverses elles-mêmes fuient souvent la pénétration et 



214 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



se contentent des plus înoffensives fustigations, restées à l'extérieur, 
sur ks fesses. 

Le moi vital, biologique* proteste et fuit devant le masochisme en 
général, et des positions de défense de la libido peuvent en être, 
avec beaucoup de force, surinvesties. 






5) DU CLOAQUE ET DU PHALLUS CHEZ LA FEMME* 

■ 

m. 

Ici il convient de se rappeler les deux zones érogènes de la femme 
et le fait que* bien plus que l'homme, la femme est un être bisexué, 

On se rappelle les vues de Maranon, rapportées plus haut, d'après 
lesquelles le biologiste espagnol voit dans la femme un homme 
arrêté dans son évolution, une sorte d'adolescent auquel sont acco- 
lées, en une sorte de symbiose, les annexes maternelles justement 
inhihïtrices de cette évolution. 

Or» les organes sexuels externes de la femme, ses organes éro- 

F 

gènes plutôt proprement dits, semblent refléter eux-mêmes celte 
double nature. La femme en effet possède un cloaque, divisé par la 
cloison recto-vaginale en anus et en vagin électivement féminin, 
portique aux annexes maternelles, et un phallus atrophié par rap- 
port au pénis mâle, le petit clitoris. 

De quelle façon ces deux zones réagi ssent-elles d'une part à la 
constitution, d'autre part aux événements formateurs de !a psycho- 
sexualité de la petite iîlle ? 

L'évolution de la libido passe par plusieurs stades et phases (1). 
Aux phases orales succèdent les phases sadiques-anales, que je pré- 
férerais, en vertu de la présence anatomique du vagin chez la petite 
fille, appeler sadîques-cloacalcs. 

C'est ainsi un trou, sans doute encore assez indifférencié, qui, 
dans la conception sadique du coït de la petite Mlle (sinon du gar- 
çon qui, lui, n'admet bien souvent égomorphiquement que l'anus), 
est ainsi dangereusement pénétré* Les observations du coït faites à 



U) Fueled : Drei Abhandiungcn zur ScxitaWicorie, Leipzig et Vienne ; Franz 
Deuticke, 1905, repr, dans le voL V des Ges* Sckriften. Trois essais sur i<t f h écrie 
de ta sexualité t trad. P T Revcrchon, Paris, N- R* F t , 1925* 

Abraham : « Yersuch einer EntiVïcklungsgc&chichtc rier Libido » O Essai 
d'exposé du développement de )a libido 0* hit, Psa. Verlag, 1924- 



m**Ê 



PASSIVITÉ, MASOCHISME ET FÉMINITÉ 215 



cet âge mobilisent par suite, d'une part le désir erotique du pénis, 
convoité avec des composantes orales et cloacales de la libido, ■ 
mais d'autre part la terreur de la pénétration blessante et redou- 
table. 

Mais le stade phallique, étape régulière de révolution biologique 
dans les deux s:\es, ne tarde pas à s'instaurer aussi chez la petite 
iîlle, avec la masturbation clitoridienne concomittante. Sans doute, 
suivant les cas et le plus ou moins de féminité {de cloacalité préfé- 
minine érogène) propre, dans chaque cas, à la constitution de 
Tentant, cette masturbation déborde-t-elle déjà plus ou moins sur 
la vulve et l'entrée du vagin voisin. 

-Cependant* c'est ici que l'acceptation de la passivité peut être plus 
ou moins effarouchée par sa confusion avec le masochisme. Si la 
peur de l'agression par le mâle est trop forte* ou trop puissante la 
dose rie masochisme réalisé ou nécessaire pour la lier, l'accepter, le 
moi de la petite ftlle recule et son érotisme se cramponnera, pour 
ainsi dire, au clitoris, 11 y a là quelque chose de ce qui se passe 
lorsqu'on met sur une maison un paratonnerre, par lequel s'écoule 
réleetrîcité, pour empêcher la foudre d'entrer : une dérivation dans 
des voies non vitalement périlleuses de cette électricité qu'est Féro- 
tisme* 

Une sorte d'engramme erotique convexe, préformateur de la fonc- 
tion erotique à venir de la femme, se fixera ainsi, en opposition h 
Vengramme erotique concave } qui devrait être celui de la femme 
dans le coït. 

Mais l'orientation convexe de la libido est la direction même que 
prend Férolisme mâle, avec la croissance anatomique, puis l'orienta- 
tion érogène centrifuge, du phallus. Et cette orientation libidinale 
est, par suite, chez une femme, une manifestation très suspecte de 
virilité constitutionnelle assez forte. Le rejet vital et le rejet viril de 
la passivité, par confusion, plus ou moins marquée, avec le maso- 
chisme érogène, ici coïncident ; la répression morale f par contre, 
émanée des éducateurs et maintenue par le surmoi, tend à frapper 
la sexualité féminine en bloc, et sans électivilé vaginale ou clitori- 
dienne particulière, et à engendrer plutôt, poussée au maximum, 
des frigides totales. 

Cependant, le phallus lui-même, cet organe de filiation mâle, 
même quand il a nom clitoris, peut être employé à de& fins ultérieu- 
rement féminines. 



216 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

Le clitoris, phallus tronqué, ne doit en effet jamais atteindre au 
degré d ? actiA'ité r même imaginaire, auquel peut prétendre le pénis 
autrement bien doué à cet égard. Le clitoris avait d'abord été éveillé, 
comme le pénis du petit garçon, par les soins de toilette donnés par 
la mère» ceci passivement. Le clitoris, normalement, devrait avoir, 
après une phase d + actïvité, plus de dispositions à revenir à la passi- 
vite que le pénis : fe complexe de castration biologique de la petite 
fille Vy ramène et en fait, lors de Ta formation de son complexe 
d'Œdipe positif, orienté vers le père, l'exécuteur des pulsions libidi- 
nales à objectifs passifs. Et par là se prépare cette fonction erotique 
cl itori do-vaginale qui permet à tant de femmes l'emploi harmonieux 
passif des deux zones dans le coït, et qui s'oppose à la désadaptation 
fonctionnelle des clitoridiennes à phallus resté trop chargé de pul- 
sions à objectifs actifs. 

L'idéal biologique -d'adaptation à la fonction erotique féminine 
n'en est pas moins la suppression fonctionnelle du clitoris, actif ou 
même passif, au bénéfice du vagin tout passif. Mais pour que cette 
passivité erotique proprement, cenlralement femelle, soit acceptée 
par le moi vital, il faut que la femme, adultement évoluée, se soit 
au maximum libérée de la peur infantile émanée de la conception 
sadique du coït, et de la défense contre l'éventuel masochisme qui 
ensuite en dérive. 



A propos de la Frigidité 

■ * 

de la Femme 



Par R. LAFORGUE 



La frigidité sexuelle de la femme est un symptôme généralement 
névrotique qui se rencontre souvent en pratique., D'habitude, elle 
se combine avec d'autres symptômes plus ou moins apparents, par 
lesquels se traduit le conflit névrotique dont souffre l'individu. 
L'aspect de ces symptômes peut être très variable et donner lieu 
aux diagnostics les plus complexes. La frigidité peut se combiner 
avec les symptômes de la névrose obsessionnelle, de la phobie, de la 
névrose d'angoisse. Elle s'observe dans certaines névroses de carac- 
tère ou dans les névroses que nous avons appelées névroses d'échec* 
Nous la rencontrons aussi dans des névroses organiques où le con- 
Hit psychique se traduit par des troubles somatiques. Enfin* elle 
doit être constante dans la plupart des états psychotiques ou pré- 
psychotiques. Dans beaucoup de cas, la frigidité paraît être le seul 
symptôme d'une névrose ; on fera volontiers, alors, le diagnostic 
de frigidité sexuelle. Cependant un examen un peu approfondi nous 
renseignera vite sur le diagnostic véritable ; d'ordinaire, nous avons 
affaire, dans ce cas, à des névroses assez complexes, dont la plupart 
des symptômes sont bien tolérés par le sujet et passent par consé- 
quent inaperçus, excepté celui de la frigidité sexuelle, quand î! n'est 
pas accepté et qu'il est susceptible d'obséder la malade. Il arrive 
souvent aussi que la frigidité sexuelle soit ignorée et supportée 
sans troubles apparents. Le nombre de femmes qui en sont atteintes 
sans s'en rendre compte est considérable. Et il faut ordinairement 
l'intervention d'une personne qualifiée pour que ces femmes pren- 
nent conscience de ce symptôme, de sa signification et de ses réper- 
cussions possibles sur leur état général, sur leur famille, sur leurs 
enfants* 

La frigidité sexuelle de la femme peut être totale ou partielle ; 
elle peut être aussi élective et n'exister qu'à l'égard de certaines 
personnes* 

Tout conflit psychique névrotique, toute censure sociale, aboutis- 



218 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



sant au refoulement de la sexualité et à sa régression à un stade 
infantile est susceptible de se répercuter, à des degrés différents, 
sur la fonction de F orgasme. Nous pouvons donc dire, sans crainte 
d*exagérer, que cette fonction est troublée dans toutes les névroses. 
Il est difficile d'indiquer à partir de quel moment et avec quelle 
intensité ce trouble se traduit chez la femme par ce que nous 
appelons la frigidité sexuelle. Toujours est-il qu'à partir d'une cer- 
taine limite de tolérance, la malade est bien obligée de prendre 
conscience de ce trouble en constatant sa frigidité. Nous disons 
frigidité totale quand elle existe aussi bien pendant la mastur- 
bation que pendant les rapports sexuels normaux, Elle se 
traduit par une insensibilité complète de la femme au cours de 
l'acte sexuel* Si cette insensibilité ne se limite qu'aux rapports 
sexuels normaux, niais cède aux pratiques masturbatoires, nous 
disons que la frigidité est partielle. Lorsqu'elle ne se manifeste qu'à 
l'égard de personnes d'une certaine catégorie, du mari» dans les 
conditions légales, par exemple, et non envers d'autres personnes, 
dans des conditions illégales, ou encore, comme c'est souvent le 
cas, envers des êtres qu'on aime ou qu'on estime, tandis qu'elle peut 
ne pas exister envers des êtres inférieurs, qu'on méprise, alors nous 
l'appelons élective. 

A vrai dire, de notre point de vue psychanalytique, nous pouvons 
parler de frigidité, même dans les cas où .elle ne parait pas toujours 
se manifester, car elle peut s'exprimer par une sensibilité capri- 
cieuse, aboutissant à un orgasme incomplet que la femme ou le 
médecin insuffisamment averti peuvent prendre pour un orgasme 
normal. A un degré plus prononcé, l'orgasme est plus atteint et ne 
procure pas une sensation franche de plaisir. C'est dans cette caté- 
gorie qu'il faut, je crois, ranger les cas cités par Hesnard dans son 
article sur la fausse frigidité. 

La fonction de l'orgasme est ordinairement complexe» et nom- 
breux sont, à mon avis, les troubles que celui-ci peut présenter sans 
que cela se traduise par une frigidité manifeste chez la femme ou 
une impuissance véritable chez l'homme. Telle femme semble abou- 
tir à 3'orgasme normal ; mais, an lieu d'y réagir par un sentiment 
de satisfaction et de bonheur, elle fait une crise d*angoisse — ou 
une crise aiguë de sentiments de culpabilité- Ces deux réactions de 
caractère névrotique sont capables de pousser la femme à vouloir 
lutter volontairement contre la sexualité et l'orgasme- Elle ne se 



A PEOPOS'DE LA FRIGIDITÉ DE LA FEMME 219 



doute pas, alors, que cette volonté est le symptôme même d'un 
conflit psychique inconscient, susceptible d'ïiltérer la qualité de 
l'orgasme, ce dernier ne pouvant se produire qu'à condition d'être 
utilisé comme une souffrance et une torture morales* Telle autre 
croira satisfaire, en refusant L'orgasme» à des exigences religieuses 
impérieuses et ne se rendra pas compte que ces exigences ne sont 
souvent qu'une rationalisation d'une attitude névrotique- 

Pour bien comprendre le sens de la frigidité sexuelle il faut, bien 
entendu, avoir analysé à fond le conflit dont elle est un symptôme. 
Dans ce domaine, il faut se méfier de ses impressions, et ne pas 
accepter à ]a légère les affirmations des intéressées* Le conflit 
remonte, la plupart du temps, à l'enfance, comme, en général, tous 
les conflits névrotiques, mais îï peut subir des modifications en bien 
ou en mal, sous l'influence des circonstances* Nous savons qu'il a 
trait à l'inhibition ou à l'arrêt de pulsions sexuelles normales, qui, à 
une époque du développement affectif de l'individu, ont été com- 
battues comme si elles étaient dangereuses et capables de le faire 
sombrer dans ce conflit. Les contre-pulsions allant en sens 
inverse de la sexualité normale peuvent aboutir à la création d'un 
barrage chargé de protéger l'individu et faire avorter plus ou 
moins totalement toute évolution affective et sexuelle normale, La 
sexualité, ainsi arrêtée par ce barrage» reste infantile el s'engage, en 
partie, dans la direction inverse de la normale. L'individu entre, de 
ce fait, en opposition avec lui-même* Il se dédouble, tourne le dos 
à son développement normal. Cela se traduit cl inique ment dans le 
domaine affectif par ce que nous avons appelé, avec Claude, la bi po- 
larité affective, et dans ïe domaine sexuel, par l'homosexualité, qui 
entre en rivalité avec la' sexualité normale, et s'exprime de façons 
variées, niais toujours par des troubles de la fonction de l'orgasme. 
Chez la femme, ces troubles se manifestent entre autres par la fri- 
gidité. 

On peut se demander dans quelle mesure ce conflit névrotique 
pourrait être la conséquence de facteurs héréditaires intervenus 
pour dresser l'individu contre lui-même, freiner ou arrêter son déve- 
loppement normal, le faire dévier dans le sens contraire. Il serait 
absurde, certes, de nier la possibilité de leurs influences, mais savoir 
dans quelle mesure elles interviennent est une autre question- 
Dans la pratique, nous avons donc affaire à trois catégories de 
femmes frigides : 



*^H^^bP**4*P-M 



220 I1EVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



1) Les femmes al teintes d'une névrose à caractère plus ou moins 
apparent et dramatique ; 

2) Les frigides sans symptômes névrotiques apparents, et qui se 
plaignent de frigidité ; 

3) Les frigides qui s'ignorent : elles peuvent ignorer leur névrose, 
on, pour des raisons sociales, l'existence même de l'orgasme. 

Bien entendu, ce sont les frigides des deux premières catégories 
<jue nous avons le plus souvent à traiter. 

Dans les eus de névroses à symptômes circonscrits, le traitement 
de la frigidité se confond pratiquement avec celui de la névrose. On 
peut se demander si à chaque forme de névrose ne correspond pas 
une forme de frigidité ; il est difficile de répondre à cette question. 
Pourtant, nous avons l'impression que la frigidité totale est plus 
raie dans la névrose obsessionnelle. Les obsédées sont, en général, 
des clïtoridîennes chez lesquelles, je crois, l'orgasme n 7 est pas dé- 
clenché par des rapports sexuels normaux, niais plutôt par des 
procédés masturbatoires pratiqués soit solitairement (onanisme), 
soit avec des hommes ou des femmes. L'homosexualité latente ou 
manifeste est très prononcée dans la névrose obsessionnelle, et* 
chez les obsédées, l'orgasme est fonction de représentations sadiques 
au cours desquelles elles jouent plutôt le rôle de l'homme et se 
refusent à accepter le leur* -II s'agirait donc, pour les obsédées de ce 
genre, plutôt d'une frigidité partielle ; dans d'autres cas, nous pou- 
\ons parler d'une frigidité élective. L'orgasme ne peut alors être 
atteint au cours de Tac te que par des rapports avec des hommes 
répondant à des conditions physiques et psychiques déterminées, 

Nous connaissons des cas où des obsédées aboutissaient à l'or- 
gasme à condition d'avoir a (faire à des hommes plus jeunes qu'elles, 
à des adolescents imberbes à la peau blanche, aux cheveux blonds* 
Pour d'autres femmes, il faut que l'acte soit accompli avec un 
homme d'une condition sociale inférieure, on bien encore avec des 
hommes efféminés» possédant une tare quelconque, physique ou 
morale, et pratiquement privés de leur virilité et de leur comba- 
tivité. Ce qui est commun à tous ces cas de frigidité élective, c'est 
mie la femme se sent supérieure à l'homme. Au cours de l'acte, elle 
éprouve le besoin de prendre le dessus, tandis que l'homme a le 
dessous. Parfois, ces conditions se trouvent réalisées par le ma- 
riage d'une femme riche avec un homme moins fortuné qui lui est 
inférieur. 



A PROPOS DE LA FRIGIDITÉ DE LA FEMME 221 

T. 

A la lumière de lu psychanalyse, nous voyons d'ordinaire que, 
dans ces cas de frigidité élective, l'homme est simplement substi- 
tué à- une femme. Là encore, il s'agirait de frigidité partielle. Nous 
rencontrons aussi, chez des obsédées, la frigidité totale ; mais elle est 
relativement rare. N'oublions pas les cas où la femme, pour aboutir 
à l'orgasme, a besoin de faire appel à des phantasmes d'un genre 
bien déterminé. La représentation la plus commune est celle ofi la 
femme s'imagine être battue ou violée ; c'est celte représentation 
qui commande le déclenchement de l'orgasme — avec ou sans l'in- 
tervention de l 1 homme. Nous pouvons donc dire que le rôle de ce 
dernier, dans l'accomplissement de l'acte, est plutôt secondaire. 
C'est la femme elle-même qui, par le jeu de ses représentations, 
commande l'orgasme* Parfois, ses représentations sont un peu plus 
complexes. La femme se voit en prison» enfermée en compagnie 
d'un malfaiteur qui abuse d'elle avec violence. La volupté peut 
aussi être obtenue par la représentation de la flagellation d'autrui, 
d'un garçon par exemple. Ou bien encore faut-il, pour aboutir, pen- 
ser à des blessures, à du sang, à des accidents et parfois à la mort 
violente, voire même au meurtre. Souvent, dans ces conditions, la 
sensation de l'orgasme se confond avec celle de la douleur, et cette 
dernière est susceptible de remplacer plus ou moins totalement l'or- 
gasme. Dans les cas de frigidité totale, le comportement de la femme 
est souvent caractérisé par le besoin de se procurer de violentes sen- 
sations douloureuses. Parmi ces femmes, il en est qui se font opérer 
pour la moindre bagatelle, et le chirurgien qui exécute leur volonté 
ne se doute guère de la besogne à laquelle il se prête. Parfois, c'est 
une opération de chirurgie esthétique qui sert de prétexte, opération 
susceptible d'être souvent renouvelée. Les opérations sur les seins 
sont surtout recherchées par ces femmes. Et l'analyste n'a pas trop 
de difficulté à découvrir, derrière ce désir de se faire opérer, des 
idées et des tentatives de castration réalisées par l'intéressée sur son 
propre corps. Le nombre de femmes qui se font ainsi opérer est 
considérable. Un bon moyen d'atteindre ce but est de se faire avor- 
ter à intervalles réguliers. Nous connaissons des femmes qui se sont 
fait avorter dix fois et plus, toujours dans le même but, avec les 
mêmes émotions, les mêmes sensations. Ce besoin de réaliser d'une 
manière sanglante des tendances inconscientes est peut-être plus 
fréquent chez les angoissées que chez les obsédées, Nous avons 
affaire là à une autre catégorie de malades dont le comportement 



^^M 



222 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



extérieur ne rappelle en rien le caractère scrupuleusement méticu- 
leux et ordonné, avec ce côté bon garçon, des obsédés. Ce sont plu- 
tôt des femmes délicates, pâles, diaphanes — souvent très jolies — 
qui appartiennent à cette catégorie. Ce sont des femmes distinguées, 
aux gestes contrôlés, mesurés, à Ja parole lente ; elles ne disent pas 
plus de mots qu'il n'en faut, et la grâce de leur corps, de leurs mou- 
vements a quelque chose de rigide, de mécanique. Elles paraissent 
faites de porcelaine, sont dures et cassables comme cette matière. 
Leur beauté évoque celle du cristal. 

Certaines d'entre elles se sont vouées, non an bistouri du chirur- 
gien, mais à la drogue. C'est cette dernière qui est alors utilisée 
connue arme pour se martyriser, aussi bien par le besoin de Ja 
drogue que par les mesures de désintoxication. On ne pense généra- 
lement pas à établir une relation entre le besoin d'intoxication de 
ces femmes et leur frigidité sexuelle, C'est pourtant bien celle-ci 
qui est la cause de ce besoin, ce dernier n'étant d'ordinaire qu'un 
effet. 

Dans les cas de frigidité sans symptômes névrotiques apparents, 
ce sont souvent des malheurs conjugaux dont la femme se servira 
comme moyen de torture, ou encore l'enfant qu'elle dressera à la 
faire souffrir mille morts. Nous touchons là à un effet peu étudié 
jusqu'alors de la frigidité sexuelle, celui de la frigidité sur la né- 
vrose familiale* L'origine de nombre de symptômes névrotiques 
familiaux doit être recherchée dans la frigidité, Ces symptômes 
s'observent à des degrés divers, non seulement chez la femme, mais 
aussi chez le mari, et surtout chez les enfants. 

Nous avons déjà parlé de la tendance qu'ont certaines obsédées à 
s'unir à des hommes qui leur sont inférieurs, affligés d'une tare phy- 
sique ou morale* Nous savons ce que cette infériorité signifie pour 
elles, mais il faut dire que, dans la vie pratique, elle donne souvent 
Heu à des tragédies conjugales. 

Telle femme, énergique, sportive et riche, accuse son mari de 
dilapider sa fortune au jeu, de se lancer dans des affaires malheu- 
reuses en employant même des procédés malhonnêtes, de mener une 
vie suspecte avec des individus louches. Telle autre se plaindra de 
ce que son mari soit alcoolique, homosexuel, pédéraste* ou bien 
encore fainéant* neurasthénique ou atteint d'une maladie organique, 
qu'il soit cardiaque ou tuberculeux. Or, dans ces cas, la femme ne 
se doute pas, d'ordinaire, qu'elle n choisi ce mari précisément en 



A PROPOS DE LA FRIGIDITÉ DE LA FEMME 223 



raison de ses tares* Et elles sont légion, les femmes qui ont besoin 
d'élre exploitées, humiliées, roulées, et qui ne pardonneraient pas 
à l'homme de se comporter autrement à leur égard. Elles reven- 
diquent le rôle, jugé plus avantageux, du sexe fort, sans se douter 
qu'elles y tiennent par-dessus tout, notamment aux yeux de leurs 
enfants* Ceux-ci, dans un pareil ménage, sont souvent dans une 
situation difficile, La névrose maternelle signifie pour eux : fixation 
à la mère, interdiction de s'en émanciper et de suivre leur propre 
direction* Cela se répercute toujours, d'une manière plus ou moins 
sensible, sur leur développement affectif» qui reste arrêté à un stade 
infantile. Car les mêmes forces qui déterminent chez la mère une 
attitude contraire au développement normal de la sexualité s'oppo- 
sent à la maturation normale du fruit de l'amour, c'est-à-dire de 
l'enfant. Et ces forces agissent avec d'autant plus d'efficacité 
qu'elles s'exercent sur un petit bébé dont elles cherchent à contre- 
carrer l'épanouissement. La femme à frigidité névrotique a, en géné- 
ral, horreur des excréments — au même titre que du germe. Cette 
horreur se traduit par une hostilité envers toutes les évacuations 
normales de l'enfant Elle se rationalise par un besoin excessif de 
propreté qui va souvent à rencontre du but poursuivi, en ne permet- 
tant pas à l'en finit de satisfaire comme il le faudrait ses besoins 
naturels. Or ces besoins demandent à être satisfaits avant que de 
pouvoir se sublimer. La faculté de s'exprimer se traduit d'abord t 
chez l'enfant, par celle d'évacuer ses matières* Une attitude inhibi- 
trice névrotique d'une mère frigide fait de l'enfant un constipé, un 
empoté, avec toutes les répercussions que cet état peut avoir sur son 
comportement psychique ultérieur. Cette attitude maternelle déter- 
mine, en outre, un sentiment de culpabilité qui entrave tous les 
besoins naturels de l'enfant et qui peut aller jusqu'à priver l'indi- 
vidu de l'usage normal de ses dons et de ses moyens v La difficulté, 
pour Tentant, de s'affranchir de cet état de choses est en général 
d'autant plus grande que le rôle du père a été plus lamentable et 
ridicule. Car n'est-ce pas au père qu'il incombe de donner au fils un 
idéal masculin et à la fille la possibilité de se détacher de la mère 
pour évoluer vers rhomme ? Si, par malheur, comme il arrive assez 
souvent, ce père a parfois un sursaut d'énergie et veut se redresser, 
ne serait-ce que pour le bonheur de ses enfants* il risque de trouver 
dans sa femme une ennemie impitoyable, capable d'employer tous 
les moyens pour le rabaisser. Et cette femme, décidée à mener con- 



224 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

tre son mari un combat acharné, qui prendra parfois l'aspect il une 
lutle à mort, saura, en affichant un idéal élevé, justifier sa manière 
d'agir aux yeux de ses enfants et de son entourage. 

Le nombre de ces drames est beaucoup plus considérable qu'on 
ne le croit, et les victimes de cette forme de frigidité sexuelle, parmi 
les femmes» les maris et surtout les enfants, ne se comptent plus. 
L'aboutissement de certaines frigidités est la destruction du foyer, 
du mari, des enfants. Ajoutons, pour tout dire, que l'homme vic- 
time de cette situation a choisi sa femme pour les mêmes raisons 
que celles dont nous parlons plus haut et qui ont dicté aux femmes 
le choix de leur mari. La femme sa dis te représente V idéal de 
l'homme masochiste. Lui manquerait-elle, il serait obligé de la 
créer ; aussi voit-on bien souvent un mari, libéré d'une femme de 
ce genre soit par la mort, soit par le divorce, la remplacer par une 
autre exactement semblable. Par bonheur, le tableau n'est pas .tou- 
jours aussi sombre. Dans bien des ménages, un équilibre à peu prés 
acceptable finît par s'établir, La femme peut soigner son mari ma- 
lade avec beaucoup de dévouement, simulant F amour parfait, sur- 
tout s'il accepte de rester toujours malade, sensible, délicat et s'in- 
terdit toute réussite virile extérieure, ce qui ne l'empêchera point de 
devenir un artiste — écrivain ou peintre — ou un intellectuel de 
talent. Quand l'inversion sexuelle existe sous cette forme, elle favo- 
rise mainte fois la sublimation artistique et même scientifique. 

Souvent même la frigidité sexuelle de la femme est nécessaire 
à certains hommes pour abréagîr leur sentiment de culpabilité et 
le besoin de punition dont s'accompagne leur propre développe- 
ment* Sans elle, ils n'auraient pas été capables de créer un foyer 
ni d'accomplir l'acte sexuel. Sans Xanthippe, Socrate n'aurait 
peut-être pas existé. Et certaines formes particulièrement sédui- 
santes de l'esprit humain ne se rencontrent que chez des hommes 
fixés à l'idéal d'une femme froide, vierge, Immaculée Conception. 
D'autre part, il y a des femmes dont la frigidité favorise la subli- 
mation intellectuelle. Que de femmes, parmi les doctoresses, avo- 
cates, chimistes, si nombreuses de nos jours, s'attachent à leur 
carrière parce qu'elle leur permet d'entretenir mari et enfants, 
comme un homme entretient sa famille 1 Leur situation est 
baucoup plus difficile si l'homme n'entre pas dans leur jeu. Les 
relations entre l'homme et la femme prennent alors l'aspect d'une 
lutte qui aboutit souvent à la disparition de l'homme (par le 



A PROPOS JJK LA FBI Cl DITE DH LA FEMME 225 



divorce, la maladie ou le suicide), ou à celle de la femme, à moins 
que celle-ci ne parvienne à se soumettre. Cette lutte constitue le 
péril qui, à l'heure actuelle* menace si fréquemment les unions 
entre hommes et femmes intellectuels. Ce péril est peut-être condi- 
tionné par notre organisation sociale. Celle-ci écarte en effet les 
femmes de la maternité, en les engageant dans des professions qui 
font d'elles des rivales de l'homme» des ennemies de Tenfant Nous 
ne faisons ici que poser le problème et montrer sa complexité, qui 
nous interdit encore aujourd'hui de recommander des remèdes 
simplistes. Notre expérience daiis ce domaine est encore trop 
récente et nous permet tout juste d'envisager les différents aspects 
de la question, aspects dont il faut tenir compte dans chaque cas 
particulier pour savoir dans quel sens intervenir, 

La névrose familiale prend une autre forme chez la femme an- 
goissée que la frigidité pousse vers le chirurgien, et dont nous 
avons déjà parlé. Cette angoissée choisit de préférence un mari 
qui la brutalise, la torture, la violente. Au besoin* elle le prpvoque 
pour qull s'acharne sur elle et fasse figure de bourreau, désirant 
trouver en lui l'équivalent de ce qu'elle recherche chez le chirur- 
gien. Là encore, elle se réserve le beau rôle de victime. Une analyse 
un peu poussée nous révélera vite que ce n'est là qu'une apparence 
chargée de masquer la véritable situation à ses propres yeux et 
à ceux de son entourage. Dans ces cas, l'homme n*est qu'un ins- 
trument dont l'inconscient de ces femmes se sert comme d'un 
jouet pour exécuter ses desseins. C'est lui qui a Pair de les persé- 
cuter, lui qui les brutalise, et non l'inverse. Ces femmes achètent 
en quelque sorte le droit de réaliser leur haine de l'homme en 
donnant à cette haine une signification, en la justifiant par la 
comédie dont elles sont les metteurs en scène. L'enfant est utilisé, 
lui aussi, dans le même sens. Telle mère fera de son fils un escroc, 
un voleur, pour qu'il abuse délie, l'exploite et la ruine. Telle autre 
poussera sa fille vers la prostitution pour être trahie et reniée par 
elle. Les conflits ainsi créés peuvent revêtir des aspects très com- 
plexes, mais ils aboutissent toujours au même résultat : la mère 
veut sombrer par la faute de ses enfants et pour eux. Si paradoxal 
que cela paraisse, elle n*a pu les concevoir dans un autre but. 

Inutile de dire que le sentiment de culpabilité et le besoin de 
punition jouent, dans l'élaboration de ces symptômes, un rôle 
considérable. Nous ne pouvons, dans le cadre restreint de cet 

REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE* 3 



t 



226 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



article, insister sur la psychogenèse de cette . symptomatologie. 
Nous nous bornons à en décrire les principaux aspects cliniques, 
ou, si Fpn veut, les manifestations qui ont un rapport avec la fri- 
gidité sexuelle- Il est superflu de souligner la nécessité de connaître 
le niai pour le dépister à temps» le combattre et l'enrayer. Le 
médecin praticien est, hélas ! aussi ignorant que les malades et 
son éducation est à faire à peu près comme la leur. Nous n'insis- 
terons jamais assez sur ce fait que la frigidité est le symptôme d'un 
état grave jqui, même bien supporté par L'individu, n'en représente 
pas moins un danger sérieux pour la collectivité. 

II arrive que l'affectivité de la femme frigide cherche à se satis- 
faire, non au contact d'un homme, mais par le moyen d'une véri- 
table maladie organique. Nous avons souvent vu la colibacillose 
servir à ce but, de même que les métrites et, en général, toutes les 

r 

affections du système urogénital de la femme, ou encore celles du 
système gastro-intestinal, et même des maladies vénériennes entre- 
tenues avec soin. Nous avons connu une femme frigide qui ne se 
sentit relativement apaisée et délivrée de son agitation qu'après 
avoir contracté ce qu'elle appelait sa « trinité »." Elle entendait par 
là la blennorrhagie, le chancre mou et la syphillis, au service des- 
quels cette malade, d'un milieu social élevé, et qui avait reçu une 
certaine éducation, avait mis tous ses orifices, si l'on peut dire. 

Si illogique que cela paraisse, le refus qtie la femme oppose à 
la sexualité peut être la conséquence de sa crainte de la mort, 
Nous insistons sur cet aspect de la question- Il nous explique pour- 
quoi la femme peut se comporter à regard du germe et de Fhonime 
comme à regard d'un microbe malfaisant qu'il lui faut détruire afin 
de n'être pas détruite par lui* En réalité, le mécanisme de défense, 
c'est-à-dire, la névrose et la frigidité, risque d'être plus dangereux 
que le mal à combattre. À la manière de Gribouille, la femme fuit 
ainsi devant le germe et l'enfant jusque dans la mort. Cette fuite 
n'est rien d'autre que la névrose, sous quelque forme qu'elle se 
présente, et qui traduit la lui te par laquelle l'individu refuse de se 
laisser asservir au profit de l'espèce. 

Ces états ne sont pas caractérisés seulement par leurs répercus- 
sions sur l'individu, maïs aussi par leurs répercussions sociales. De 
ce fait, en dehors du médecin, ils intéressent aussi tous ceux qui 
ont à cœur de veiller à la santé et au bonheur des individus et collec- 
tivités, à commencer par les éducateurs. 



La Frigidité de la Femme 

- 

Par Edouard H1TSCHMANN et Edmond BERGLER 

de Vienne 

Traduit de l'allemand 



CHAPITRE PREMIER 



Intraduction 

C'est un lieu commun que le sexe féminin montre une certaine 
régression dans le domaine des satisfactions sexuelles* Et c'est avant 
tout la frigidité, si fréquente, qui paraît confirmer une régression 
de la femme, dans ses aspirations naturelles à cet ordre de satis- 
factions. 

Freud suppose que la cause doit en être recherchée dans le fait 
que la réalisation du but biologique de l'agression est l'apanage de 
rhomme et qu'elle est devenue indépendante du consentement de 
la femme. 

Des recherches de physiologie comparée semblent en effet réta- 
blir. C'est ainsi qu'un médecin hambourgeois, R. Elkan (1), prétend, 
dans un travail paru très récemment, qu'il est tout à fait excep- 
tionnel, dans le règne animal, de voir l'orgasme éprouvé par la 
femelle, La nature aurait veillé à ce que la femelle ne pût se déro- 
ber à l'acte sexuel avant que le mâle ait déposé sa semence* non pas 
en accordant pour mobile à la femelle une sensation de plaisir* mais 
en permettant au mâle de fixer, au moyen d'organes spéciaux, la 
femelle pendant Tacte — même si elle cherchait à s'y dérober. Ces 
dispositifs génitaux et extra-génitaux de fixation chez le mâle se 
voient dans presque tous les ordres zoologiques, ainsi qu'EIkan 
cherche à le démontrer par de nombreuses figures tirées de la zoo- 
logie. Ce n'est que lorsque des membres apparaissent que Ton voit 
ces organes de fixation se faire rudimentaires et disparaître. Les 
seules exceptions, qui sembleraient ici vraiment confirmer la règle, 
seraient fournies par deux formes animales : certains poissons 



(1) Archîv* f. Framuikunde, 1033, 



228 REVUE I RANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



osseux et les cygnes, Chez ces animaux, la femelle se déroberait à 
l'acte sexuel si un réilexe psychosensoriel, Forgasme, ne lui était 
accordé* Dans ces cas, Forgasme de la femelle se peut comprendre 
téléologiquement ; dans les autres cas, il serait superflu, puisque la 
femelle n'a rien à évacuer et qu'elle est fixée par le m à le. Àins'i 
donc, alors que chez le mâle déjà la libération obtenue par Facte 
sexuel reposerait sur des strates très inférieures, chez la femelle 
cette libération manquerait de bout en bout C'est pourquoi la bio- 

m 

logie ne permettrait pus de découvrir des vestiges susceptibles de 
servir à l'histoire du développement de Forgasme chez la femme* 

Le psychanalyste ne peut accepter' en bloc cette manière de voir, 
pessimiste à Fextrême, d'un médecin qui exerce son art dans )e 
nord de l'Europe. Elle est d'ailleurs regardée comme insuffisamment , 
fondée par d'autres observateurs* L'orgasme ne serait-il vraiment 
« à aucun degré un attribut naturel de la femme » ? Faudrait-il le 
ramener, propriété récemment acquise par le genre humain, à un 
moyen de Fefficace séduction sexuelle de la femme ? Comme si 
Forgasme pouvait être conçu en dehors de tout fondement morpho- 
logique, de toute nécessité physiologique et de toute explication 
téléologique compréhensible ! 

Que dans le Kamasoûlra, traité hindou de l'amour vieux déjà de 
plus de trois millénaires, Forgasme féminin soit représenté comme 
ne pouvant être obtenu, parfois, que par des moyens raffinés et des 
pratiques particulières de l'homme, que des peuples primitifs uti- 
lisent aussi des adjuvants, renforçateurs de l'excitation fixés au 
pénis, cela signifie simplement qu'il en est de nos jours comme 
jadis et en d'autres lieux, c'est-à-dire qu'à côté de femmes qui 
éprouvent Forgasme complet, il en est de frigides* 

Les. femmes, même d'une éducation assez libre, quî demeurent 
frigides à F égard d'un mari de puissance normale, compréhensif, — 
en cas de traitement» en dépit d'une analyse poussée, — ne sont que 
de rares exceptions. Ces exceptions justifient la conception de 
Freud, selon laquelle la frigidité serait alors conditionnée par une 
constitution particulière ; elles induisent même à admettre Fexis- 

■ 

tence d'un facteur anatomique. 

Le très grand nombre de cas de frigidité qui guéri sseni, au cours 
du mariage, par les soins d'un second partenaire, à la suite d'une 
naissance ou par Feffet d'un traitement psychique, s'avèrent d'ori- 
gine exclusivement psychogène. 



LA FRIGIDITÉ DE LA FEMME 229 



L'orgasme provoqué par la masturbation, généralement clitori- 
dienne, est d'ailleurs à la portée de toutes les petites filles, et l'or- 
gasme dans les pollutions nocturnes est, de même* souvent connu 
des femmes, ainsi que des jeunes filles* 

Il nous faut montrer ici en détail les rapports de la frigidité avec 
jes destins de révolution libidinale, avec le désir de virilité de la 
femme, avec le changement qui survient, au cours du développe- 
ment, dans la primauté des zones sexuelles, avec l'inversion, les 
perversions, les sentiments d'angoisse, de culpabilité, de dégoût, 
enfla avec l'incapacité du partenaire masculin* 

Naturellement, nous ne considérerons pas ici le seul orgasme, 
ainsi que nous avons été amené à le faire en examinant les résultats 
auxquels est arrivé Elkan, mais nous examinerons les besoins 
sexuels de la femme en général. Car enfin,, elle a des gonades mûres, 
tout comme l'homme, et qui érotisent de façon continue son orga- 
nîsme. 

Mais nous connaissons de nombreuses femmes qui réussissent — 



l'homme n'y parvient que rarement — à s'en tenir toute leur vie 
à ce que leurs éducateurs ont exigé d'elles dans leur enfance : à 
passer complètement sous silence leur sexualité. 

Faisons pour le moment abstraction du processus de développe- 
ment de la libido, si instructif, et qui sera exposé plus loin ; nous 
voyons, jusqu'à présent, peu de celles des femmes frigides qui 
auraient la possibilité de se délivrer de cette inhibition recourir au 
traitement psychanalytique pour la surmonter. Lorsque la notion 
de la guérison possible de la frigidité se sera généralisée, — ce à 
quoi le présent travail entend contribuer, — alors ce ne seront plus 
seulement des épouses ambitieuses, envieuses de l'homme, ou ame- 
nées au traitement par un conjoint déçu, que nous verrons qspirer 
à la guérison. La génération de nos parents et celle de leurs devan- 
ciers ne pensaient guère que l'un et l'autre sexe pussent jouir à un 
égal degré du libre jeu de leur sexualité. Il est à présumer qu'à 
l'avenir on tendra vers cette idée. 

On n'a pas encore fait asse2 ressortir les conséquences psycho- 
logiques de la frigidité. Le sentiment de moindre valeur qu'a la 
femme impuissante, la moindre estime dans laquelle elle est tenue, 
surtout de la part de son mari, doivent avoir contribué à empêcher 
si longtemps la femme de s'émanciper, à la maintenir en état de 
dépendance. Le taceat in ccclesia s'applique surtout aux femmes 



V*W**h 



230 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



qui ne pouvaient pas prendre part à des conversations sur des 
thèmes sexuels ; combien souvent ignorent-elles totalement, lés 
pauvres, que c'est l'impuissance, ou du moins l'impuissance rela- 
tive de leur mari (dont eux-mêmes ne sont d'ailleurs pas toujours 
conscients) qui fait que leur sexualité demeure captive. L'homme 
impuissant ne tient pas à mettre au jour le secret de la frigidité de 
sa femme, parce que cela ne peut avoir pour lui que des inconvé- 
nients. En revanche, le mari qui a connu avant le mariage des 
femmes non frigides deviendra volontiers infidèle, recherchant avec 
des partenaires renseignées et expérimentées le plaisir qu'il a na- 
guère connu. C'est parfois de part et d'autre que pèse fa menace de 
l'adultère^ de la séparation ou du divorce, La femme frigide ne 
devient que trop aisément la femme isolée, délaissée, trompée, la 
femme nerveuse, de mauvaise humeur, en bref la femme malade. 

E # Kehrer, professeur à la clinique obstétricale de J)resde, dans 
un ouvrage extrêmement remarquable : Causes et traitement de la 
stérilité (1922), a traité en même temps des troubles de la vie 
sexuelle, notamment dans les cas où le couple est mal apparié 
sexuellement. Il y établit qu'une privation constante d'orgasme, 
durant des mois ou des années, conduit à des états très pénibles, 
notamment à des modifications et à des symptômes anatomo-patho- 
logiques bien caractérisés, surtout des organes pelviens, à des 
malaises nerveux» à des manifestations psychiques, et à rendre 
plus difficile la conception. Kehrer donne un tableau des malaises 
qui peuvent être mis au compte d'une vie sexuelle troublée. Il y 
introduit les erreurs de diagnostic et de traitement, si fréquentes, 
qui reposent surtout sur la gêne éprouvée à aborder les problèmes 
sexuels dans l'anamnèse et dans la catamnèse. 

Citons, de ce tableau que donne l'expert praticien : picotements 
dans la vulve, douleurs à l'intromission et à la friction, pertes 
blanches, dysménorrhée, maux de ventre de toute nature, douleurs 
lombaires, difficulté de déféquer, sensation de pression sur la vessie, 
cessation des règles ou pertes de sang surabondantes, augmenta- 
tion de volume de l'utérus, formation de myomes (1)* hémorrboïdes. 
Contre ces malaises, un grand nombre d'opérations gynécologiques 

(1) Cf, liKHKEH, / t c, p. 64 « LW femmo mariée bien appariée au point de 
vue sexué] est préservée de tout îiiyome utérin. Toute femme porteuse d'un 
inyonie révèle par là même que depuis des ;mnêes su vie sexuelle est gravement 
troublée. « 



LA FRIGIDITÉ DE LA FEMME 231 



^r^—m-—+ 



sont faites sans nécessité, et d'ailleurs sans succès. Des névroses 
gastriques, cardiaques et intestinales, la neurasthénie sexuelle, 
l'hystérie s'installent, auxquelles on attribue des causes erronées. 
Des états d*angoisse et de dépression apparaissent. Faiblesse, abat- 
tements, états lîpothymiques, sensation de vertige, frissons, insom- ~ 
nie, amaigrissement s'observent couramment. Les maux de tête, le 
pyramidon dans le sac à main, la bouillotte au lit, qui ne connaît ce 
type du sexe faible ? 

Que nombre de femmes deviennent malades pour n'avoir jamais 
atteint dans le mariage à une satisfaction sexuelle complète, c'est 
une raison suffisante pour accorder plus d'attention au problème de 
la frigidité* l 

C'est un fait que seule la femme déflorée arrive à ce que nous 
appelons la plénitude de la vie génitale. Le destin complet de la 
femme doit aussi comprendre l'enfantement et l'allaitement 

Par ailleurs, il convient de faire ressortir ici que de nombreuses 
femmes, quelque peu primitives, notamment des femmes du peuple, 
subissent en toute innocuité, sans en éprouver des dispositions à la ._ 
névrose ni en faire une maladie, — dans l'ignorance complète où 
^lles sont de ces choses, — leur destin, qui est d'être impuissantes 
et de le demeurer en dépit de nombreuses maternités. Ces femmes-là 
éprouvent dans l'acte sexuel « le sentiment heureux et tendre de 
dispenser de la joîe » et sont persuadées que « le coït, en tant 
qu'acte sexuel, ne compte que pour l'homme ». 

La femme est heureuse « du don tendrement materner qu'elle 
fait de soi, même dans le coït », parce qu'elle emploie dans un but 
de progéniture ses pulsions masochîques (H. Deutsch). Quand bien 
même ces femmes ne présenteraient aucune maladie, on doit cepen- 
dant se demander si elles sont « normales ». Vivent-elles toujours . 
sans découragement ni déception ? Ne créent-elles pas, à leur tour, 
une atmosphère réfrigérante ? Ne sont-elles pas inhibées dans leur 
activité ? Compliquées ? N ? arrive-t-il pas souvent que leur Aie soit 
gâchée par des frottements constants dus à leur susceptibilité ? 

Parmi les types de ce genre, pris dans les milieux bourgeois, 
citons : 1° la ménagère avare et soigneuse à l'excès (anale), entiè- 
rement absorbée par les soins du ménage ; 2° la dame avide de 
renommée, dont Pesprit n'est jamais en repos, qui sublime d'une 
façon par trop masculine en s'essayant à toutes les activités pos- 
sibles ; 3* la femme qui lente toujours d'attirer à soi de nouveaux 



^^Êtm 



232 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



hommes et à les essayer dans un commerce amoureux, qui, atten- 
dant vainement celui qui la satisfera» est capable de devenir une 
grue par frigidité ; 4* la femme à tendances mystiques, qui poursuit 
une supériorité dans un autre domaine ; 5* le type fréquent de la 
femme qui se cherche des compensations dans le bridge, dans des 
dépenses démesurées en vêtements, en voyages solitaires, etc. ; 
6* l'être résigné qui souffre par masochisme et excelle à tirer du 
mariage de la culpabilité et de la souffrance ; 7° la femme qui 
trouve toujours de nouvelles raisons de critiquer son mari, de le 
diminuer en société, sans bien savoir elle-même pourquoi ; 8° la 
femme qui compense sur ses enfants sa déception en amour, en 
leur nuisant par des démonstrations de tendresse excessive ; 9* la 
femme effacée, qui se complaît dans des sentiments de culpabilité, 
et cela jusque dans sa participation au coït ; 10* le type femme pué* 
rite, etc. 

Toutes ces femmes apparaissent, aux yeux de qui sait voir, anti- 
pathiques, mais dignes de compassion, en raison de leurs attitudes 
compliquées, obliques, insincères, de l'atmosphère lourde qu'elles 
créent, de leur manque de tonus» de leur esprit borné, de leur incom- 
préhension des hommes et de la vie. 

Du moment que Ton dispose d'un moyen de les faire sortir de 
cette situation misérable, il faut y recourir* 

Le but de cet opuscule est précisément de serrer de près les faits 
nouveaux relatifs aux possibilités de guérïson de la frigidité ; par 
eux, nous avons appris le moyen de faire de toute femme une femme 
complète- La monogamie y gagnerait d'être plus en honneur. On ne 
verrait plus ces ridicules aberrations qui consistent à revendiquer 
l'émancipation de la femme. A vrai dire, la faiblesse du mari a aussi 
sa part dans cet état de choses. C'est le cas de citer l'axiome de Jahn* 
le père de la gymnastique : « Que l'homme soit viril, et la femme 
sera féminine », 

Pour poser correctement le problème, il nous faut dire que les 
types ci-dessus décrits doivent être regardés non pas comme des 
conséquences de la frigidité, mais comme résultant du complexe 
de virilité. Ce complexe de déception^ de moindre valeur, de haine et 
de rage entraîne des conséquences psycbiques qui exigeraient des 
développements étendus. Ils ne peuvent trouver place ici. Nous ne 
ferons que souligner la compensation que cherche ]a femme à son 
sentiment d'incomplëtude» de castration- I] faut en particulier faire 



LA FRIGIDITÉ DE LA FEMME 23H 



ressortir ici une fausse appréciation, et douloureuse, de son aspect 
extérieur, déviation du sentiment de castration sur des défectuo- 
sités corporelles imaginaires, et tout particulièrement sur un « com- 
plexe de laideur ». Ce complexe peut ['induire à se faire faire des 
opérations tout à fait superflues, opérations de chirurgie esthé- 
tique sur les seins, sur le nez, etc. On peut la voir aussi chercher un 
succédané de pénis dans la manie de collectionner certains objets, 
dans la cleptomanie. On pourrait réunir ces traits de caractère sous 
lé nom de « complexe de coinplétude ». Dans son effort pour faire 
de nécessité vertu, la femme cabrée contre l'homme peut être 
entraînée dans une autre direction. C'est ainsi, par exemple, que la 
doctoresse Alice Stokham (Chicago), a fait paraître un petit livre 
intitulé Le mariage réformé. Elle y préconise « une nouvelle forme 
de rapports conjugaux dans laquelle il n'est pas licite d'arriver à 
l'orgasme, mais où l'union des sexes doit être entièrement: asservie 
à la volonté », Au cours de cet exercice s'établissent « des extases 
spirituelles, des visions de la vie transcendentaîe ». 

Pour conclure, disons-nous bien que la femme, qui a contracté un 
mariage d'amour a droit à la satisfaction sexuelle, dont elle est un 
élément naturel, et que, dans la majorité des cas, seules des causes 
psychiques allant à rencontre de cette sa lis faction en l'inhibant, la 
psychanalyse est en mesure d'aider la femme à acquérir cette 
aptitude* 



Textes de poètes et de romanciers relatifs à la frigidité 

Ovide : Ars amandi (1). 

« Crois-moi» il ne faut pas hâter le terme de la volupté, mais y 
arriver insensiblement avec des retards qui la diffèrent. Quand tu 
auras trouvé l'endroit que la femme uiine à sentir caressé, la pudeur 
ne doit pas t'empêcher de le caresser. Tu verras les yeux de ton 
amie briller d'un éclat tremblant,, comme il arrive souvent aux: 
rayons du soleil reflétés par une eau transparente* Puis viendront 
des plaintes, viendra un tendre murmure et de doux gémissements 



(1) Le titre exact est Ar& amaioria, Ce passage cs t tiré de la fui du livre lli, 
vers 717 à 725 ; » Crede mihï 7 non est Veneris properanda voiuptas»* » 

Cf. Ovide : L'art d*aimer 3 traduction de M. Henri Boniccque, collection dite 
Guillaume Budé, » Les Belles Lettres »> cd*> Paris 1929, (Note tradS) 



-—-r 



234 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



et les paroles qui conviennent à l'amour* Mais ne va pas, déployant 
plus de voiles (que ton amie), )& laisser en arrière ou lui permettre 
de te devancer dans ta marche* Le but, atteignez-le en même temps ; 
c'est le comble de la volupté, lorsque, vaincus tous deux, femme et 
homme demeurent étendus sans force. » 

* 

Balzac; : Physiologie du mariage. 

« Le sort d'un ménage dépend de la première nuit, » (Catéchisme 
«conjugal, XXIX), 

« Un homme doit être, pour la femme qui aime, un être plein de 
force, de grandeur, et toujours imposant, » (Des premiers symp- 
tômes*) 

« En amour, toute âme mise à part, la femme est comme une 
Jyre qui ne livre ses secrets qu'à celui qui en sait bien jouer. » 
■(Catéchisme conjugal, XXXL) 






Gustave Fkenssen : Hilligenlei* 

« On peut aussi s'aimer trop.,. Ton père était un homme prompt 
*et vif,,,, mais quand il me tenait dans ses bras il était calme ainsi 
qu'un roi. » (Propos d'une mère à sa fille qui n'a pas encore 
d'enfant,) 






Maurice Mahtin : Amour, terre inconnue, 

P. 13. — « Au jour de son mariage, sa chair était pure en esprit 
comme en fait. Ni domestique, ni camarade, ni désirs errants 
n'avaient éveillé en elle la grimace précoce de la volupté. Son ado- 
lescence avait traversé en riant et sans trouble, dans les livres, les 
confidences d'impubères, tous les passages dangereux. D'inévitables 
tentatives de gamins, d'amies, avaient suscité une rebuffade élé- 
mentaire, aussitôt oubliée, 

» Ce calme de la santé n'était pas l'ignorance. Elle faisait des 
études, avait les yeux ouverts. N'ayant pas de curiosités de pen- 
sionnaire, elle prêta sur le moment à la cérémonie chamelle moins 
d'attention qu'à tout le reste de son poème, La nuit de noces l'enor- 
gueillit, ne lui fit ni bien ni mal- Elle ne s'était pas flattée d'en 
perdre la raison, Elle fut enchantée de son endurance. 



LA FRIGIDITÉ DE LA FEMME 235 



» Elle exerça avec zèle, et dans la fierté d'être devenue une femme, 
la fonction capitale qui préparait la famille, et qui donnait à 
l'amour, comme le pain et les meubles, une forme tangible. Le lit 
n'était rien d'autre que l'emblème de l'intimité conjugale, et le plai- 
sir qu'il lui présentait était uniquement la joie idéale d*un rite 
sacré, où Fou recherche, non ce qu'il peut offrir d'agrément sensuel, 
mais unt délectation de F âme, heureuse d'accomplir l'acte qui Punit 
à son dieu* Hors de ce sens figuré, — celui d'un cadeau, d'un bou- 
quet, — elle n'attribuait à l'œuvre de la chair aucune existence 
propre. Substantiellement, faire l'amour avec Michel était la même 
chose que se promener avec Michel, dormir auprès de Michel, enfin 
être sa femme, » 

P* 10. — « Elle devait un jour sourire au souvenir de la jeune 
épousée qui reposait bienheureuse, si totalement insensible s au 
côté de son mari. Elle n'aurait su se dire quelle nuit l'avait quittée 
cette léthargie de iillette chaste. Mais l'hébétude de la chrysalide 
avait pris fin. Le temps était venu où l'acte d'amour, naguère aussi 
neutre que la gymnastique suédoise, se faisait considérer en lui- 
même. Il laissait après lui un état physique nouveau, différent de la 
placidité qui précédait la fête, et qui, jusqu'alors, l'avait également 
suivie. Cet état se révélait* de soir en soir, non peut-être douloureux, 
mais agité, angoissé même, retardait et troublait le sommeil, comme 
si, à force de gratter, sans penser à rien, le sable d'un désert, un 
voyageur distrait eOt fait affleurer le point d'eau, » 

P. 17* — « Par une confusion fréquente dans les imaginations 
pures, elle répugnait à scruter le mécanisme physique de l'amour. 
Seulement il se produisait en elle ce qui arrive aux premières 
atteintes d'une maladie, quand des notions lointaines, tombées au 
rebut de la mémoire* surgissent chargées d'une signification nou- 
velle. Dés propos épars sur la réaction des femmes à la volupté se 
rassemblaient dans son esprit. Etait-ce l'amour, ce déclic de 
l'homme ? Comment croire que l'art, la littérature (mais dans les 
livres d'amour on ne fait jamais l'amour) ne fussent qu'une 
immense allusion à un phénomène aussi imparfait, vous laissant 
avec un corps malheureux ? » 

P. 18. — « Vérité déconcertante, qui la rendit timide, elle remar- 
qua d'autant plus le laconisme de Micheï, avec quelle rigueur il iso- 
lait cet acte, non seulement par la date, — mardi et vendredi, — 
mais par le ton* De la tendresse à l'animalité il n*y avait aucun plan 



236 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



intermédiaire. Jusqu'à rentrée au lit, îes soirs consacrés ne diffé- 
raient pas des autres soirs, sauf que Ton quittait le cabinet de Mi- 
chel une demi-heure plus tôt. À dix heures et demie, le maître fer- 
mait les livres. Dans la chambre, tous deux se déshabillaient, cau- 
sant encore, riant même, mais comme deux danseurs dans la cou- 
lisse parlent de tout, hormis de leur numéro. Michel, toujours prêt 
le premier, se mettait au lit. Lorsque Andrée revenait de la salle de 
bain, elle le voyait étendu, sun large torse gonflant la chemise de 
nuit, une impassible douceur sur son honnête visage. A son tour 
alors, ayant éteint les lumières du plafond et de la cheminée, mais 
laissant allumées les deux lampes de chevet, elle se couchait, à la 
gauche de son mari. 

» Dès qu'elle était au lit, Michel l'enveloppait de ses grands bras, 
A partir de ce moment, cet homme si franc devenait énigmatique. 
Il l'embrassait sur la bouche, mais ce baiser n'avait plus l'assurance,, 
la justesse des baisers du jour* Si elle apercevait son regard, elle 
était frappée de le voir soucieux, presque fuyant, et par délicatesse 
s'abstenait de l'observer. Michel, en silence, promenait quelques 
instants sur elle une main droite hasardeuse, mais dont les mouve- 
ments n'avaient qu'une portée symbolique, comme on dît : « A vos 
souhaits ! », sans croire à l'efficacité de l'éternûment. Presque 
aussitôt il étendait cette main hors du lit, vers la lampe d'Andrée. 
Seule restait allumée alors celle de son chevet à lui. Cette modeste 
lumière, enfouie dans son abat-jour conique, donnait plus d'ombre 
que de clarté et accentuait Pésotcrisme de la rapide libation, pen- 
dant laquelle personne ne disait mot. Ensuite Andrée regardait la 
pendulette. Cela avait duré une minute et demie, parfois une mi- 
mite, jamais deux. Et déjà se posait sur ses lèvres, sur sa joue, un 
baiser de frère, d'homme du monde : « Bonsoir, ma chérie ». 
Michel éteignait la lampe restante. Et son haleine commençait à 
rvtlimer la nuit, 

» C'était pour Andrée une sorte d'attente impatiente, dont il lui 
paraissait alors qu'une reprise de l'action l'eût délivrée. Mais quand 
Miche) réitérait, elle éprouvait qu'un succès n'est pas l'addition de 
deux échecs, » 

P. 22. — « Cependant, l'œuvre centrale du couple lui inspirait 
une grandissante hostilité. Les revanches qu'elle avait escomptées 
de certains perfectionnements simplistes la fuyaient d'autant plus 
qu'elle manquait de liberté d'esprit. Dans la vie diurne, elle se con- 



«••^-^^^^^^^^^^^^■■M^^hp— ^^w^^^i 



LA FRIGIDITÉ DE LA FEMME 237 



naissait sur le même plan que Michel, comme égale et harmonique. 
Mais dès qu'ils s'engageaient dans le défilé amoureux, la gaucherie, 
Ja honte la paralysaient, l'incertitude l'exaspérait* 

* Lasse de l'insuccès, fatiguée du doute, un jour enfin elle se 
décida pour le renoncement. » 



* * 



Maxime Gorki : Un amour malheureux. (Dans La Vie bleue) 

(Après des années d'efforts, le héros, masochiste, réussit à faire 
la conquête d'une diva,) 

■ 

« El savez-vous, ce jour-là, pour la première fois, je l'ai eue à 
moi. Pour mon plus grand malheur ! Lorsque je revins à moi, elle 
était assise, à demi-nue, sur le lit, en train de faire rentrer ses seins 
dans sa chemise. Son visage était paisible, et je perçus sa voix 
chantante : 

» Oui, ainsi, nous avons célébré notre mariage. Cela t'a plu, avec 
moi ? Maintenant, nous allons prendre du thé, et nous commande- 
rons aussi du Champagne... » 

» Ce fut tout simplement comme sî j'avais été saisi d'un froid 
mortel* Je me jetai par terre, à ses pieds, et je me mis à crier, à 
hurler : « Vous ïie m'aimez pas ! Vous ne faites aucun cas de 
moi. » 

» Mais elle se leva d'un bond, courant à travers la chambre, se 
frappant du poing la poitrine, et exhala, haletante : 

« Mon cher, mon bon ami..., mais si„., si pourtant je ne„. Je ne 
puis vraiment pas ! Comprenez donc : je ne puis pas. » 

» Dieu du ciel, je compris, je compris et j'en fus chaviré. J'étais 
toujours assis par terre, vacillant. Mais elle, inondée de larmes, 

w 

tournait dans la chambre autour de moi. Son corps nu luisait, son 
corps qui était demeuré de glace pour moi* » 



* * 



Theodor Storm : Mystère, 



Quand viendra la nuit des adieux, 
Là, pas avant, je serai tienne* 
Donne ta main ; ne gémis pas, 
Je n'ai plus d'autre vœu sur terre 



238 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Elle dit. L'heure vint enliiu 
Seules, les étoiles veillaient, 
Deux cœurs, profondément, battaient 
Dans le grand souffle de la nuit. 

Point de contrainte et point de doute. 
Dénouant ceinture et vêtement, 
Elle se livra, solennelle, 
Silencieuse, aux mains de l'amour. 

■ 

Grisé, il serrait sur son sein 

La rose du visage aimé. 

« Et si je mettais fin au monde, 

Qu'importe, après un tel instant ! » 

Elle pleurait. Son coeur ardent 
Se répandait dons ses larmes, 
Pensant que c'était pour l'adieu 
Qu'elle reposait dans ses bras* 

Elle frissonnait au son des cloches 
Et se blotissait contre lui, 
Dans îa douleur des jours futurs 
Jetait toute sa joie présente. 

Elle ignorait, elle oubliait 
Que, désirée et sans défense, 
Elle avait livré son corps vierge 
Aux caresses de son amant. 

Lui, quand, sur son coeur embrasé 

Il pensait étreindre une femme, 

Ne trouva plus qu'un pauvre enfant 
Endormi, las, brise de pleurs. 



CHAPITRE II 

De la sexualité féminine 

I. — DÉVELOPPEMENT DE LA SEXUALITÉ FÉMININE. 

Dans ce qui suif, nous résumerons, à la lumière des derniers tra- 
vaux, les vues de Ja psychanalyse sur le développement de la sexua- 
lité féminine. 

La conception que se fait Freud du développement de la sexualité 
procède de l'idée que la sexualité de l'homme n'apparaît pas suhite- 



ï LÀ FRIGIDITÉ DE LA FEMME 239* 

ment, tel un devis ex machina, lors de la puberté seulement, An 
contraire, Freud pose, avec preuves à l'appui, que la sexualité géni- 
zale (car c'est celle-ci seule que Ton entend communément, en négli- 
geant les données psychologiques, par le concept de « sexualité ») 
représente l'aboutissement d'une longue série de phases de déve- 
loppement. Ces phases — phases orale, anale, uréthrale, phallique 
— sont « sexuelles » dans le même sens où nous avons pris le mot 
tout à l'heure, en faisant ressortir qu'il faut se garder de Terreur 
qui consiste à identifier la sexualité avec le coït Cette conclusion 
n'est rien d'autre que rintrojection d'une forme de pensée adulte 
dans un psychisme infantile de tout autre nature. 

La première manifestation de la sexualité de l'enfant commence- 
avec les premiers tétements* L'alimentation est ainsi combinée, 
dans ce stade, avec un hédonisme buccal qui est de nature 
« sexuelle », le sein ne dispensant pas seulement des calories, mais 
aussi du plaisir. Il s'y ajoute très tôt, bien que l'enfant soit rassasié, 
le suçottement, qui se combine à des mouvements de friction ou de 
titillement de la main sur certaines parties du corps, fréquemment 
sur les parties génitales. II y a déjà, dans ces activités, un passage 
insensible à la masturbation du nourrisson, 

La « supposition monstrueuse » que le plaisir oral et la sexualité 
puissent avoir un rapport entre eux perd de son invraisemblance 
quand on pense que des liens analogues existent encore chez, 
l'adulte : il suffit de penser au baiser, à la fellation, au cunnilin- 
guus, De plus, il est des symptômes névrotiques qui vont dans ce 
même sens ; par exemple le vomissement hystérique et les troubles 
hystériques de l'alimentation, qui ont souvent, entre autres origines, 
une érotisation des aliments, conséquence du lien originel entre 
l'instinct de nutrition et Férotisme oraL 

Abraham a proposé une subdivision en deux stades, admise par 
Freud, de la première phase, orale, du développement de la libido : 
dans le premier stade, c'est le tétement et le suçottement qui pré- 
valent ; dans le second, c'est le plaisir de mordre. On observe de 
très bon no heure, chez le nourrisson, le passage de l'acte de téter à 
celui de mordre ; cette seconde phase se développe parallèlement à 
la poussée des dents. À cette époquç, une des manifestations « amou- 
reuses » de l'enfant consiste à porter à sa bouche l'objet de son 
amour et à ravaler* (Il suffit de penser à l'expression : « Je te man- 
gerais » ; les cannibales demeurent à cette phase de l'évolution 



240 AEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



libidinale.) - On peut très simplement se convaincre par la psych- 
analyse de la réalité de ces invraisemblables phases de la sexualité. 
Mais le fait que les malades, qui sont demeurés fixés ou ont régressé 
à cette forme de sexualité, représentent souvent, dans leurs rêves, 
les objets aimés sous la forme d'aliments, ce fait n'est pas pour le 
commun une preuve péremptoire. Aussi bien ne faut-il jamais 
oublier que, déjà dans la seconde phase orale, tout comportement 
humain est « ambivalent *>, c'est-à-dire que la même chose peut 
être ressentie avec un accent positif et négatif, ou bien que Von peut 
y tendre ou la penser positivement et négativement (Bleuler). 

Ce serait une erreur d'admettre que le plaisir de téter, de snçotter 
et de mordiller constituassent les seules manifestations sexuelles du 
nourrisson. Déjà, dans ce premier âge, les exonérations vésicales et 
intestinales, les balancements rythmiques et la masturbation s'ac- 
compagnent d'un vif plaisir. C'est avant tout l'extrémité de l'intestin 

r 

qui procure des sensations voluptueuses, de sorte que Ton peut 
parler d'un passage progressif de la phase orale à la phase anale. 
Ici encore, l'adulte « normal » se hérisse contre une pareille con- 
ception, C'est qu'ici aussi l'on confond la forme de pensée de l'adulte 
avec celle de l'enfant, Ton regarde comme primaire ce qui est le 
résultat de refoulement ultérieurs, bref, on « oublie « comment les 
choses se passent en réalité dans la chambre du bébé. 

Il suffit de prendre garde au vif intérêt que porte l'entourage du 
bébé aux exonérations de celui-ci pour ne plus s'étonner de ce que 
son intérêt soit aiguillé sur sa miction et sa défécation. La réten- 
tion des fèces produit des excitations de la muqueuse rectale, sous 
la forme de sensations tout ensemble douloureuses et voluptueuses, 
au moment où les fèces franchissent la marge anale. Il faut sou- 
ligner ici certains rapports de ces sensations avec les sensations 
sexuelles ultérieures de la femme : le rectum peut être ressenti 
comme un vagin, la colonne fécale comme un pénis. 

Dans la phase anale aussi, il est possible de discerner deux 
stades. Le premier est caractérisé par le plaisir que procure le pas- 
sage des fèces. Il s'y dissimule une attitude agressive, de refus, à 
l'égard de l'objet — l'enfant met, d'une façon assez grotesque, sur 
le même pied l'objet aimé et ses excréments. L'ambivalence com- 
mence à se faire jour : on voit nettement, d'une part la tendance à 
retenir les excréments, d'autre part la tendance à les expulser vio- 
lemment. C'est ainsi que s'expliquent maintes diarrhées d'enfants et 



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LA FRIGIDITÉ DE LA FEMME 241 



d'adultes. Certains névrosés soldent toute déception par une diar- 
rhée, ce qui, psychologiquement, équivaut à repousser l'objet. 

Dans le second stade de la phase anale, les tendances conserva- 
trices se font plu h fortes. Le plaisir que procure la rétention des 
matières conduit à la constipation et à attacher une grande valeur 
aux excréments. Cette dernière tendance est renforcée par la néfaste 
importance que F on accorde, dans l'entourage de L'enfant, à ses 
manifestations anales. C'est de là que l'enfant passe. à L'idée que les 
fèces qu'il abandonne ont la valeur d'un cadeau. 

On sait peu de choses sur la troisième phase, prégénitale, d'ero- 
tique urinaîre chez la fillette. Cette phase est liée au désir de mas- 
culinité (voir plus loin). C'est à cette phase que se rattache peut-être 
le cas d'une hystérique, analysée par l'un de nous, qui, adulte, con- 
tinuait d'uriner comme un homme, c'est-à-dire debout. 

La phase génitale commence avec la phase dite phallique de 
l'organisation de la libido. A vrai dire, les deux sexes passent simul- 
tanément par cette phase. Si Ton objecte que la femme n'a pas de 
pénis, et donc ne peut éprouver nul plaisir phallique de par la mas- 
turbation infantile, cette objection tombe, du fait que la fillette per- 
çoit son clitoris comme un pénis et se masturbe d'une façon qui est 
tout à fait « masculine ». La fillette ne prend pas psychîquement 
conscience de son vagin ; psychiquement elle se veut donc garçon, 
c'est-à-dire pourvue d'un pénis {1). Ici encore l'adulte s'insurge. 
Pour lui» la séparation des sexes et le fait tangible qu'il existe bien 
deux sexes ne soulèvent aucun problème. Il objecte que cette dif- 
férence existe d'emblée. Ce n*est pas de cela qu'il s'agit, mais pré- 
cisément de ce fait que beaucoup de femmes, inconsciemment, ne 
sont pas parvenues à accepter leur rôle sexuel de femmes, et que 
cet échec constitue une des causes déterminantes de La frigidité. 

Le petit garçon et la fillette ont un comportement tout à fait dif- 
férent vis-à-vis des organes de l'autre sexe. Quand le petit garçon 
voit pour la première fois les organes d'une fillette, il se montre 
très perplexe et s'y intéresse peu tout d'abord, Il ne voit rien, ou 
bien il escamote ce qu'il a vu, le minimise, cherche à se renseigner 
pour mettre en accord ce qu'il a découvert avec ce qu'il s'attendait 
à voir. Ce n'est que plus tard, lorsqu'une menace de castration 



(1) Cf. -Karen Houney : « La négation du vagin. « /, Z É /. P&ychoanaL, 1933, 
Fasc, 3. 

REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE* 4 



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242 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



pèsera sur lui en punition de sa masturbation, que ce qu'il a observé 
prendra son plein sens. Le souvenir de son expérience, ou son 
renouvellement, soulèvera en lui une vague de fond affective et lui 
donnera à croire en la possibilité de la menace qu'il avait jusqu'alors 
tenue pour plus ou moins incroyable. Deux réactions peuvent se 
produire en cette occurrence, qui déterminent de façon durable son 
attitude à regard du sexe féminin : de la répulsion ou un mépris 
triomphant pour cet estropion. 

11 en va différemment pour la fillette. En un clin d'œil elle s'est 
fait une opinion et a pris sa décision. Elle a vu le pénis, sait qu'elle 
n'en a pas* est déçue et veut l'avoir. C'est à ce moment que se greffe 
le complexe dit de virilité, qui prépare de graves difficultés à révo- 
lution, précédemment décrite, vers la féminité, si la fillette ne réus- 
sit pas à le surmonter sans tarder. Derrière le désir du pénis se 
cache souvent aussi une envie orale. L'espoir de posséder quand 
même un jour ce pénis et de devenir par là semblable à l'homme 
peut se conserver dans les phantasmes de la jeune fille jusqu'à une 
époque invraisemblablement tardive. Ou bien il s'établit une néga- 
tion du véritable état de choses : la Jillette refuse d'admettre le fait 
de sa castration» s'enferme dans l'intime persuasion qu'elle possède 
quand même un pénis, et elle est alors obligée de se comporter 
comme si elle était un homme. Les conséquences psychiques de 
l'envie du pénis, pour autant que celle-ci n'apparaisse pas flans la 
formation réactive du complexe de virilité, sont des plus nom- 
breuses et étendues. Du fait que la femme prend conscience de cette 
blessure à son narcissisme (c'est une offense à sa dignité), se forme 
chez elle, à U manière d'une cicatrice, un sentiment de moindre 
valeur. Quand elle renonce, comme elle s'y essayait tout d'abord, à 
s'expliquer son manque de pénis comme par l'effet d'une punition 
qui lui était personnellement infligée, et comprend que la diffé- 
rence des sexes est un fait général, elle commence à partager le 
dédain de l'homme pour un sexe qui est « abrégé » à un point aussi 
décisif. 

Pour comprendre ce qui suit, il est indispensable d'avoir pré- 
sents à Pesprit deux faits ; le fait de la bisexualité et celui du com- 
plexe d'Œdipe. Le premier implique la présence simultanée d'élé- 
ments masculins et d'éléments féminins chez tout individu. Le 
complexe d'Œdipe donne à supposer que la fillette veut être aimée 
de son père comme l'est sa mère et prendre la place de celle-ci, d'où 



LA FRIGIDITÉ DE LA FEMME 243 



des attitudes ambivalentes, pleines de haine, envers elle. Mais la 
bisexualité fait que le complexe d'Œdipe peut s'aiguiller sur deux 
voies : la fillette non seulement hait sa mère et veut Être aimée de 
son père, mais elle aime aussi sa mère et écarte son père coin me un 
îïvaL Cette intrication ne s'éclaire que par ïa phase qui précède la 
naissance du complexe d'Œdipe, phase dite de « fixation préœdi- 
pienne » à la mère. 

En quoi consiste cette fixation préœdipienne chez la fillette ? Elle 
est le précurseur de la fixation œdipienne normale à son père et 
consiste en ce que, dans le tout premier âge, il n'existe pour elle 
qu'une liaison sur le plan psychique ; la liaison avec sa mère. Du- 
rant cette période, son père n'est qu'un rival importun. Dans nombre 
de cas, cette fixation de la fillette à sa mère dure au delà de la qua- 
trième année* Presque tout ce que Ton trouvera ultérieurement 
dans les rapports psychiques de la fillette avec son père existait 
déjà dans la phase de fixation à sa mère. Tout cela est reporté après 
coup sur son père* 

Les rapports libidinaux de la fillette avec sa mère sont multi- 
formes. Comme ils se manifestent à travers les trois phases de la 
sexualité infantile, ils portent aussi la marque de chacune de ces 
phases et s'expriment sous la forme de désirs oraux, sadiques- 
anaux et phalliques. Ces désirs se traduisent par des pulsions 
.actives autant que passives* Elles sont en outre foncièrement ambi- 
valentes., et donc de nature tendre autant que de nature hostile et 
agressive* Le désir qui s'exprime le plus distinctement, c'est celui 
de faire un enfant à sa mère, ainsi que celui, y correspondant, de 
mettre pour elle au monde un enfant. Ou bien il apparaît une 
.crainte anxieuse d'être tuée, empoisonnée ou séduite par sa mère. 
Dans ces phàiitasmes de séduction, c'est toujours la mère qui est 
la séductrice- Ici, les phantasmes ont un fond de réalité, car la 
in ère doit nécessairement, par la manière dont elle fait la toilette 
de Fenfant, provoquer des sensations agréables dans la région géni- 
tale, peut-être même être la première à les, faire éclore. 

Cette très forte et précoce fixation de la fillette à sa mère s'abolit 
-avec le temps. Le lien amoureux se défait sous le signe de l'hostilité, 
il se résout en haine; Cette haine peut devenir plus ou moins appa- 
rente ; elle peut persister toute la vie, ou bien Être surcompensée 
ultérieurement par l'effet des scrupules. Elle est surmontée pour 
iune part, mais persiste pour une autre part- Toute une kyrielle de 



«MW 



244 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSA 



plaintes et de réclamations servent à la fillette de motifs pour s'éloi- 
gner de sa mère, Par exemple, le reproche de n'avoir pas reçu d'elle 
assez de lait, l'envie d'un petit frère ou d'une petite sœur, ou bien 
la révolte contre l'interdiction de se masturber. On en peut recher- 
cher la raison plus profonde dans le besoin immodéré d'amour de la 
fillette et l'impossibilité de combler ses désirs sexuels* Peut-être 
cette première liaison amoureuse est-elle condamnée à disparaître 
du fait même qu'elle est la première, car ces précoces investisse* 
inents objectaux sont toujours ambivalents : à côté du grand amour 
il y a toujours un fort penchant agressif, Plus l'enfant est pas- 
sionné pour l'objet aimé, plus il est sensible aux déceptions et aux 
refus venus de lui. Il arrive finalement un moment où l'amour doit 
le céder à l'hostilité accumulée. Il faut de plus considérer que c'est 
de la mère, en tant qu'elle est la principale éducatrice, que viennent 
la plupart des refus, car l'éducation la plus douce ne peut faire 
autrement que d'exercer des contraintes et de dresser des barrières* 
Mais tout cela ne suffirait cependant pas à détruire cette précoce 
fixation à la mère, puisqu'aussi bien le petit garçon vit les mêmes 
choses et ne se détourne pas pour autant de sa mère. C'est qu'ici 
se surajoute un élément spécifique : le complexe de castration. Lu 
différence anatomique — l'anatomie, c'est le destin — donne son 
empreinte au psychisme. La fillette rend sa mère responsable du 
fait qu'elle est privée de pénis et ne lui pardonne pas ce préjudice. 

L'expérience que nous avons acquise par la psychanalyse nous 
oblige à admettre, chez la fillette aussi, un complexe d'émascula- 
1 ion, encore que ce complexe ne puisse avoir le même contenu que 
chez le garçon* Aussi bien le complexe de castration de la fillette 
s'ïnstaure-t-il à la vue des organes de l'autre sexe. Elle se sent gra- 
vement lésée par la vue de ce qu'elle ne possède pas. Elle aussi 
voudrait avoir « un p'tit machin comme ça ». Il se développe alors 
chez elle l'envie du pénis, qui laissera des traces indélébiles dans 
son développement et dans la formatioai de son caractère* Même 
dans les cas les plus favorables, cette envie ne sera surmontée qu'au 
prix d'un gaspillage d'énergie psychique. 

La découverte de sa castration est pour la fillette un moment 
critique. A dater de là, son développement peut se faire dans trois 
directions : l'une conduit à la névrose, la deuxième à des modifica- 
tions du caractère qui vont dans le sens du complexe de virilité, la 
troisième aboutit à une féminité normale- Dans le premier cas, le 



^^ BMtAMMI ^ B ^ 



I^A FRIGIDITÉ DE LA FEMME 245 



contenu essentiel de la névrose est celui-ci : la fillette, après avoir 
vécu jusqu'alors d'une façon masculine, sachant se donner dq plai- 
sir par l'excitation de son clitoris en mettant en rapport cette acti- 
vité avec ses désirs sexuels, souvent actifs, envers sa mère, voit 
s'altérer, sous l'influence de l'envie qu'elle a du pénis, le plaisir 
qu'elle goûtait à sa sexualité phallique. Mortifiée dans son amour- 
propre en se comparant au garçon, tellement mieux pourvu qu'elle, 
elle renonce — dans une mesure plus ou moins grande — à ses 
satisfactions masturbatoires sur le clitoris et repousse son amour 
pour sa mère. Ce faisant, il n'est pas rare qu'elle refoule une 
bonne part de l'ensemble de ses tendances sexuelles. Ce n'est pas 
d'un seul coup que la fillette se détourne de sa mère, car elle tient 
tout d*abord sa castration pour un malheur qui lui est particulier. 
Et ce n'est que peu à peu qu'elle admet cette notion, en l'étendant 
aux autres femmes, jusqu'à sa mère inclusivement* Son amour 
valait pour sa mère phallique ; en découvrant que sa mère aussi 
est châtrée, il lui devient possible de la « laisser tomber » en tant 
qu'objet d'amour, de sorte que les motifs d'hostilité longuement 
accumulés prennent le dessus. 

Le renoncement partiel à la masturbation clïtoridienne entraîne 
le renoncement à une part de l'activité. La passivité remporte sur 
cette dernière* La fillette se tourne d'une façon prédominante vers 
son père, à la faveur des tendances passives. Une poussée évolutive 
de ce genre, en écartant l'activité phallique, aplanit la voie vers la 
féminité. Si le refoulement n'entraîne pas trop de pertes en cours de 
route, la féminité peut s'établir normalement. 

Le désir inconscient qui induit la fillette à se tourner vers son 
père est originellement le désir du pénis^ que sa mère lui a refusé, 
mais qu'elle attend désormais de son père. La féminité n'est établie 
que lorsque le désir du pénis est remplacé par celui de l'enfant, 
c'est-à-dire lorsque l'enfant se substitue au pénis comme équivalent 
symbolique. 

Mais avant que ses désirs glissent, « à la. faveur d'un équivalent 
symbolique », du pénis à l'enfant, la fillette passe par une phase 
intermédiaire. Dans les désirs de l'enfant coexistent des stimuli 
erotiques anaux et génitaux (envie du pénis). Or le pénis a aussi 
une signification anale-érotique indépendante de l'intérêt que porte 
à l'enfant la fillette* Le rapport établi entre le pénis et la muqueuse 
du canal intestinal, excitée par son contenu, préexistait dans la 



cs*ss 



246 KEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



phase prégénitale sadique-anale. Dans l'imagination de Fenfant, ce 
contenu (cette colonne fécale) est pour ainsi dire le premier pénis. 
Il est des enfants dont Férotisme anal demeure jusqu'à la puberté 
très marqué et inchangé- Ces cas nous apprennent que, déjà dans 
cette phase prégénitale, une organisation génitale analogue se révé- 
lait dans des phantasmes et des jeux pervers. Dans ces phantasmes 
le pénis et le vagin ont été remplacés par la colonne fécale et par 
l'intestin* 

C'est chez les obsédés que nous pouvons étudier la régression de 
l'organisation génitale. Cette régression se révèle par la transforma- 
tion des phantasmes primitivement génitaux en phantasmes anaux, 
et par la substitution de la colonne fécale au pénis, de l'intestin au 
vagin. Les trois objets : pénis, colonne fécale et enfant, sont des 
corps solides qui excitent la muqueuse en entrant ou en sortant (le 
rectum est, selon le mot d'Andrés Salomé, le vagin qui leur est 
loué). 

En reportant le désir de Fenfant-pénis sur son père, la fillette est 
entrée dans la situation œdipienne. L'hostilité envers sa mère, jus- 
que-là superflue, prend alors une vive acuité. En effet, sa mère 
obtient de son père tout ce qu'elle-même espère de ce dernier et 
devient par là même une rivale. La situation œdipienne est ainsi, 
pour la fillette, l'aboutissement d'une longue et difficile évolution, 
une sorte de libération provisoire. 

En ce qui concerne les relations du complexe d'Œdipe avec le 
complexe de castration, on observe d'un sexe à l'autre une diffé- 
rence qui est lourde de conséquences. Chez le garçon, le complexe 
d'Œdipe, qui le fait convoiter sa mère et chercher à évincer son 
père rival, se développe à partir de la phase de sexualité phallique. 
La menace de la castration le contraint parfois à abandonner sa 
position. Dès l'instant où l'enfant se croit en danger de perdre son 
pénis, il repousse son complexe œdipien. Dans les cas les plus nor- 
maux» ce complexe est entièrement effacé et un sévère surnioi (par- 
tie inconsciente de la conscience morale) s'installe à sa place* Au- 
trement dit, les investissements objectaux sont abandonnés et rem- 
placés par des identifications. C'est l'autorité parentale, on pater- 
nelle, introjectée dans le moi, qui y forme le noyau du surnioi ; ce 
surmoi emprunte au père sa sévérité, interdit à jamais l'inceste et 
préserve ainsi le moi de revenir à l'investissement libidinal de 
l'objet. Les pulsions libidinales inhérentes au complexe d'Œdipe 



LA FRIGIDITÉ DE LA FEMME 247 



sont pour une part désexualisées et sublimées, pour une autre part 
détournées de leur but en se transformant en tendresse. Si ce pro- 
cessus a sauvé la génitalîté en écartant le péril de la castratiou, il 
l'a par ailleurs plus ou moins paralysée dans son fonctionnement. 
C'est par ce processus que s'achève la première éclosion du com- 
plexe d'Œdipe, entre trois et cinq ans. À sa suite s'établit la période 

- 

de latence, qui dure jusqu'à la puberté et qui aboutira à un renou- 
vellement du vieux désir œdipien. C'est alors que se décidera le des- 
tin de l'homme, dans l'alternative santé ou névrose, 

Telle est l'évolution de la libido chez le petit garçon- Comment se 
fait-elle chez la fillette ? Ici, les choses se passent à peu près inverse- 
ment : le complexe de castration prépare le complexe d'CEdipe au 
lieu de le détruire. L'envie qu'a la fillette du pénis lui fait rompre 
le lien qui l'attache à sa mère. Elle se réfugie dans la situation œdi- 
pienne comme dans un port* Le mobile principal qui avait poussé 
le petit garçon à vaincre son complexe d'Œdipe disparaît aussi avec 
la crainte de la castration* Aussi la fillette conserve-t-elle ce com- 
plexe indéfiniment, le traduisant tardivement et, dès lors, d'une 
façon imparfaite. Dans ces conditions, la formation du surmoi est 
fort compromise. Ce dernier ne peut atteindre la vigueur qu'il a chez 
l'homme. 

Nous avons vu plus haut que l'évolution de la fillette passe par un 
moment critique dès l'instant où elle découvre qu'elle n'a pas de 
pénis. Trois possibilités s'offrent à elle : la féminité normale, la 
modification du caractère dans le sens du complexe de virilité, et la 
névrose, avec Pinhihition sexuelle qu'elle comporte. Le complexe de 
virilité consiste en ce que la fillette, se refusant — psychiquement 
— à admettre le lait déplaisant de sa castration, s'obstine, en l'exa- 
gérant, dans le comportement sexuel viril qu'elle avait eu jus- 
qu'alors* s'accroche le plus souvent à une activité clitoridienne et 
recourt à une identification avec sa mère phallique ou avec son 
père. Un facteur constitutionnel doit intervenir dans cet aboutisse- 
ment. Les tendances actives sont plus marquées, quantitativement, 
que chez le garçon. L'essentiel du processus consiste en ce que, à ce 
moment de l'évolution, la poussée de passivité, qui fraie la voie à la 
féminité, est évitée. L'homosexualité manifeste, traduisant Fin- 
nu ence de celte évolution sur le choix de l'objet, apparaît comme 
îa manifestation la plus extériorisée du complexe de virilité, même 
quand cette perversion ne continue pas la virilité infantile et ne se 



■^■^ 



248 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



forme que par le détour d'un attachement de courte durée au père. 
Si l'on compare l'évolution de la fillette vers la féminité avec celle 
du petit garçon vers la masculinité, on constate que la première est 
beaucoup plus compliquée et plus semée de conflits que la seconde. 
II y a à cela deux raisons : l'amour de la fillette doit passer de son 
objet primitif — la mère — au père (et plus tard à l'homme). En 
outre, elle doit changer de zone sexuelle érogène et passer du cli- 
toris au vagin. A l'inverse, l'homme,, à la puberté, peut poursuivre 
ce qu'il avait entrepris à l'époque du premier épanouissement 
sexuel. Le point critique, chez la fillette, c'est le changement de la 
zone érogène. Tandis qu'à l'époque du premier épanouissement de 
la sexualité infantile c'est toujours le clitoris qui est le centre de 
cette sexualité, la fillette n'ayant pas la notion du vagin, ce même 
clitoris doit, pins tard, céder sa sensibilité et sa primauté au vagin. 
Si ce déplacement ne se produit pas, la femme ne ressent rien peu* 
dant les rapports sexuels et doit se contenter, dans les cas les plus 
favorables, des bagatelles de la porte. L'acte normal présuppose 
inéluctablement et en premier lieu la sensibilité vaginale. L'activité 
des organes génitaux féminins dans le coït, en tant qu'ils appré- 
hendent, maintiennent et aspirenl le pénis, n'est compréhensible 
que si nous consentons (Ferenczi, H* Deutsch) à suivre le déplace* 
ment d'une composante agressive à partir de la phase orale, en pas- 
sant par la phase anale, jusqu'à ht phase génitale, Sous l'action 
excitante du pénis, le vagin, dans le mouvement de va-et-vient, joue 
le rôle de la bouche qui tète, conformément à l'équivalence pénis — 
sein* Cette substructure orale se révèle par de multiples symptômes 
oraux chez la femme frigide. 

L'exposé qui précède, de révolution de la féminité selon la con- 
ception freudienne (1), doit être complété pour certains cas spéciaux. 
Cette conception n'est pas simple ; elle est même un peu ardue 
pour les personnes qui ne sont pas initiées à la psychanalyse. Ce- 
pendant cet exposé succinct résume des recherches psychanalyti- 
ques de plus de quarante ans et est l'aboutissement d'un grand 

(]> Dans l'exposé de Ja théorie psychanalytique de la sexualité féminine, nous 
nous sommes appuyés sur les idées fondamentales de Freud sans pour cela sous- 
eslimcr l'importance fie certains points qui prêtent encore h discussion. Nous 
n'avons pu, non plus, parler en détail des recherches de ces toutes deiyiîères 
années, notamment des travaux importants d'Ernest Jones, et plus particulière- 
ment de son travail fondamental sur la phase phallique (E* Jones : Die phal- 
liâche Phase. Intern. Zeitschr* f* Psychoanal>}se l 1933J* 



LA FRIGIDITÉ DE, LA FEMME 249, 



nombre de travaux. Afin d'aplanir dans une certaine mesure: les 
difficultés, les vues dé Freud ont été en maints endroits reproduites 
textuellement. Les faits particuliers de révolution amoureuse de la 
femme, tels qu'ils sont décrits dans le langage psychanalytique, ont 
été observés sur des enfants et sur des malades. Seules les per- 
sonnes au courant de 3a psychanalyse peuvent les établir. Ii s*agit 
en effet de processus — phantasmes ou désirs — inconscients ou 
cachés, La vériiication de ces données n'est possible que dans une 
analyse poussée à fond* Cela fait que le profane peut les taxer de 
constructions ou d'exagérations. 

II ♦ — Particularités de la vie sexuelle chez la femme. 

Nous avons vu que rattachement précoce de la fillette constitue 
déjà une prédisposition à l'homosexualité. Nous avons dit aussi que 
Ton ne peut donner à la fillette une explication de ses organes géni- 
taux internes (1)* Enfin, nous avons attiré l'attention sur les déplace- 
ments des zones érogènes sexuelles au cours de la vie de la femme* 
En effet, la petite fille non déllorée ressent sa sexualité en un endroit 
de son corps qui appartient au sexe masrulin, si Ton peut dire. Rien 
n'est donc pïus nature] que de voir la fillette s'attribuer la virilité 
et désirer de posséder un pénis plutôt que de n'avoir rien du tout à 
cet endroit-là. Rien de plus aisé non plus que de constater com- 
bien la fonctioh des organes génitaux internes s'établit malaisé- 
ment. Si l'on songe à toutes les graves conséquences que les rap- 
ports sexuels ont pour la femme (grossesse* interruption du travail, 
médisance quand les rapports sont extra-conjugaux, difficultés con- 
jugales, etc), toutes conséquences sociales inhérentes à notre forme 
de civilisation, on comprend que l'éducation impose à la femme tant 
de réserve. 

Si l'on fait abstraction des civilisations primitives, ainsi que des 
conditions d'existence du paysannat et du prolétariat, où les ado- 
lescents sont tôt instruits des choses sexuelles et jouissent d*une 
grande liberté, on peut dire que la jeune fille bourgeoise passe par 
une seconde phase de latence. Alors que le jeune homme peut vivre 
sa vie, c'est interdît pour longtemps à la jeune fille, La pureté au 

(]) M. Hitsciimàkn : « Eîno natiirlîchc SchwicriglïiHt dev soxuoîlen Au f Ida- 
j'UHg ». Zeîtschr* f* psychoan* Piidagogîk. ]927, 



250 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



sens étroit du mot, c'est-à-dire en négligeant la masturbation, les 
phantasmes, les conversations que Ton peut dire illicites, le Heurt, 
lui est beaucoup plus facile qu'au jeune homme. Pour désirer l'acte 
sexuel, la femme doit tout d'abord avoir été captivée et avoir connu, 
par l'homme dont elle est aimée, l'émoi sexuel. Jusqu'à ce moment- 
là, elle ne peut que s'aimer elle-même d'une façon narcissique. Mais, 
même dans le cas où elle est renseignée de bonne heure et où sa 
pudeur ne crée pas de résistances, la jeune fille bourgeoise préfé- 
rera renoncer à l'intromission, par crainte des suites-, ou bien celle 
crainte entraînera la frigidité vaginale. C'est pourquoi nous voyons 
certaines relations amoureuses, commencées plus par amour-propre 
que par passion, devenir décevantes. C'est alors le mystère des rela- 
tions imparfaites qui joue son rôle* De là la fréquence des excita- 
tions rudimentaires des demi-vierges, des satisfactions orales ou 
masturbatoïres des fiancés et des célibataires, joutes choses qui ne 
font que provoquer la frigidité ultérieure du vagin, car les manœu- 
vres ne portent que sur le clitoris, Hat tant ainsi la zone mâle qui, 
plus tard, ne pourra plus s'effacer, Que faul-il à la femme pour par- 
venir à la plénitude de la volupté, dans l'acte sexuel complet ? II 
faut, pour le moins, être affranchi des sentiments d'anxiété ou de 
culpabilité, avoir du temps devant soi et disposer d'une couche com* 
mode. Le partenaire a les mêmes besoins primitifs ; il ne doit pas 
être maladroit ou névrotique, ni surtout être affligé d'éjaculations 
précoces. 

Nous ne ferons que souligner ici une particularité de la vie 
sexuelle de la femme qui est importante dans son principe : la 
plupart des femmes ont besoin d'aimer pour pouvoir éprouver un 
émoi sexuel de la part de leur partenaire. Cet umour lui-même a sa 
source dans l'inconscient de l'enfant. Nous renonçons à traiter en 
détail ce thème si important de la tendresse, in tri que avec celui de 
la sensibilité génitale. 

Pour bien des gens, seul le mariage procure des nuits qui peuvent 
être consacrées à l'amour, une couche confortable et une parfaite 
quiétude. La femme a besoin de toutes ces conditions pour appren- 
dre à éprouver la volupté avec plénitude. Les femmes frigides, crain- 
tives, ou qui souffrent j>endant le coït, se refusent» il est vrai, à 
répéter l'acte. Mais une femme jeune et bien portante a besoin de 
cette répétition. La femme est généralement plus lente à s'émou- 
voir, et l'orgasme se produit chez elJe moins rapidement que chez 



™**^^™^^^^^— ■^■^M^^^^^^^M^^P^*— ■■■^l^^M^^^^ 



LA FRIGIDITÉ J)E LA FEMME 251 



"I ■ — I ^Ml ■ I 



l'homme. La transformation d'une jeune fille en femme accomplie,, 
passionnée, doit être précédée d'une évolution compliquée et incon- 
sciente. L'activité des organes génitaux féminins, qui consiste à 
appréhender, serrer et aspirer, poilr s'achever enfin dans l'orgasme, 
doit être préexistante pour pouvoir apparaître chez la femme déflo- 
rée, La négation de ces facultés, notamment de celles du vagin, 
entraîne leur inhibition ; elles ne peuvent désormais plus être mises 
en jeu que par le traitement psychanalytique. 

Le contraste frappant entre les femmes qui se bornent aux 
caresses, aux baisers, au « pelotage », celles qui n'accueillent l!acte 
d'amour qu'avec répugnance, froideur, étonneraient, voire avec 
dégoût, jalousie, et haine, le contraste entre ces femmes et la femme 
saine, passionnément éprise, qui prend part à l'acte et qui gémit 
pendant l'orgasme, fait mesurer la différence entre ce qui est natu- 
rel et les effets de la surcivilisation. 

La masturbation de la femme a aussi ses particularités, La crainte 
de se blesser y joue un assez grand rôle, et celle de se déflorer soi- 
même y entre pour une part. On observe parfois le phantasme: 
d'avoir été faîte jadis comme un garçon et de s'être transformée en 
castrat par la masturbation. Le fait que l'organe féminin est moins 
apparent que l'organe masculin favorise peut-être cette idée. Les 
pertes blanches augmentent les reproches que la femme se fait à 
elle-même. On peut observer chez certaines femmes des idées hypo- 
chondriaques, telles que l'idée que leur vagin n'est plus normal, 
que leur mari s'apercevra de leur masturbation, ou la crainte de ne 
pouvoir jamais être mère. L'aversion à regard du mariage et de 
l'accouchement, et donc aussi la frigidité, peuvent avoir pour point 
de départ des idées de ce genre. La masturbation clitoridienne, une 
masturbation plus anale, ou bien déplacée sur les alentours des 
organes génitaux, peut même inhiber totalement la préparation à la 
volupté vaginale par friction, La masturbation génitale de la fillette 
est relativement rare. Elle est généralement la conséquence d'une 
séduction. Celle-ci ne peut naturellement pas être rendue respon- 
sable d'une prédisposition à la frigidité vaginale. 

Chez la femme, l'acte sexuel peut être divisé en trois phases. Dans 
la première, la vulve devient humide et l'érection du clitoris se 
manifeste par des pulsations. Le désir de l'union corporelle, après 
étreinte et baisers, est suivi de l'intromission de la verge. C'est à ce 
moment que commence la volupté produite par la friction. Elle est 



252 



BEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



ressentie avec une intensité progressive et la femme désire qu'elle 
.se prolonge- L'orgasme de la femme se produit en même temps que 
celui de l'homme, plus souvent peut-être immédiatement après. H 
consiste en contractions involontaires des muscles des parois vagi- 
nales et des muscles pelviens, contractions suivies d'une sensation 
d'apaisement, après la tension sexuelle qui Ta provoquée. À l'inverse 
de l'homme, qui revient plus tôt à l'état de repos, la femme exige, 
même après l'orgasme, de rester avec son partenaire, étendue auprès 
do lui, et de conserver la verge en elle. Le médecin doit s^cn quérir 
avec précision de la manière dont les choses se passent, pour se 
rendre compte de ce qui ne cadre pas avec ce cours normal de 
Pacte. 




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En bas, graphique d'un coït normal* 

En liant d'un coït anormal (dysparcunicL 

En liait plein, l'orgasme masculin ; en pointillé, l'orgasme féminin. 

CHAPITRE III 



La frigidité de la femme 

■ 

A) DÉFINITION, SYMFTÛMATOLÛGJE ET DEGRÉS 

DE LA FRIGIDITÉ* 

Nous entendons par frigidité l'impossibilité, pour la femme, 
d'avoir un orgasme vaginal. Que pendant le coït la femme demeure 
froide ou ressente une excitation, que cette excitation soit forte ou 



LA FRIGIDITÉ DE LA FEMME 253 



faible, qu'elle tombe lentement ou rapidement, au début ou à la fin: 

du coït, qu'elle se produise pendant les- actes préliminaires ou fasse 
tout à fait défaut, il n'importe ; le seul critère de la frigidité, c'est 
Fabsence d'orgasme vaginal. Les troubles typiques des femmes fri- 
gides dans le coït sont multiples et prennent des aspects très divers. 
Ces troubles peuvent être classés de la façon suivante : 

a) Frigidité totale avec anesthêsie vaginale. 

La femme ne prend pas part au coït. Pas trace de plaisir vaginal. 
Sentiment de déplaisir, de dégoût, avec le désir « que tout ça soit 
vite terminé ». Pas de sécrétions glandulaires lubrifiantes. Pendant 
les préliminaires, aucune sensation, ni du vagin, ni du clitoris. La 
femme est absente pendant l'acte et garde les yeux ouverts, L'eH'et 
dynamique de cette frigidité est le vaginisme» traduisant, la peur et 
une défense active, et rendant l'acte impossible par l'effet d'une 
crampe des sphincters. 

b) Frigidité totale avec hypoesthêsie. vaginale. 

Faible excitation au début du coït, demeurant toujours égale à 
elle-même pendant l'acte. Traces de sécrétions glandulaires. Faible 
sensibilité clitoridienne* Aucune contraction musculaire involon- 
taire. 

c) Frigidité relative avec hypoesthêsie vaginale, 

Excitation relativement forte pendant l'attente du coït, Dispa- 
rition du désir au moment de la réalisation de l'acte. Par ailleurs* 
même tableau que dans h). 

d) Frigidité relative avec sensibilité vaginale et cessation brusque 
de V excitation avant V orgasme. 

Excitation relativement forte. Trouble minimum de la sensibi- 
lité vaginale. Augmentation de l'excitation jusqu'au moment où 
vont se produire les contractions musculaires involontaires, puis 
cessation soudaine {plus rarement progressive) de l'excitation. Pas 
d'orgasme* ... 

e) Orgasme chtoridzen avec hypoesthêsie vaginale. 

La femme ne parvient, dans le coït, à l'orgasme clitoridien que 
par friction du clitoris de la part de l'homme. Quelquefois ce mas- 
sage clitoridien doit être poursuivi pendant un quart d'heure à une 

demi-heure. Pas d'orgasme vaginal, mais forte excitation et sécré- 

tîon glandulaire. 

■ 

f) Frigidité de type nymphomane. 



^— *BS 



**- 



254 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Forte excitation avec exacerba lions répétées, d'où passion des 
.hummes. La femme st 1 donne à n'importe qui. Pas d'orgasme. 

g) Frigidité élective. 

Les troubles ci-dessus décrits peuvent se produire avec n'importe 
.quel homme (frigidité obligatoire) ou cesser avec certains hommes 
et dans des conditions spéciales — par exemple, obligation de faire 
la chose défendue ou méprisée (prostituée). Positions spéciales pen- 
dant Je coït, etc. 

h) Frigidité vraie et pseudo-frigidité. 

De a à h Ton a affaire à des cas de vraie frigidité. Il faut mettre 
à part la pseudo-frigidîté r conditionnée par l'ignorance, par la sou- 
mission à certaines théories sexuelles fausses, par une « technique » 
incorrecte. Pour les diverses particularités, nous renvoyons à la 
.description des formes spéciales. 

Le problème de l'orgasme se complique, chez la femme, du fait 
que celui-ci dépend aussi du degré d'érection du pénis, de la durée 
du coït, de l'art d'aimer du partenaire- Une femme parfaitement 
normale peut ne pas parvenir à l'orgasme quand, par exemple, 
l'homme esl affligé d'éjaculation précoce ou quand, par suite de 
ses inhibitions, il a horreur des bagatelles de la porte* Normalement, 
déjà, la femme est plus lente à s'émouvoir que l'homme» de sorte 
,que les actes préliminaires sont souvent nécessaires* 

Les causes les plus fréquentes de la frigidité sont : la fixation 
.œdipienne au père, entraînant, par besoin inconscient de punition, 
l'interdiction de jouir ; l'inacceptation du rôle féminin passivement 
masochique ; la non liquidation du complexe de castration et des 
désirs de virilité ; la persistance des phantasmes et des fixations 
inconscients prégénitaux* tels le besoin d'être violée, l'homosexua- 
lité inconsciente, des idéologies interdisant la sexualité, etc. 

Nous donnons ci-après un essai de subdivision, en dix-huit formes 
spéciales, de ce vaste domaine de la frigidité. Il n'est pas nécessaire 
de pousser cette classification dans le détail : certaines formes sont 
intriquées. De toutes façons, ce dénombrement montre la multipli- 
cité des aspects de cette anomalie, et donc nous préserve des géné- 
ralisations et de là tendance à mettre, ainsi qu'on le fait communé- 
ment» dans le même panier toutes les formes de la frigidité* Ce 
serait déjà une erreur du seul fait que le pronostic des diverses 
.formes varie du tout au tout. 



^ É-fc 



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^•^ 



LA FRIGIDITE DE LA FEMME 



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255 



Voici les types de frigidité que nous avons établis : 

1. Frigidité par fixation œdipienne. 

2* Frigidité par fixation œdipienne plus désir de castration* 

3. Frigidité par fixation précedipienne plus désir de se venger de 

la castration. 
4* Frigidité par vaginisme. 
Ces quatre premières formes sont des formes hystériques résul- 
tant d'un mariage mal apparié. 

5. Frigidité sadique-anale (dans la névrose obsessionnelle), 
fà> Frigidité avec mécanismes masocliiques : 

a) de fixation à Térotisation de l'angoisse ; 

b) de fuite devant les sensations masochiques féminines nor- 

males. 
7, Frigidité avec mécanismes narcissiques, 
3, Frigidité des instinctuelles (nymphomanie), 
S, Frigidité des femmes fixées prégénitalement. 
10* Frigidité des perverses, 

11, Frigidité en tant que manifestation partielle d'une névrose, 

12, Frigidité résultant d'une réaction de fuite dans une homosexua- 

lité inconsciente. 

13. Frigidité par peur névrotique de l'enfant, 

14. Frigidité dans des conditions déterminées. 

15. Frigidité des femmes maternelles. 

16, Frigidité par idéologie ascétique* ennemie de la sexualité (type 

surmoi). 
17* Pseudo-frigidité, 
18, Frigidité constitutionnelle. 

■ 

B) FOKMES SPÉCIALES DE LA FRIGIDITÉ 



La forme la plus fréquente de la frigidité — la forme hystérique 
— tient à des résidus non liquidés du complexe d'fKdipe et du 
complexe de castration. Normalement* le complexe d'Œdipe dispa- 
rait et la libido disponible est reportée sur un homme étranger 
(c'est-à-dire sur un objet non identique au père). Quand ce proces- 
sus ne se produit pas, tout homme avec lequel la femme entre en 
relations est secondairement identifié par elle à son père. Ce trans- 
fert est tout à fait inconscient, puisque Pamour primitivement 
porté au père est refoulé, La réaction sur le désir œdipien de Tins- 



256 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



lance inconsciente que Ton nomme le surmoi demeure inconsciente, 
elle aussi, et se traduit par un besoin de punition. Le symptôme 
névrotique qui en résulte traduit un compromis entre le ça (réser- 
voir des pulsions inconscientes) et le surmoi. Le désir oedipien 
inconscient se maintient au prix de la punition édictée par le sur- 
moi, et cette punition est précisément la frigidité- C'est pourquoi 
toutes les femmes hystériques* sans exception, sont frigides. C'est 
aussi pourquoi, dans le symptôme hystérique, les tendances puni- 
tives contrebalancent le désir. Tout se passe comme sî le ça refu- 
sait de renoncer au désir, le surmoi à la punition. Si Ton tente, au 
cours du traitement, de détruire ce compromis, la patiente oppose 
la plus énergique défense (résistance). 

Voilà de quoi nous rendre suspectes les doléances des hysté- 
riques. Non que leurs lamentations soient simulées, mais du fait 
que ces femmes ne disent pas tout, précisément parce que le plai- 
sir que leur procure leur symptôme représente un bénéfice incon- 
scient, La défense qu'elles opposent au traitement montre l'impor- 
tance qu'elles attachent à ce bénéfice. 

Ces choses dites, nous pouvons subdiviser ainsi le groupe des 
dyspareunies hystériques : 

1) Type par fixation œdipienne. 

2) Type par fixation œdipienne plus désir de castration. 

3) Type par fixation œdipienne plus désir de se venger de la cas- 
tration, 

4) Type de frigidité par vaginisme. 

1) Type de frigidité par fixation œdipienne 

L'amour sexuel inconscient de la petite fille pour son père est 
demeuré attaché aux phantasmes inconscients qui avaient son père 
pour objet. Le surmoi y réagit par de sévères interdictions, voire 
des tendances au sentiment de culpabilité. Un des produits de cette 
attitude est ce que Ton appelle la « vierge vieillissante », qui 
repousse toutes les possibilités de réalisation sexuelle et qui, plus 
tard, parlera de toutes les occasions qu'elle a « malheureusement » 
ratées- Quand ces femmes réussissent à demeurer avec leur père et, 
le cas échéant, à prendre soin de lui (conduite du ménage, gérance 
d'intérêts communs), on a, du dehors, l'impression d'un destin 
incomplet, mais point du tout malheureux. 

Les relations de ces femmes avec leur pèrfe ne sont pas em- 



^^^^^^-«M-^i^VR 



LA FRIGIDITÉ DE I,A FEMME . 257 



preintes d'un amour sans mélange ; on y peut discerner une forte 
ambivalence. En littérature, on trouve un modèle de ce type dans 
3e personnage de Bettina {G. Hauptmann : « Avant le coucher du 
soleil »). Bettina adore son vieux père, mais elle le laisse bel et bien 
mettre sous tutelle quand, à la mort de sa femme, il se tourne vers 
une seconde femme qu'il voudrait épouser. 

Le drame, pour cette sorte de femmes, ne commence qu'au ma- 
riage ou à l'occasion d'autres relations sexuelles* « resquillées » on 
ne sait trop comment. Ce drame est la conséquence inévitable d'une 
frigidité typique. 

Quand la femme choisit, ainsi qu'il arrive généralement, un objet 
d'amour conforme au modèle paternel, les faits qui découlent de 
l'union concordent particulièrement bien avec ce cas spécial* 

Le cas le plus fréquent est celui d'une fixation, pour des motifs 
inconscients, à un homme violent et brutal, à qui la femme est 
masochiquement soumise. C'est ainsi qu'au plus profond d'elle- 
même la femme conserve le désir primitif d'être vaincue et sou- 
mise par la force ; ce désir est confirmé par les rêves des femmes 
frigides. 

Dans ces cas, le pronostic de l'analyse est favorable. 

2) Type de frigidité par fixation œdipienne plus désir de castration. 

II s'agît ici de femmes qui souffrent inconsciemment d'être nées 
femmes et non point hommes (I), Le désir, hérité de l'enfance, 
d'être un homme peut se traduire par : « Je veux aussi avoir un 
pénis ». Ce phantasme est refoulé ; seules, les rationalisations sont 
conscientes, par exemple sous la forme de récriminations contre la 
moindre liberté d'action de la fcnime dans les domaines sexuel, 
économique et social* 

Nous avons vu que la fillette croit avoir primitivement possédé 
un pénis, qui lui aurait été dérobé, enlevé par sortilège, ou coupé* 
C'est toujours sa mère quelle rend responsable de cette castration, 
et la responsabilité qu'elle attribue à celle-ci est manifestement en 
rapport avec son attachement préœdipien pour elle et avec le con- 
flit qui y met fin. La fillette ne se résigne pas facilement à ce désa- 
vantage. Elle tente, par des phantasmes, de recouvrer ce pénis : elle 

■ 

<0 Pour l'étude détaillée, nous nous sommes référés en grande partie au 
travail classique <TAbraha.m : * Formes d'expression du complexe féminin de 
castration ». Ini. Zeitschr. f, Psychoanalyse, VU* 1320. 

KKVUK FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE. 5 



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258 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



pense, par exemple, que son clitoris, assimilé à un petit pénis, gran- 
dira ; ou bien elle se livre à des phantasmes anaux où le bâton 
fécal qu'elle produit devient l'équivalent d*un pénis ; ou bien encore 
son père lui fait cadeau d'un pénis* Tous ces phantasmes s'éva- 
nouissent peu à peu* et l'absence de pénis se fait sentir d'autant 
plus péniblement qu'elle entraîne d'autres désavantages : inhibi- 
tion de Térotisme urinaire, du voyeurisme actif et passif, refoule- 
ment du désir de se masturber (Horney), On sait que le garçon sur- 
estime volontiers ses fonctions d'excrétion ; il suffit de penser aux 
paris si fréquents que font entre eux les garçons dans leurs jeux 
urmaires. La fillette n'a pas la possibilité de surestimer ces opéra- 
tions, ni donc de se livrer aux phantasmes de toute-puissance qui en 
découlent. De plus, le garçon, quand il urine, peut exhiber son 
pénis, le regarder «n toute liberté, sans que personne le lui défende. 
Il peut, chaque fois qu'il urine, satisfaire légalement sa curiosité 
sexuelle en ce qui concerne son propre corps. Enfin le fuît que le 
garçon peut en urinant toucher son organe est considéré par la 
fillette comme une autorisation à se masturber. Uriner debout, tel 
est le désir des fillettes, et ce désir se traduit par des essais et par 

des rêves, 

La fin normale du complexe de castration féminin dépend de 
l'acceptation, dans le for intérieur, du rôle passif, en partie maso- 
chique, qui passe par le détour de l'équivalence pénis = enfant. 

Primitivement, le désir qu'a la fillette de l'enfant est dirigé sur 
son père. Ce n'est que secondairement qu'il se détourne de celui-ci 
pour passer à l'homme* 

Les modifications névrotiques qui résultent du complexe de cas- 
tration de la femme peuvent, selon Abraham, se répartir en deux 
groupes : celles qui gravitent autour d'un désir du pénis, et celles 
qui gravitent autour du désir de se venger de la castration* Les mani- 
festations du premier groupe reposent sur le désir inconscient de 
posséder un pénis. Dans le second prédominent le rejet inconscient 
du rôle féminin, des pulsions vindicatives contre l'homme « favo- 
risé ». Ces deux groupes de manifestations ne forment pas des com- 
partiments étanches. 

Certains actes syniptomuliques tendant à transformer du tout au 
tout la condition de la femme apparaissent comme la manière la 
plus logique d'annuler le complexe de castration. Ophuijsen donne 
un exemple frappant d'un de ces actes, noté par une de ses patientes. 



^mt 



LA FRIGIDITÉ DE LA FEMME 259 



Cette femme avait accoutumé, étant enfant, de se mettre, ie soii\ 
entre sa lampe et le inur de sa chambre et de placer ses doigts sur 
son bas-ventre, de manière à faire apparaître sur le mur l'ombre 
d'un pénis. 

Certaines attitudes de femmes « masculinisées » appartiennent 
à ce même orSre de faits- Ces femmes singent l'homme- par leur 
costume, leur coiffure, leur démarche, leur tenue, leurs préoccupa- 
tions intellectuelles, leur profession. Ces attitudes sont le plus sou- 
vent inconscientes. Ces femmes qualifient volontiers d'insignifiante. 
la différence entre l'homme et la femme. 

Une de nos patientes voit en rêve son frère en costume de chi- 
nois et portant une longue natte. En outre du désir de rabaisser 
son frère (à Vienne le terme de Chinois a un sens dépréciàtif) et 
d'une tendance au voyeurisme, ce rêve exprime encore ceci : un 
homme porte bien une robe de femme et une natte ; pourquoi une 
femme ainsi vêtue ne pourrait-elle pas être un homme ? 

Une autre malade choisit, pour un bal masqué, un costume de 
eow-boy, avec un grand fouet. Une autre, enfin, portait une petite 
canne de préférence au parapluie qu'elle trouvait trop féminin. 

Il faudrait encore citer ici la répulsion de certaines femmes 
névrosées pour la coiffure « à la garçonne », à la mode il y a quel- 
gués années. Deux de nos patientes retournèrent au moins vingt 
fois chez le coiffeur pour se faire couper les cheveux, mais dès que 
les ciseaux entraient en action, elles se sauvaient effrayées ; nous 
avons constaté ainsi qu'elles faisaient, inconsciemment* de la natte 
le symbole du pénis. La frayeur qu'elles rationalisaient sous divers 
prétextes d'esthétique n'était autre que la peur de la castration, 

La frigidité provient, chez mainte ferçme, de ce que, durant le 
coït, celle-ci s'identifie à l'homme et s'imagine que c'est à elle main- 
tenant qu'appartient le pénis. C'est elle qui accomplit Pacte à la 
place de l'homme, elle qui, à cette occasion, murmure ou pense des 
encouragements, ainsi qu'il appartient à l'homme de le faire. Elle 
considère le relâchement de l'organe comme une castration à un 
double point de vue : comme le fait d'être châtrée et comme une 
castration active de son partenaire. Le désir persiste chez elle tant 
que rien ne s'oppose à son phantasme d'être un homme ; puis il 
disparaît, c'est-à-dire qu'elle refuse l'excitation vaginale, si elle 
doit abandonner l'organe qu'elle a pour ainsi dire emprunté. La 
crainte de ne pas aboutir, qui trouble si fréquemment le coït, émane 






260 REVUE FRANÇAJSE DE PSYCHANALYSE 



de la peur inconsciente de ne pouvoir conserver l'organe (Reîch) (1), 
Un aulre facteur de l'impuissance de la femme indiqué par Reich, 
la peur de F orgasme, est intimement lié au complexe de castra- 
tion. 

Ce serait une erreur de croire que toutes ces femmes aient des 
allures masculines. Souvent elles ont même l'air très féminin ; leur 
désir de virilité reste tout à fait inconscient. 

Une femme de vingt-trois ans, mariée depuis trois ans, attribue sa 
frigidité à la masturbation ; durant des années, elle s'est procuré 
l'orgasme vingt fois par jour en s'asseyant les jambes croisées. 
L'approche de son mari n'éveille en elle aucun émoi ; elle le mé- 
prise. Cependant, lorsqu'elle Heurte sans qu'il puisse y avoir possi- 
bilité d'acte sexuel, elle s'excite et sécrète. Dès avant son mariage, 
dans sa révolte contre les hommes, elle avait résolu de tromper son 
mari au moins une fois, quelles que fussent les circonstances, et 
elle l'avait fait ; mais là iiussî, elle était demeurée frigide. Elle 
souffre de pulsions obsédantes : désir de se jeter à Peau ou par la 
fenêtre, de toucher à une courroie de transmission, de s'intoxiquer 
par le gaz. Le résultat très net de Fanaîyse fut de provoquer l'aban- 
don du vieux désir du pénis, le renoncement à la virilité* Un jour, 
la malade, en voie de progrès, fît Yacte sifmptomaiiqué suivant : 
elle coupa la bande qui pendait le long de sa robe, du milieu du 
bas-ventre (c'était, selon la mode d'alors, un ruban de cuir doré), 
et donna en même temps» « par méga^de », un coup de ciseau dans 
sa jupe, juste dans la région génitale* Ses rêves aussi, pendant le 
traitement, avaient la même signification : elle reconnaissait devoir 
renoncer au pénis. Elle est transportée à l'hôpital pour y subir 
une opération de la matrice u , la matrice sort dai vagin comme un 
pénis* Elle est chez le dentiste pour se faire plomber une dent. Il 
lui arrache quatre ou cinq dents de la mâchoire inférieure. La 
malade, effrayée, bondit et s'aperçoit que c + est l'analyste qui opère* 
(Dans un rêve antérieur, elle avait montré avec fierté que ses dents 
étaient plus grandes que celles d'un homme) (2). 

Ce sont parfois d'autres organes, tels que le nez, les yeux, qui, par 
l'effet d'un déplacement de bas en haut, prennent, à l'instar du 
pénis, une importance démesurée* 

(I) « La fonction de l'orgasme », Initm. psychoanatyt. Verlag (1927). 

12) Ces brefs résumés sont extraits de notes que l'analyste prend parfois après 
les séances. Il nest pus Indiqué de prendre habituellement des notes pendant 
Fan al y se* 



LA FH1GIDITÉ DE LA FEMME 2fil 



Dans le cas décrit au chapitre IV, ce sont les yeux qui repré- 
sentent le pénis. 

Souvent, l'homme n'est même pas considéré comme « biologique- 
ment nécessaire ». C'est ici que Ton doit placer les phantasmes de 
parthonogénèse, suivant la formule : la femme peut tout faire seule. 
Ainsi, on trouve souvent chez ces femmes le désir d'avoir des 
enfants sans l'intervention de l'homme» qui est, pour ainsi dire, 
psychique me nt éliminé de l'acte conceptuel. 

Le pronostic de l'analyse est favorable* 

■ 

3) Type par fixation œdipienne pius désir de se venger 

de la castration, 

On trouve deux tendances inconscientes au premier plan de ce 
type : le besoin de se venger de l'homme et le désir de s'emparer 
de sa verge par la violence. 

Une de nos malades, âgée de quarante-deux ans, se fait analyser 
pour des dépressions, des troubles dans son travail, des idées de 
suicide, etc. Ell^ prétend que tous les hommes sont impuissants. 
Lorsque l'analyste qualifie cette assertion d'exagérée, la malade lui 
cite une longue liste d'hommes avec lesquels elle a eu des rap- 
ports sexuels. Tous ces hommes étaient affliges non seulement 
d'impuissance, mais aussi de quelque maladie organique. L'analyse 
montre que cette femme, avec un sûr instinct, recherchait les 
hommes impuissants et malades, ce qui correspondait à un besoin 
inconscient de vengeance (castration). 

Les femmes de cette sorte éprouvent souvent consciemment une 
grande rage et une vive agressivité contre les honimeâ> dont elles 
parlent avec mépris, 

Par exemple, Tune d'entre elles attendait pour traverser un 
carrefour très animé que l'agent arrêtât les voitures. Le signal une 
fois donné, un homme qui se trouvait devant elfe ne se décidant 
pas assez vite à traverser* elle fut tentée de lui planter un couteau 
dans le dos. Un des phantasmes préférés de cette malade était : 
« Je voudrais faire sauter toute la ville de Vienne pour que tous les 
hommes crèvent ! » 

C'est pour les mêmes raisons que ce genre de femmes sadiques 
aiment à épargner les hommes amputés, estropiés ou malades. 

Dans le cas B, chapitre IV, la malade s'était entichée de 
« L'homme boiteux » de Tôlier, c'est-à-dire d'un infirme génital. 

L'inconscient de ces femmes les fait regarder l'invalide comme 



262 BEVUE FRANÇAISE DE rSYCHANALYSE 



un homme châtré, D'autre part, elles compensent leur propre cas- 
tration par la castration d'autrui, c'est-à-dire qu'elles « l'abréa- 
gissent ». Elles s'éprennent volontiers de main des, d'opérés, etc. 
C'est ce qui se passe aussi parfois quand des aryennes ont une 
préférence pour des Juifs ; elles considèrent alors inconsciemment 
la circoncision comme une castration. 

Pour des raisons analogues, bien des femmes agressives, frigides 
ou hystériques choisissent pour époux des hommes faibles, du type 
passif, féminin. Elles sont profondément attachées au père sadiste 
que leur inconscient crée dans les phantasmes ; maïs, par un senti- 
ment inconscient de culpabilité et par une précaution consciente, 
elles s'appliquent à éviter l'homme énergique* actif, qu'elles traitent 
avec haine et mépris. Elles ne veulent pas subir à leur tour la con- 
dition serve de leur mère (1). 

Une femme de trente ans, mariée depuis sept ans, est nerveuse, 
fume trop. Sa frigidité désole son mari et elle-même. Tout à fait 
ignorante lors de son mariage, elle croit avoir, au début, deux ou 
trois fois éprouvé une satisfaction ; à présent, il n'en est plus rien, 
d'autant plus qu'elle ressent un violent dégoût du sperme, qui lui 
donne des nausées. C'est pourquoi son mari, après le coït, tou- 
jours interrompu, va au cabinet pour se débarrasser du sperme. 
Elle éprouve quelque difficulté à s'endormir et a des cauchemars. 
Elle avait souhaité un mariage blanc ; souvent elle feint de dormir 
pour éviter l'acte. Elle refuse de le répéter. Sa sœur aînée a divorcé; 
son père, comme elle l'avait entendu dire dans son enfance, avait 
souhaite un fils. Quand leur père, homme sévère et autoritaire, 
découvrit que les deux sœurs se masturbaient, il les fit entériner 
dans des sacs pour dormir ; la masturbation n'avait jamais abouti 
à l'orgasme. Le père fit toute une scène, battit les enfants, les 
menaça de maladie, si bien que, les mains sur la couverture, elles 
ne touchèrent plus jamais leurs organes génitaux. Parce que son 
père menait toute la maison à la baguette, la malade choisît pour 
mari un homme particulièrement doux, patient et bon ; c*est lui 
qui provoqua chez elle la première excitation sexuelle en lui tou- 
chant les seins. Cependant, dans ses phantasmes, la malade veut 
être matée par son mari. A lui de la conquérir, à elle de se défendre ! 

<J) Voir Bachofbn : Les Droits de la Mère. A Fépoquc où la femane fut ra- 
baissée au rang d'hétaïre, succéda ]e teinps des amazones viriles, avides de 
conquêtes. 



' — 



LA FRIGIDITÉ DE LA FEMME 263 



« Empoigne-moi donc à la fin ! », pense-t-elle en vain. Mais elle a 
honte de l'acte et se cache le visage. Son mari est attentionné, 
faible ; son père, lui, était sadique, sans égards. Un fait intéressant 
.se produisit vers la fin du traitement, qui, pour des motifs d'ordre 
extérieur, fut interrompu assez, vite, après avoir amené quelque 
amélioration. La malade dut faire une démarche auprès du méde- 
cin-chef de la caisse d'assurances de son mari, pour obtenir une 
contribution aux frais de la cure» Le médecin avait la réputation 
d'un débauché, et elle se rendît chez lui avec quelque crainte. Il 
refusa catégoriquement, mais sous une forme aimable, de lui accor- 
der le secours demandé* Comme elle allait quitter la pièce, il l'attira 
.& lui avec force et l'embrassa, ce qui éveilla en elle une vive émotion 
sexuelle accompagnée de sécrétion et de pulsations du clitoris. Ce 
médecin répondait plus au type de son propre père, qui représen- 
tait son idéal masculin* Mais maintenant, les conversations futiles 
de ce vieillard la dégoûtent. Sa mère ayant été l'esclave de ce père 
brutal, elle voulait, elle, dominer dans son propre ménage. Elle 
reconnaît maintenant ne pas avoir rendu son mari heureux. Par- 
fois elle le mord. Un jour qu'après un coït tout à fait décevant pour 
elle il exprimait sa propre satisfaction, elle aurait voulu « lui cou- 
per tout ça ». Pendant l'acte, elle éprouve des sensations désa- 
gréables de froid, de dégoût, une envie de rejeter la couverture* Son 
mari est trop lourd pour elle, elle craint d'étouffer, sa barbe la 
pique, etc. 

Dans d'autres cas, au contraire, le désir de castration active s'ex- 
prime par des exigences sexuelles démesurées qui témoignent, 
d'une part, d'une absence de satisfaction, et, de r l'autre, surtout 
d'une envie « d'affaiblir » le mari, c'est-à-dire de le rendre impuis- 
sant. Le même désir se traduit encore par la tendance à exciter 
l'homme pour le laisser ensuite en plan. Parfois, des pulsions indi- 
rectes se font jour, incitant à battre le mari, à le mordre (sadisme 
oral). 

Une autre expression inconsciente de ces désirs de castration 
consiste à refuser l'acte sexuel avec mépris, Ce refus névrotique 
exerce sur le partenaire — l'homme étant, comme la femme, sou- 
mis aux influences psychiques — un effet réfrigérant qui diminue 
sa puissance. 

Le sadisme de certaines femmes envers l'homme ne se traduit au 
conscient que sous la forme d'une peur du mariage ou de la sexua- 



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264 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



lité, « Je tuerais mon mari s'il venait à me décevoir » est une for- 
mule courante chez ces femmes. Derrière ces formules se cachent 
dès pulsions sadiques dirigées contre l'homme, pulsions dont lu 
femme cherche à se défendre. Ou bien celle-ci met au premier plan 
la « peur de décevoir F homme ». 

11 faut aux femmes de ce genre un grand nombre d'hommes pas- 
sifs, féminins, auxquels elles reprochent avec mépris, après chaque 
coït, leur incapacité à les satisfaire. 

Une malade frigide qui changeait souvent d'ami, rejetant sur les 
hommes la responsabilité de son insensibilité sexuelle, avait cou- 
tume, après l'acte, de dire d'un ton méprisant à son partenaire : 
« Tu m'as aussi peu satisfaite que les autres ». Lorsqu'elle rencon- 
trait un homme affecté d'un sentiment d'infériorité et que cette 
déclaration vexait, elle en éprouvait une joie vengeresse. 

Ce besoin de vengeance peut aussi se répercuter sur le caractère. 
La tendance de bien des femmes à inciter leur mari à de grandes 
dépetises, à le déposséder de son « bien » (de sa puissance), se ran- 
ge dans la même catégorie. C'est encore ici qu'il convient de faire 
entrer l'incorrigible inexactitude de certaines femmes. Efle signifie 
un renversement de l'attitude d'attente à laquelle ces dernières 
sont contraintes dans l'acte sexuel* Dans toutes les circonstances 
de la vie quotidienne, ce sont elles qui obligent les hommes à 
attendre. Ainsi, eJles refusent longtemps le coït, et quand elles s'y 
prêtent enfin, se comportent comme en affaires. 

« As-tu bientôt fini ? », demandai t, d'un ton d'ironie acerbe, une 
de mes malades à son mari. Une autre ne cessait de parler avec 
ostentation des menus faits de son ménage. 

Ces femmes ne témoignent , aucune tendresse, ni pendant, ni 
après le coït» Souvent elles reprochent aux hommes d'être brutaux, 
de manquer d'égards» et même de « ne jamais vouloir qu'une seule 
chose », c'est-à-dire l'acte sexuel* Elles se refusent donc à tous les 
jeux préliminaires et renvoient l'homme aux prostituées pour toutes 
ces « cochonneries-là ». 

Fréquemment, c'est l'homme qu'elles tiennent pour responsable 
de quelque trouble organique pénible survenu après un accouche- 
ment. 

Nous connaissons une femme dont le mariage avait été précédé 
d'un fleuri avec un homme des plus cultivés- Son père ayant été 
ruiné par la guerre, il avait fallu rompre ce fleuri et choisir preci- 



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LA FRIGIDITÉ DE LA FEMME 26^ 



pitamment pour mari un riche commerçant bonasse, lourdaud, qui 
n'habitait pas la capitale. L'union avec ce commerçant aisé devait 
améliorer la situation matérielle, La jeune fille trouva tout naturel 
de se sacrifier à son père, mais on eût dit que les choses voulaient se 
venger. Pendant toute sa vie, la jeune fille était restée fixée à son 
père, et cet homme brutal, qui avait chasse le premier fiancé, 
demeurait cependant l'idéal pour son inconscient D'ailleurs, elle 
avait toujours considéré l'acte sexuel comme un péché, et cela d'au- 
tant plus que la masturbation quelle avait pratiquée dans son 
enfance à l'aide d'un manche de cuiller à pot lui avait laissé un sen- 
timent de culpabilité. Elle ne souhaitait trouver dans le mariage 
que de la tendresse, ne rencontrer qu'un homme sans pénis. Elle 
ne pouvait penser sans dégoût que le pénis sert aussi à uriner. Elle 
avait toujours été amoureuse de son propre corps, dont la beauté 
fut flétrie par la naissance d'un enfant Ses seins avaient perdu leur 
fermeté. L'enfantement avait détruit quelque chose en elle. Elle 
rêvait souvent qu'elle était redevenue jeune fille. Lorsqifen se 
réveillant elle voyait son mari à côté d'elle, le monde lui semblait 
étranger (dépersonnalisation) ; son mari était alors pour elle un 
objet de répulsion. La nuit, pendant l'acte sexuel, elle ressentait en 
elle comme une force (son père ?). Depuis qu'elle avait éprouvé les 
douleurs de l'enfantement» elle s'était éloignée de son mari! Après 
le coït, il ne lui restait que des sentiments de vengeance et de haine. 
Parfois elle se disait que son père, qui la fouettait si durement, lui 
manquait dans le mariage. Dans son imagination, elle le voyait 
venir à elle, s'envoler avec elle sur un manteau et la délivrer des 
liens du mariage. Son bonheur conjugal n'avait duré que deux mois. 
Elle avait agréé l'adoration de son mari ; en la fécondant, celui-ci 
était devenu son ennemi. On peut expliquer de la manière suivante 
ce malheur conjugal : une jeune fille dont le masochisme et le nar- 
cissisme furent exaltés par la préférence d'un père brutal et auto- 
ritaire, et qui reste attachée à celui-ci, consent, par amour filial, à 
un mariage, d'argent. Au début il y eut cependant un élément 
d'érotîsme. Le contraste entre la rusticité de son époux et la finesse 
des autres hommes» entre la vie de province et celle de ta capitale, 
le fait d'avoir dû se séparer de son père, la grossesse et l'accouche- 
ment qui déterminèrent un sentiment de déchéance physique, tout 
cela prépara le terrain à la répulsion envers son mari et son inac- 
ceptation. L'idée d'avoir été amoindrie par l'accouchement avait été 






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266 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



préparée par le sentiment d'imperfection qu'elle avait eu, enfant, 
en se voyant sans pénis {complexe de castration), La comparaison 
^vec Je père idéalisé se fait au détriment du mari. Une tendance 
hystérique au phantasme, à la fuite hors de la réalité, à la négation 
des choses pénibles provoque de la répugnance contre son mari et 
son entourage. Prédisposée au masochisme moral, cette jeune femme 
Raccommode d'une vie de souffrances au lieu de se laisser analyser 
jusqu'au bout. Elle se venge par des Heurts de son mari, ce froid 
provincial, et de l'éducation si prude que lui ont donnée son père et 
une mère frigide ; mais elle ne parvient jamais à trouver le calme 
^t le contentement. 

Dans d'autres cas encore — et c'est ici que Ton peut constater 
toute Tétcndue et toutes les nuances du complexe féminin de cas- 
tration — la femme accepte l'approche sexuelle de l'homme» à con- 
dition que ses organes génitaux, qu'elle considère comme une bles- 
sure et un objet d'horreur, n'entrent pas en jeu. 11 y a alors déplace- 
ment de la libido sur d'autres zones érogènes (bouche, anus, etc.), 
£t Ton peut voir, à côté de résidus prégénitaux, une tendance à pré- 
férer ces organes parce qu'ils ne sont pas spécifiquement féminins* 

Souvent, c'est le phantasme narcissique de séduire beaucoup 
d'hommes qui apparaît, mais on les repousse dès que se manifeste 
leur désir sexuel. Ce refus dédaigneux du coït (-« les cochons ! ils 
veulent tous la même chose » !) est agréable, parce qu'il est consi- 
déré comme un abaissement de l'homme. Le cas suivant illustre le 
type de la prostituée par frigidité. 

Des explications sexuelles précoces et la masturbation avec 
orgasme n'ont pas empêché cette femme de ne jamais arriver à 
l'orgasme dans ses rapports avec une quarantaine d'hommes, La 
masturbation clitoridienne lui procure une satisfaction parce qu'elle 
peut serrer les cuisses, ce qui n'est pas le cas dans le coïi. Elle 
simule toujours le plaisir, mais» en cachette, lire la langue après 
l'acte* De tout temps, elle aurait voulu cire un garçon. Aujourd'hui 
encore, elle aime à uriner debout. Elle reconnaît qu'elle ne veut pas 
devoir son plaisir aux hommes : son inhibition est un refus» non une 
impossibilité. Quand elle était enfant, un garçon lui avait dit un 
jour : « Tu finiras bien par les écarter une fois pour les hommes, tes 
jambes ï ». Cela lui parut le comble de l'avilissement, d'où son 
refus de l'orgasme, encore qu'elle acceptât le reste, Ellu se moque 
•des hommes, les humilie à toute occasion. Ses règles lui sont un 



_,._!, _^ ^ H 1 H. 



LA FRIGIDITÉ DE LA FKMME 267 



tourment, Eile rêve souvent d'examens (impuissance), de pour- 
suites angoissées. En se masturbant, elle se représentait une jeune 
iille sadisée par un homme. Au cours de sa vie amoureuse avec tant 
d'hommes di fièrent s, elle avait, un jour, éprouvé l'orgasme. C'était 
dans un hôtel, avec un amant de passage* Elle serrait les cuisses. 
Dans une chambre voisine, une jeune fille criait, ce qui correspon- 
dait justement à son phantasme masochiqiie durant la masturba- 
tion. Sa morale facile lui permettait aussi parfois de satisfaire avec 
la main le désir d'une amie. Comme elle était fort intelligente^ elle 
eut vite fait de comprendre, dans l'analyse, l'origine de sa haine des 
.hommes» et, en s 'exerçant à satisfaire elle-même ses pulsions vagi- 
nales, elle apprit à connaître l'orgasme, même dans ses rapports 
avec l'homme.' 

C'est dans l'éducation de ses enfants que la femme frigide peut 
être surtout nuisible. Car elle dresse la fillette à haïr, à refuser les 
hommes et la sexualité, 

Dans le cas B (chap. IV), la mère de la malade lui avait enseigne 
que la sexualité est une cochonnerie inventée par les hommes pour 
leur propre satisfaction et l'avilissement de la femme, ' 

Un autre cas montre plus nettement encore comment on arrive à 
vaincre le désir de vengeance et le refus du -coït. C'est une enfant 
isolée entre deux couples de frère et sœur. El]e aurait voulu être un 
garçon, car ses parents avaient plutôt désiré un fils ; son père, sur- 
tout, demeura longtemps déçu de ce qu'elle fût une fille. EJle ne 
pouvait souffrir les hommes énergiques et satisfaits d'eux-mêmes. 
À l'en croire, la plupart des mariages étaient malheureux parce que, 
dans le mariage, la femme est foulée aux pieds. Jeune fille, elle 
pensait déjà : <t Moi, vous ne me foulerez pas aux pieds ! » Quand 
un homme l'abordait, elle entrait en fureur. Elle avait un plaisir 
tout particulier à inviter les épouses malheureuses, pour leur 
apprendre à « ne pas courber l'échiné », Sous l'influence de sa mère 
qui, veuve, déclarait ne jamais vouloir se remarier, elle avait depuis 
des années l'idée que, « pour avoir un enfant* pour en être digne, il 
fallait qu'elle fût absolument pure », Elle se voulait Immaculée 
Conception et caressait ce phantasme avec dîlectiom Elle tenait les 
besoins sexuels des hommes pour chose dégoûtante. L'homme 
n'était que le moyen d'avoir un enfant. Elle cherchait un homme 
d'un genre un peu efféminé. Elle contracta donc un mariage de rai- 
son qui, au bout de six ans, aboutit au divorce. Dès après la nuit de 



268 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSA 



noces, son mari avait abusé d J elle en cunnilinguus. Après quinze 
jours de rapports douloureux, qui suivirent sa défloration, elle de- 
meura profondément déçue et remplie de dégoût. Maintenant, elle 
désire avoir un enfant d'un de ses amis qui lui paraît viril et capable 
de lui donner la volupté. Le terrain était bien préparé pour la guéri- 
son; le médecin avait été chaleureusement recommandé à la malade* 
Voici le premier rêve qu'elle apporte à l'analyse : « L'analyste est 
assis à sa table à écrire, Sou ami et elle atteignent une satisfaction 
complète dans l'acte sexuel. Pour la première fois elle ressent 
quelque chose et, finalement, vibre. Elle dit à l'analyste : « Docteur, 
vous m'avez saUA r ée l » — Dans un autre rêve, elle embrasse l'impé- 
ratrice Elisabeth et remarque que celle-ci a un organe sexuel un 
peu viril, ressemblant à deux quartiers d'orange séparés par une 
tente. La malade dit : « Mais» comment es-tu faite ? » Et sa mère 
de répondre : « Je ne suis homme qu'en partie et ne puis rien te 
donner. « La malade d'ajouter ; « Que pourrait-elle bien m'uffrir 
en comparaison de ce que me donne mon ami ? » — Quiconque est 
au courant de l'analyse sait que ce rêve qui attribue une sorte de 
pénis à la mère révèle une certaine homosexualité. D'antres rêves 
ont montré que la malade était prête à renoncer à sa virilité, au 
pénis qu'elle avait désiré autrefois et dont la privation avait provo- 
qué sa rancune à regard des hommes. Tout d'abord t un rêve homo- 
sexuel : dans ses rapports avec une jeune lilïe, elle éprouvait l'or- 
gasme avec plénitude, possédait un pénis, tout en ayant conscience 
d'être une femme. L'image de la jeune fille sous elle était Houe, 
comme nébuleuse. Elle pensait souvent, poursuivait-elle, que dans 
ses rapports avec son mari elle eût préféré assumer la part active, 
en prenant sa place. — Rêve de dévirilisation : « Elle se trouve au 
théâtre et porte une robe vague, destinée à dissimuler sa grossesse, 
el elle se réjouit d'être bientôt mère, Elle touche ses boucles 
d'oreilles, dont la perle se brise dans sa main. Sa broche aussi se 
casse en menus morceaux, comme désagrégée. Ce sont les perles qui 
se détachent tout d'abord, puis la monture qui se brise, ce qui fait 
que sa robe s'en tre-fc aille, découvrant ses seins. Souvent elle rêve 
que ses dents se cassent dans sa main; ou bien que ses ost se désa- 
grègent comme du sable. Malgré son attitude réceptive à V égard de 
cet ami qui lui rappelle son père, sa frigidité mettait un frein à son 
orgueil. En effet, pour la première fois, cette femme de trente-cinq 
ans aimait avec plénitude. N'était-ce que par impatience qu'elle tres- 
saillait auprès de son ami ? Il faudrait alors parler ici d'éjoculalion 



LA FRIGIDITÉ DE LA FEMME .269 



précoce. Très cornpréhensive, elle put surmonter dans un laps de 
temps relativement court son complexe de virilité, si accru par un 
premier mariage malheureux, et cela de telle manière qu'elle se 
montra, désormais, en tous points féminine et ressentit l'orgasme 
avec pleine satisfaction. Il faut dire qu'elle conserva cependant 
des traits de caractère qui ne réjouirent pas toujours celui qui allait 
devenir son époux. 

Nous relatons le cas suivant de guérison d'une frigidité vaginale, 
parce que, contrairement à ce qui se passe dans beaucoup d'autres 
cas, le passage de la zone érogène du clitoris au vagin n'y joue 
aucun rôle. 

Jusqu'à 1 âge de dix ans, la malade en question n'avait pratiqué 
que la masturbation anale. Sur- les conseils d'une amie, elle 
s'adonna à iine masturbation vaginale très active à travers l'hymen. 
Jamais elle n'avait touché son clitoris. Un gynécologue, consulté 
pendant la cure psychanalytique, avait même trouvé celui-ci insuf- 
hsamment développé; c'est durant le traitement que les pulsations du 
clitoris furent vraisemblablement perçues pour la première fois (1). 
Même mariée à un homme puissant, et bien qu'elle eût pratiqué la 
masturbation vaginale pendant des années, elle n'éprouvait jamais 
l'orgasme. Elle ne ressentait que très rarement le plaisir de la 
friction ; cela n'arrivait que lorsqu'elle le voulait bien et était toute 
i> son affaire* Benjamine de la famille, elle enviait sa sœur aînée, 
mais plus encore son frère, son aîné de dix ans, qui la tourmentait* 
Elle avait une foule de raisons de se sentir inférieure, comme, par 
exemple, sa maigre chevelure, etc. Aigrie, çlle chercha de bonne 
heure à se prouver, par de nombreux fleuris, qu'elle possédait un 
pouvoir d'attraction. Elle excitait les jeunes gens, puis les « laissait 
-tomber ». Son père, un géant, était un tendre autoritaire. C'était 
un fils qu'il attendait quand elle naquit. Jusqu'à l'âge de deux ans, 
ses tendances orales se traduisirent par la manie de suçotter et par 
une certaine exaltation quand on l'embrassait. Sa masturbation 
anale, ses souvenirs d'enfance, sa constipation tenace prouvent sa 
fixation anale. 

Pendant l'acte, elle éprouve le désir de garder en elle le pénis, 
car alors elle serait comme complétée. Elle observe aussi le visage 
de son mari et lui envie la jouissance qui lui est refusée à elle. Son 



0) Dans tout £as de frigidité traité par ]a psychanalyse, ï] faut exiger préala- 
blement un examen par un gynécologue* 



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270 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



mari ne lui impose pas : elle le trpuve trop petit, et, du reste, il 
ne lui est supérieur en rien ; elle s'était mariée si jeune parce 
qu'elle se sentait inférieure et ne s'aimait pas, Au cours de l'ana- 
lyse, la maJade dit qu'elle ne veut rien ressentir, craignant de 
perdre ainsi « la haute main sur son mari ». Elle essaye de lui 
dissimuler l'excitation croissante qu'elle ressent, ne le considérant 
pas comme « digne d'être celui qui la satisfera ». Quand son mari 
pénètre en elle, elle a l'impression d'engloutir son pénis» de l'aspirer 
en elle et de diminuer ainsi son mari. Elle a des rêves oraux, anaux 

■ 

et, parfois, des rêves homosexuels actifs. Plus souvent encore, elle 
rêve de rapports sexuels avec son père. 

Ainsi, voilà une femme de dix-huit ans, malheureuse, qui s'adon- 
nait à la masturbation, prête à tromper son mari et à divorcer, mal- 
veillante, envieuse* abhorrant ses devoirs de ménagère, mesquine et 
paresseuse, qui, grâce à l'analyse, devient douce, excellente femme 
d'intérieur, active dans sa carrière d'institutrice. Elle se décide à 
être mère. 

Le pronostic de l'analyse est favorable dans ces cas-là. 

4) Vaginisme. 

Le vaginisme est la plus haute expression dynamique du type de 
frigidité par fixation œdipienne, augmentée du désir de se venger 
de la castration. Il y intervient aussi des éléments du type de la 
frigidité par désir du pénis. La femme affligée de vaginisme n'a pas 
seulement la tendance à empêcher l'homme de pénétrer en elle, mais 
aussi celle de ne plus lâcher son pénis, une fois introduit, Autre- 
ment dit, il y a tout ensemble une tendance à nier le rôle sexuel de 
la femme et à châtrer Thon mie. Cette castration est entreprise d'une 
façon directe par le moyen des sphincters ; on peut donc dire que le 
vaginisme est l'expression physique la plus crue du rejet de 
l'homme. 

Nous connaissons un cas on les essais infructueux de l'homme 
durèrent six mois, un autre où ils durèrent quatre ans, jusqu'à ce 
que les épouses se décidassent à se faire analyser, Chez ces deux 
femmes, des médecins avaient pratiqué la dilatation du vagin* Que 
Ton puisse recourir à ce procédé siupidc et douloureux prouve à 
quel point l'on méconnaît l'origine psychique de ce trouble. 

Les femmes affectées de vaginisme ont une peur exagérée de la 
défloration, qu'elles se figurent devoir faire éclater leur vagin et le 



LA FRIGIDITÉ DE LA FEMME V71 



déchiqueter, Ordinairement, la délloratïon est douloureuse et le coït 
demeure dénué de plaisir pendant doux ou trois semaines. Toutes 
les descri ptions qui traînent dans les romans et les contes de toutes 
sortes, relatant les voluptés de la nuit de noces, sont fausses, sauf 
s'il s'agit de femmes extrêmement masochistes» qui accueillent la 
douleur avec plaisir. Dans l'inconscient de toute femme, cet élément 
masochique joue au moment de la défloration (il se relie à un phan- 
tasme infantile : le père fait à la mère quelque chosf; d'affreux). 

Un fait intéressant, que Freud a montré dans le « Tabou de la 
virginité », c'^st que beaucoup de peuples primitifs font déflorer 
les jeunes épouses non par l'époux, mais par le chef, le prêtre ou 
une vieille femme. L'époux évite ainsi le péril dont il doit se pré- 
server : celui de l'agressivité et du désir de se venger de la déflo- 
ration, ressentie par l'inconscient comme une nouvelle castration. 

Les psychanalystes qui ont eu à analyser des rêves de femmes 
après le premier coït s'accordent à dire que ces rêves traduisent 
un désir net de castration active. 

Parfois, la femme, frigide dans un premier mariage, ne Test pas 
dans un second* « La réaction primitive s'est épuisée sur le pre- 
mier objet » (Freud), Il arrive aussi, dans de rares cas, que la 
sensibilité génitale ne s'installe qu'après la naissance d'un enfant 
ou que le vaginisme ne disparaisse qu'après un accouchement, sans 
toutefois entraîner avec lui la frigidité* L'explication psychologique 
nous conduit au delà de l'équivalent déjà mentionné : enfant = 
pénis* Il convient donc de rejeter le conseil que donnent souvent 
les médecins, de mettre au monde un enfant pour guérir de la fri- 
gidité et du vaginisme/ L'expérience montre que le nombre de 
femmes ainsi « guéries » est minime, tandis que celui des enfants 
ainsi conçus sans avoir été désirés, et qui deviennent la proie de la 
névrose, est démesuré. 

Les femmes affectées de vaginisme sont particulièrement sadistes 
et agressives à l'époque de la menstruation. Déjà, de toute manière, 
celle-ci évoque, dans l'inconscient, l'idée de castration, ce qui expli- 
que la mauvaise humeur périodique de tant de femmes. (Les 
femmes n'expliquent pas les choses ainsi dans leurs rationalisa- 
tions,) Le vagin est considéré comme une plaie sanglante* 

Une malade atteinte de vaginisme alla, au cours de la période 
prémenstruelle, jusqu'à battre son mari, qui n'y comprit rien, parce 
qu'elle avait pris, à tort, un mouvement de celui-ci pour un désir 



272 REVUE FRANÇAISE DM PSYCHANALYSE 



de coït, « Ma femme devint tout à coup une vraie furie, frappant, 
mordant et hurlant comme une folle », racontait-il. 

Les cas dans lesquels les symptômes ne se révèlent que plus tard 
dans le mariage, tandis qu'ils faisaient défaut ou n'étaient que peu 
inarqués au début, sont très instructifs, parce que très démonstra- 
tifs du caractère psychique de la frigidité et du vaginisme. 

Uns jeune femme affectée de vaginisme avait été déflorée dès le 
début de son mariage et avait dû subir un curetage à cause d'une 
grossesse supposée. Le vaginisme n'apparut que dans la suite, par 
crainte de la grossesse. Ce fut une réaction à la déception de la nuit 
de noces, aux. douleurs, à la contrainte subie {tabou de la virginité). 
De tout temps, la malade avait redouté tout contact, poussait des 
cris pendant une irrigation et avait une peur affreuse des opéra- 
tions* Elle était convaincue qu'il y avait une énorme disproportion 
entre le pénis érigé et le vagin. ïl lui était impossible de penser que 
3 'organe pût pénétrer, était persuadée que le coït fait toujours souf- 
frir, et, dans son ignorance, se figurait le vagin beaucoup trop 
court. Elle ne connaissait pas l'existence des testicules et en vint à 
s'imaginer qu'ils pouvaient pénétrer, eux aussi. Elle craignait que 
Je vagin ne vînt à se fermer. Le pénis la dégoûtait. Au cours des 
deux années qui précédèrent son mariage, elle avait toujours eu 
un amoureux qui la couvrait de baisers* Ces petites orgies provo- 
quaient Ion jours l'orgasme. Grâce à l'analyse, son aversion envers 
son époux, qui se satisfaisait alors qu'elle n'éprouvait rien, à qui 
elle aurait voulu cracher au visage quand, le soir venu, il lui sou- 
riait amoureusement, finit par disparaître, et, avec elle, son vagi- 
nisme. 

Le pronostic du traitement analytique du vaginisme est généra- 
lement favorable. Toutefois, dans certains cas, les tendances incon- 
scientes de vengeance sont si grandes que les malades ne veulent 
pas y renoncer. 

Une de nos malades, après des années de mariage, ne pouvait 
avoir de rapports sexuels* Nous constatâmes qu'en plus d'un désir 
de castration active persistait chez elle le désir de se venger de son 
père (qui, lors de l'épanouissement du complexe d'Œdîpe de la 
malade, avait divorcé d'avec sa mère pour épouser une autre 
femme). Ces circonstances créaient un obstacle insurmontable à la 
guérison. Cette pensée obsédante de son inconscient ; « Regarde ce 
que tu as fait de moi », constituait le fond même de la vie et du 
plaisir de la malade qui, du fait de résistances inconscientes, inter- 



LA FRIGIDITÉ DE LA FEMME 273 



rompit son analyse au bout de très peu de temps. Son narcissisme 
joua un certain rôle dans cette interruption : c'était une jolie femme 
qui avait de nombreux admirateurs. Ce cas, ainsi que bien d'autres 
du même genre, prouve que les facteurs quantitatifs décident, eux 
aussi, de l'issue d'une analyse, 

5) La frigidité sadique-anale {obsessionnelle). 

La frigidité est un symptôme qui accompagne toujours la névrose 
obsessionnelle des femmes. Ces névrosées ne sont pas parvenues au 
stade génital, ou bien elles ont régressé au stade précédent sadique- 
anal. Leurs phantasmes inconscients sont d'ordre anah 

L'un de nous (1) a relaté le cas d'une malade souffrant d'une idée 
obsédante : elle craignait de laisser échapper un vent en présence 
d'un tiers, La signification du symptôme est surdéterminée ; dans 
l'ensemble, il correspond à une conception anale de la sexualité, C'est 
pour éviter toute approche masculine, par exemple, que la malade 
réagissait analement, non d'autre manière, par un vent ou par la 
crainte de lâcher un vent. 

Le fait que ces femmes sont inconsciemment très homosexuelles 
rend le traitement très difficile (dans leur inconscient, elles se 
sentent hommes), parce qu'elles sont débordées par l'agressivité et 
le sadisme, ce qui est incompatible avec le rôle sexuel féminin 
normal. 

Certains auteurs prétendent que des femmes affectées de névrose 
obsessionnelle utilisent le vagin comme un organe mâle et obtien- 
nent ainsi l'orgasme. Il s'agit alors d'identifications nettement hos- 
tiles à l'homme ; une sécrétion abondante tient Heu d'éjaculation. 
Pour notre part, nous n'avons jamais eu l'occasion d'observer ce 
moyen d'atteindre l'orgasme. 

Le pronostic est douteux. 

6) Frigidité avec mécanismes masochiques,* 

On peut ranger sous ce titre deux groupes disparates qui n'ont de 
commun que les tendances inasochiques ; 

a) fixation à l'angoisse érotîsée (provenant de phantasmes infan- 
tiles de violence). Pour les femmes de ce groupe, la jouissance 
sexuelle n ? est que l'attente masochîque de la volupté de l'angoisse ; 

h) fuite devant l'attitude masochîque féminine normale. 

(1) E, Beugler : « Zur aiialer Trïebregung ». A paraître prochainement dans 
Internat* Zeitschr. /. Psychoanahjse. 

BEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE, 6 



274 RKVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



a) Fixation à V angoisse érotisée. — Nous savons qu'à une cer- 
taine période de sa vie, toute jeune fille considère le coït comme un 
acte cruellement sadique commis par son père, et où sa mère joue 
îe rôle de pauvre victime sans défense. Cette peur éprouvée par la 
fille, qui s'identifie à sa mère, peut prendre secondairement un 
caractère sexuel (crotisation de l'angoisse), et la jeune fille peut 
s'imaginer la ressentir comme une volupté masochique de l'angoisse. 
Quand elle reste fixée à ce stade de ses phantasmes œdipiens, elle 
ne peut parvenir à l'orgasme vaginal normal, inhibé par un senti- 
ment inconscient de culpabilité lié aux phantasmes œdipiens. Le 
plaisir sexuel n'est plus, alors, qu'un plaisir d'angoisse ou d'attente 
de l'angoisse* 

La notion de l'érotisation de Pangoisse nous paraît si indispen- 
sable pour comprendre ce type de frigidité que nous tenons à citer 
ici le travail de Laforgue* à qui nous devons une étude clinique pré- 
cise de cet état (1). 

Laforgue, s'appuyant Sur des histoires de malades très instruc- 
tives, commence par établir nettement le fait de Fcro Usât ion de 
l'angoisse* D'où il déduit : « Nous devons nous demander si, dans 
nombre de cas, l'angoisse n T esl pas érotisée au point de représenter 
pour l'individu le seul compromis possible entre les diverses ten- 
dances libidinales qui entrent en conflit. Ce compromis deviendrait 
ainsi un substitut de l'orgasme normal, substitut érigé en l'idéal le 
plus élevé, au regard de l'orgasme ». Il émet la supposition que Y or- 
gasme de nombre d'enfants qui ont assisté au coït de leurs parents 
a été* à l'origine, perçu comme de l'angoisse. Ces enfants, devenues 
femmes, n'auraient dès lors que l'angoisse à leur disposition pour 
satisfaire leur libido. Cette première satisfaction sexuelle, ressentie 
sous forme d'angoisse, serait ainsi susceptible de se fixer et « serait 
tout ensemble une satisfaction et une punition de la libido fixée au 
complexe d'Œdipe. » 

Dans les névroses d'angoisse, le symptôme angoisse réaliserait, de 
plus, un désir inconscient, par le moyen de représentations 
anxieuses, Cela, avec le besoin constant de renoncer consciemment 
à tout ce qui pourrait conduire, secondairement, à un affect compor- 
tant du plaisir, et donc susceptible d'activer îe sentiment de culpa- 

(t"} Cf. H, Lafûhgui!; : ■■ Ueber die ÏSrotisieniïig der Angst *», Infem* Zeifschr. 
f. Psijchocmalij$e t 1930, p + 420 et ss. 



LA FRIGIDITÉ DE LA FEMME 275 



bilité lié au complexe d'Œdipe, Nombre d'actes criminels ne sont pas 
seulement au service du besoin de punition, ils sont aussi, tout en- 
semble, un moyen de se faire dispenser et l'angoisse et la punition, 
l'angoisse tenant lieu du plaisir préalable, la punition de la volupté 
terminale. Beaucoup d'humains se jouent constamment des scènes 
grand-gui gnolesques : l'angoisse est devenue pour eux l'équivalent - 
de l'orgasme. 

Laforgue en arrive à conclure que chez beaucoup de malades 
l'angoisse n'est pas uniquement unç réaction à un danger, mais une 
émotion artificielle mise au service d'une satisfaction erotique. Il 
pourrait y avoir, de plus» une relation intime entre cette érotisation 
de l'angoisse et Férotisation, de même nature, du sentiment de 
culpabilité. « L'aiguillon du remords serait ainsi érigé en despote 
dispensant une joie masochique avec une royale prodigalité. » 

Une malade, au plus haut degré entravée dans son travail, vient 
à l'analyse au moment où elle avait pu, enfin, obtenir une place 
longtemps souhaitée ; cette place lui assurait l'indépendance maté- 
rielle, en lui permettant de quitter un mari sadiste. Cet homme 
était d'une brutalité inouïe* La jeune femme, suivant les objurga- 
tions de ses proches et son propre désir, promit d'abandonner son 
mari dès qu*e)le serait matériellement indépendante. A peine par- 
venue à la situation qui devait lui permettre de divorcer, elle tomba 
dans une grande dépression et devint presque incapable de tra- 
vailler. L'analyse montra qu'elle approuvait inconsciemment le 
sadisme de son mari (qui avait édifié un système vraiment raffiné 
de tortures morales), et qu'elle en tirait des jouissances masoebi- 
ques. Fait caractéristique, notre malade restait tout à fait frigide 
avec son mari ; son plaisir consistait à savourer la volupté de l'an- 
goisse, à laquelle s'ajoutait encore un fort sentiment de culpabilité. 
Quand elle eut compris la signification de ses symptômes, elle 
abandonna rapidement Je traitement, sous un prétexte quelconque. 
Dans les derniers temps du traitement, son cas ressemblait beau- 
coup à une perversion masochique ; au début, ]e masochisme moral 
et érogène avait été entièrement inconscient. 

Dans un second cas, les choses se présentèrent d'une façon ana- 
logue. 

Le pronostic de ces cas est douteux. 

h) Fuite devant l'attitude masochique féminine normale, — C'est 



HMH 



276 HEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Hélène Deutsch qui a attiré l'attention sur ce type (1). Quand la 
petite fille interprète de façon particulièrement masochique l'atti- 
tude de sa mère, il se manifeste chez elle un refus très net de cette 
attitude maternelle. Elle réprime sa sexualité par crainte d'une réa- 
lisation dangereuse de désirs masochiques. Dans l'ordre normal, la 
poussée active des tendances phalliques cède la place au phan- 
tasme masochique suivant : « Je veux être châtrée, violentée par 
mon père et avoir un enfant- » Cette triade, « castration-violence- 
enfantement * 3 revêt un caractère masochique très net. Le moi 
féminin se trouve, dans les cas pathologiques, fortement investi de 
narcissisme par suite du refoulement des tendances masochîques. 
Il se sent menacé par les tendances masochiques du ça et se réfu- 
gie dans la position narcissique de défense, 

La peur narcissique de la défloration et de la douleur que celle-ci 
provoque est parfois démesurée, exagérée par des phantasmes maso- 
chiques* L'accouchement lui-même est alors considéré comme mie 
grave blessure, une déchirure» et il est évité avec ténacité. Il y a des 
femmes auxquelles tout contact évoquant la sexualité est doulou- 
reux et qui redoutent ces contacts. Elles englobent dans cette haine 
l'enfant dont la venue les effraye, et elles étendent leur répulsion 
aux soins et à la nourriture qu'il reçoit. « L'homme a une minute 
de plaisir, et la femme est mutilée et flétrie », tel est le lieu com- 
mun que ces femmes érigent en axiome* Leur masochisme crée une 
difficulté : le ça désire la douleur, la violence ; mais le moi est trop 
fier pour en convenir. Ou bien, par sentiment de culpabilité, elles 
refoulent les premiers phantasmes allant dans ce sens, Si les émois 
masochiques sont secondaires et succèdent à des stimuli sadiques, 
le sentiment de culpabilité est relié plus au premier qu'au second. 
Ces frigides masochistes se distinguent par toute leur manière 
d'être des frigides orgueilleuses et viriles du type dont nous avons 
parlé précédemment, celles qui sont frigides par désir du pénis et 
par besoin de vengeance. Elles peuvent être considérées comme des 
personnes qui subissent passivement les obligations du mariage, 
maïs non sans éprouver de la joie à souffrir ; elles sont craintives, 
sensibles comme des mimosas aux contacts physiques et à la mon- 
tée de la volupté, Leurs lèves font très fréquemment allusion à des 
échecs* 

Le traitement de ces femmes se heurte aux plus graves difficultés» 

(1) « Le masochisme féminin et ses rapports avec la frigidité ». Intcrn* Zeit- 
schrift fur PsuchaaiialysCt 1930, 



LÀ FRIGIDITÉ DE LA FEMME 277 

parce que, pour conscientes qu'elles deviennent de leur masochisme, 
elles n'acquièrent cependant pas la faculté de se satisfaire du sa- 
disme de leur partenaire. Pourtant* leur guérison est parfois pos- 
sible. II ne faudrait pas croire qu'une femme frigide, qui s'imagine 
que son mari doit la battre {comme son père), dût arriver néces- 
sairement à la volupté si ce phantasme était réalisé, 
Le pronostic dépend du degré du masochisme. 

7) Frigidité avec mécanisme narcissique. 

Ici, Ton a affaire à des femmes qui, au fond, n'aiment qu'elles- 
mêmes, n'aspirent nullement à aimer, mais à se laisser aimer* Pour 
elles* le désir qu'elles inspirent à un homme leur donne simple- 
ment la mesure de leur propre valeur. 

Dans son étude « Introduction au narcissisme » 3 Freud a attiré 
l'attention sur deux types de choix objectai : le type par imitation 
et le type narcissique. Le premier est choisi à l'image de la mère ; 
le second, à sa propre image. L'homme aurait ainsi deux objets 
sexuels primitifs : lui-même et la femme qui prend soin de lui. Un 
parallèle entre l'homme et la femme montrerait 'une différence fon- 
damentale dans leurs rapports avec l'objet : L'amour objectai com- 
plet, suivant le type par imitation, serait caractéristique de l'homme* 
II montrerait à quel degré étonnant son narcissisme primitif lui 
îait surestimer sa valeur sexuelle et transférer ce narcissisme sur 
l'objet aimé. C'est ce mécanisme qui permettrait l'apparition de 
l'état particulier rappelant l'obsession névrotique : l'amour. 

Il en est autrement chez la femme : au moment de la puberté, le 
narcissisme primitif s'exagère, condition défavorable à la nais- 
sance d'un amour objectai normal. Quand la femme devient belle, 
surtout, elle se satisfait d'elle-même, ce qui la dédommage de sa 
moindre liberté sociale dans le choix objectai. Ces femmes-là 
n'aiment, en somme, qu'elles-mêmes, et avec la même intensité 
que l'homme qui les aime. D'ailleurs, cites n'ont pas besoin d'aimer, 
mais d'être aimées, et elles agréent l'homme qui remplit ces condi- 
tions. Elles exercent sur certains hommes la plus grande attirance, 
non seulement par leur beauté, mais encore à cause du pouvoir 
attr acteur de leur narcissisme sur les êtres qui se sont abandonnés 
à leur propre narcissisme dans leur recherche de l'amour objectai* 
Une voie peut conduire ces femmes à l'amour objectai quand elles 
sont demeurées frigides, c'est l'enfant* Elles le considèrent comme 
un morceau détaché d'elles-mêmes, sur lequel elles peuvent déver- 



^frrthdi 



a7S REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



ser leur amour objectai dans toute sa plénitude. Il faut ajouter à 
cela — comme dit Freud en complément à son dernier travail — 
que sous l'influence de la maternité la femme s'identifie plus vive- 
ment avec sa propre mère, ce que jusqu'à son mariage elle s'était 
interdit de faire. Nous retrouvons ici U3ie vieille connaissance : le 
désir du pénis, qui n'a rien perdu de sa vivacité. On s'en aperçoit 
d'après les réactions de la jeune femme devenue mère, selon qu'elle 
a mis an monde un fils ou une fille. Seul l'amour d'un** mère pour 
son fils peut donner à celle-ci une satisfaction sans bornes. De 
toutes les relations humaines, elle est la plus parfaite et la plus- 
dénuée d'ambivalence. C'est sur son fils que la mère peut reporter 
toutes les ambitions qu'elle a dû réprimer pour elle-même, de lui 
qu'elle peut attendre tout ce que son complexe de virilité ne lui a 
pas permis de réaliser. Le mariage lui-même, dit Freud, n'est vrai- 
ment stable que lorsque la femme est parvenue à considérer son 
mari comme son enfant et à le traiter comme une mère. 

Les femmes narcissistes opposent au traitement psychanalytique 
les plus grandes résistances. Elles invoquent volontiers le prétext;- 
d'être aimées, même sans orgasme. 

Le pronostic n'est favorable que si Ton réussit à montrer à la 
malade le pouvoir compensateur de son narcissisme et à faire 
revivre affectivement le complexe de castration qui se cache der- 
rière lui, 

8) Frigidité des instinctives (nymphomanie). 

11 s'agit ici de femmes qui vivent dans un besoin presque conti- 
nuel de coït et se livrent à n'importe quel homme. Elles sont 1res 
ardentes pendant l'acte et leur courbe d'excitation s'élève et s'abaisse 
à plusieurs reprises, sans jamais atteindre l'orgasme. Après le coït, 
pas de détente normale, mais des symptômes nerveux (maux de 
tête* insomnies, etc.)* 

La genèse psychologique de ces cas est compliquée. On trouve 
dans cette inaptitude à l'orgasme des désirs passifs de castration 
auxquels ces femmes tendent à échapper, des sentiments de culpa- 
bilité nés de désirs sexuels envers leur père et de souhaits de mort 
envers leur mère, des phantasmes de vengeance contre l'homme 
(contre leur père), entraînant le phantasme d'être des prostituées 
agies. 

Une malade, qui avait des traits de caractère nymphomane, eut 



n^^ 



LA FRIGIDITÉ DE LA FEMME 279 



ridée bizarre de punir par le coït les hommes auxquels elle se don- 
nait. Nous constatâmes que c'était là une vengeance posthunie 
contre son père ; cela signifiait à peu près : « Si tu ne m'aimes pas, 
je me fais putain, et toi, mon père, tu en seras responsable, » On 
voit aussi dans cette punition « le retour du refoulé ». Par le détour 
de la punition, c'est le vieux désir d'union avec le père qui est réa- 
lisé. Mais comme ces femmes méprisent le coït, il se produit une 
capta tion de J 'instance morale inconsciente- 
Une autre malade du même type demandait de l'argent aux 
hommes à qui elle venait de se donner. Elle savourait leur décep- 
tion et leur ébahisseinent, alors que, tout heureux, ils s'imaginaient 
avoir trouvé des relations fondées sur l'amour. Il y avait aussi, liée 
à cette demande d'argent, une représentation inconsciente de cras- 
tration. Cette malade revivait, inversée, la situation décevante de 
son enfance : son père l'avait déçue, et elle rendait cette déception 
avec intérêts composés à l'homme qui était à l'image de celui-ci. 
Ce qui caractérise l'insatisfaction chronique des nymphomanes, 
c'est qu'indépendamment du besoin qu'elles ont des hommes, elles 
n'ont pas renoncé à la masturbation clitoridienne. On peut d'ailleurs 
en dire autant de beaucoup de femmes frigides qui, malgré des rap- 
ports sexuels réguliers (dans le mariage, par exemple), continuent 
à se masturber, souvent avec de graves sentiments de culpabilité. 

9) Frigidité des femmes prégêniialemcnt fixées. 

Dans l'introduction du chapitre II, nous avons dit que la sexualité 
génitale traversait une série de stades préliminaires : les stades 
oral, sadique-anal, uréthral et phallique. Une fixation (accrochage 
de la libido), ou bien une régression (retour de la libido à des posi- 
tions déjà abandonnées par elle), peut se produire à chacun de 
ces stades* Ceci se retrouve dans les angoisses qu'éprouvent ces 
femmes à ridée que> pendant le coït ou l'orgasme; il pourrait leur 
arriver « un accident », Il faut entendre par là qu'elles craignent 
d'uriner involontairement ou de laisser échapper un vent ou des 
fèces. Un autre indice superficiel, c'est l'attachement, dans leur 
for intérieur, à de * fausses » théories sexuelles, 

Ainsi, une de mes malades me déclara que son mari ne pouvait 
la satisfaire parce que son pénis était trop petit. Je lui demandai 
alors de quelle longueur, d'après elle, devait être le pénis érigé. Elle 
répondit qu'il devait « toucher le fond ». Pour elle, ce « fond » était 



4^i^^Bf^^^«PP 



280 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



le col utérin. Elle pensait donc que le coït consistait en un frotte- 
ment du pénis mâle contre le pénis supposé de la femme, qui devait 
être fixé à l'utérus. En dépit de notions précises, elle persistait dans 
cette théorie, car elle avait, disait-elle, « essayé » une série 
d'hommes, et chaque fois elle avait échoué, bien qu'elle eût choisi 
des hommes forts et bien pourvus. 

Les divers résidus des phases prégénitales peuvent former entre 
eux les combinaisons les plus variées, 

(Une femme qui abhorrait le coït vaginal recherchait exclusive- 
ment la position suivante : son mari étant couché sur le dos, elle se 
mettait, à genoux, perpendiculairement à lui, et lui faisait une fel- 
lation, tandis que lui devait, de la main droite, la battre de toutes 
ses forces sur les fesses*) 

Une autre malade ne parvenait à l'orgasme que par le eunnilin- 
guus. Elle t'tait fortement masochiste, se laissait brutaliser par son 
mari* D*autre part, on reconnaissait en elle d'incontestables traits 
de sadisme. Tout au fond d'elle-même, on découvrait un jeu de 
mère à enfant, où Phomme jouait le rôle de nourrisson. 

La liquidation de la frigidité par l'analyse fournit une preuve 
frappante de l'existence des fixations prégénitales. 

(C'est ainsi qu'une malade, fortement fixée au stade anal, fut 
atteinte, en traversant une phase intermédiaire, et alors que son 
analyse était déjà très avancée, de fortes démangeaisons dans la 
région pérînéale, entre le vagin et l'anus. Auparavant, là malade 
avait toujours été frigide, parfois affectée de vaginisme, refusant 
constamment la sexualité,) 

C'est à ce groupe qu'appartiennent aussi les troubles sexuels des 
névroses obsessionnelles, dont nous avons parlé plus haut, 

II existe aussi des formes très compliquées de frigidité à base 
d'érotisme oral* La description de ces cas dépasserait le cadre de 
cette étude. 

Le pronostic varie suivant la force et la profondeur de la fixa- 
tion. 

10) Frigidité des perverses. 

Les perverses manifestes : sadistes, homosexuelles, etc., ne peu- 
vent éprouver d'orgasme vaginal. Nous ne voulons pas étudier ici 
la genèse de ces perversions. Notons seulement ceci ; l'expérience 
nous a appris que le pronostic de la guérison est, chez les per- 
verses, bien plus problématique que chez les névrosées. Il n*y a 






LA FRIGIDITÉ DE LA FEMME 281 



d'espoir de guérison que si elles se trouvent, du fait de leur per- 
version, en proie à un conflit intérieur. 

11) La frigidité, manifestation partielle d'une névrose* 

On ignore généralement la possibilité de guérir la frigidité par 
la psychanalyse ; il est donc assez rare que des femmes en viennent 
à se faire traiter pour leur seule frigidité. Le plus souvent, elles se 
font soigner pour quelque symptôme névrotique, et c'est alors 
qifon découvre qu'elles sont aussi atteintes de frigidité. 

Une malade vint à nous soufflant de la phobie des animaux. 
L'analyse montra que sa vie sexuelle se jouait sur deux strates. 
Froide à l'égard de son mari dont y] le fuyait les étreintes, elle 
vivait ses phantasmes anaux inconscients de violence (au centre 
desquels se trouvait son père) dans ses peurs hallucinantes d'ani- 
maux, Là t la crainte signifiait d'une part le rejet d'un désir incon- 
scient, de Fautre le signal du moi devant un péril intérieur mena- 
çant. En même temps, le besoin inconscient de punition, lié à ses 
désirs œdipiens, se traduisait dans son mal, qui la rendait très mal- 
heureuse et déprimée. 

Dans toute hystérie, dans toute névrose obsessionnelle, nous cons- 
tatons semblables faits. 

Les analystes ne sont pas d'accord en ce qui concerne la possi- 
bilité de l'orgasme dans quelques phobies et dans quelques « né- 
vroses de destin ». Tandis que certains observateurs disent avoir 
trouvé l'orgasme chez ces malades, d'autres en nient la possibilité. 
Quoiqu'il en soit, il s'agit toujours, quand l'orgasme existe, de cas 
exceptionnels* 

Dans un cas d'agoraphobie (1) la malade parvenait à l'orgasme 
normal ; arrivée au point culminant de sa maladie, elle se désinté- 
ressa totalement du coït* Il s'agit là d'un cas rare* En effet, à quel- 
ques exceptions près, il est de règle que toute névrose soit accom- 
pagnée de perturbations de l'orgasme (voir les travaux de Ferenczi 
et de Reich), 

Le cas suivant est celui d'une agoraphobie qui disparut entière- 
ment au cours de l'analyse, Le mariage avait causé à une jeune 
femme beaucoup de surprise et de peur. Elle avait toujours regretté 
de ne pas être un garçon, portait volontiers des pantalons d'homme, 
prenait son père pour modèle. Par contre, son frère était très effé- 

(T> E. Beugler : « Psychanalyse ehies Galles von Platzangst * (Psychanalyse 
<\\m cas d'agorapholne), PsychoanalyL Reuiem t Washington, 1935, 



4*4BI 



232 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



miné. Elle vint au mariage très ignorante» croyant que l'homme, 
pendant l'acte, se contentait d'être couché à côté de la femme, et 
qualifiait tout ce qui est sexuel de bestial. Comme le pénis de son 
mari ne venait pas du tout en contact avec son clitoris* elle crut 
que l'un des deux devait être bâti de façon anormale. Elle s'ima- 
ginait le pénis à l'image de ceux qu'elle avait vus sur les statues : 
petit et tombant. L'existence d'organes génitaux internes ne lui fut 
révélée que par le mariage ; c'est alors seulement qu'elle put 
apprendre à ressentir. Elle avait fréquemment des pollutions, sur- 
tout après un acte avec excitation sans satisfaction. Voici deux 
rêves qui montrent que la malade» durant Pacte, s'identifiait à 
l'homme et qui décèlent aussi les progrès du traitement : 1) Elle 
doit monter un escalier étroit, qui se resserre de plus en plus : elle 
i\ le vertige. En haut se trouve un passage très étroit, qu'elle doit 
traverser aussi. L'enfant qui la précède tombe et reste accrocha par 
sa robe. La malade le sauve. — 2) La malade fuit avec son enfant 
devant des ennemis ; elle monte un escalier dans une vieille mai- 
son* L'escalier est tics haut» mais clair» propre» bien chauffé, somp- 
tueux. On Te ncou rage et elle parvient jusqu'au faîte* — L'entrée de 
la maison» l'étroitesse de l'escalier, tout cela révèle un symbolisme 
sexuel. Le désir de virilité s'accroît sous reflet du coït, du fait 
qu'elle ressent les mouvements de l'homme après sa pénétration, 
au lieu de se préoccuper de ses propres sensations. 

Une femme vint se faire traiter pour une timidité névrotique. 
Grâce à son énergie virile, elle était parvenue à une situation poli- 
tique. Elle s'était toujours identifiée, avec orgueil, à son père, A 
Page de quatre ans, une domestique l'avait induite à loucher ses 
organes génitaux. Sa mère ayant eu dans le mariage une situation 
inférieure, elle se refusait, quant à elle, à se laisser reléguer dans 
i« l'esclavage du mariage ». Au point de vue erotique, elle se refuse 
aussi, c'est-à-dire qu'elle est tout à fait frigide* Mais elle désirait à 
le] point avoir un enfant qu'elle se livra à l'homme le plus racé de 
sa connaissance» jusqu'à ce qu'elle fût enceinte. Ensuite elle le 
congédia. Après chaque coït + dégoûtée, elle se baignait. Ses rêves 
décèlent une homosexualité inconsciente. La malade se souvint 
qu'à l'âge de quatorze ans, comme elle dormait avec sa mère, elle 
eut envie de lui toucher les organes génitaux. Elle est d'une nature 
sensible, entre volontiers en lutte avec les hommes, cherchant in- 
consciemment à dominer. Toujours frigide, elle se fait pourtant la 
championne de l'amour libre. 



b*ri_ÉI 



LA FRIGIDITÉ DE LA FEMME 283 



Une femme de vîrigt-huit ans a recours à l'analyse pour soigner 
des vomissements hystériques, des perversions orales et de lu fri- 
gidité. Elle est mariée depuis deux ans. Elle a eu ses premières 
nausées nerveuses à dix-sept ans. Durant ses fiançailles, elle ne 
pouvait plus rien manger, et, pendant son voyage de noces, souffrait 
d'angoisses et vomissait souvent- Elle avait fait un mariage de rai- 
son ; son mari était insignifiant. Tout à fait frigide, elle refusait 
généralement l'intromission, par dégoût. Puis, elle s'éprit d'un 
homme très cultivé qu'elle embrassait passionnément. Elle souffre 
de la crainte des nausées, de répugnance à manger * et veut se 
tenir à l'écart du monde. Alors qu'elle avait huit ans, sa mère avait, 
paraît-il, commencé à entretenir des relations perverses avec mi 
homme (fellation), d'où le dégoût de la malade. De tout temps, elle 
aima à embrasser ; à quatre ans, elle embrassait sa mère avec tant 
de passion qu'il fallait les séparer* Ses rêves montrent, à la base 
de ses vomissements hystériques, des phantasmes typiques, mais 
réfoulés, de fellation. Par exemple, elle voit en rêve, sur une table, le 
cou étiré et écorclié d'une poule. Ce cou vit. Il faut le couper. Elle 
est d'avis de lui frapper sur la tête avec îe manche du couteau. — 
Elle souffre souvent d'une sensation de boule, et elle ressent comme 
un nodule arrêté dans son cou. Dans son « fleuri » avec l'homme qui 
lui rappelle son père aimé, elle se livre à des orgies de baisers. 
Quand elle se propose de le voir, elle est aussitôt prise de nausées, 
La frigidité vaginale existe donc chez elle à côté d'un crotisme oral 
fortement marqué* Ses vomissements hystériques reposent sur des 
phantasmes de fellation. Sa fixation à ses parents joue un rôle im- 
portant : c'est l'identification avec sa mère qui provoqua les phan- 
tasmes de fellation et la tendance à l'adultère. 

Le pronostic est favorable, sauf pour les névroses obsessionnelles 

12) La frigidité^ conséquence d'une réaction de fuite 
dans V homosexualité inconsciente. 

Dans le vaste domaine de l'homosexualité inconsciente, signalons 
le type suivant. Un moyen de liquider le complexe d'Œdipe, c'est de 
se détacher du père et de s'identifier secondairement avec la mère, 
érigée en créature « asexuée ». Ici encore entre en jeu un sentiment 
de culpabilité qui découle des phantasmes œdipiens* Ces femmes 
sont alors « asexuées » et préfèrent l'homosexualité sublimée sous 
forme d'amitié. 

L'une d'elles vint se faire analyser à cause de, sa frigidité. Son 



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2S4 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



mari lui avait posé une condition étrange : il entretenait officielle- 
ment une liaison et lui avait déclaré qu'il conserverait sa maîtresse 
tant qu'elle resterait insensible. Il considérait, sans doute, la frigi- 
dité de sa femme comme «ne méchanceté. Or, inconsciemment, la 
malade se trouvait liée par un sentiment homosexuel à l'amie de 
son mari, ce qui l'incita, dès qu'elle commença à soupçonner la 
véritable nature de cette amitié (dont on n'avait pas du tout parlé 
jusque là au cours de l'analyse), à interrompre le traitement après 
-quelques séances- 

13) Frigidité par crainte névrotique de l'enfant* 

Nous ne voulons parler que de la crainte névrotique de l'enfant, 
non de la peur justifiée qui peut conduire h la pseudo-frigidité 

ivoir 17)* 

Une hystérique permit plusieurs fois à son mari de la rendre 
grosse* an ai s remua ensuite ciel et terre pour se faire avorter, 
Comme elle vivait dans un pays puritain où Pavortement était im- 
praticable, elle partît pour l'étranger, où elle réunit à giand'peine 
l'argent nécessaire à l'opération* Quelques années plus tard, elle 
décida de se soumettre au traitement psychanalytique à cause de 
ses autres conflits conjugaux — elle était totalement frigide, Au 
ho ut de peu de temps, elle dut interrompre la cure, pour des rai- 
sons matérielles qui l'obligèrent à retourner dans son pays d'élec- 
tion. Cette courte analyse montra que cette malade attendait incon- 
sciemment un enfant de son père et que la réalisation de ses désirs 
avait provoqué chez elle un sentiment de culpabilité qui la forçait à 
supprimer la grossesse en tuant l'enfant. L'analyse, quoique ina- 
chevée, — elle n'avait duré que quatre mois. — parvînt cepen- 
dant à tranquilliser notablement la malade. Peu de temps après 
l'interruption de l'analyse, la malade redevint enceinte et nous 
écrivit qu'elle supportait bien son état, sans exiger, cette fois, l'in- 
terruption de la grossesse, 

La peur névrotique de l'enfant n'est souvent qu'une manifestation 
partielle de la fixation œdipienne, c'est-à-dire de la névrose. 

Une femme vivait dans la crainte perpétuelle de concevoir. Toutes 
ses pensées se concentraient sur la possibilité d'une grossesse. Mal- 
gré tous les moyens anticonceptuels f toutes les mesures de précau- 
tion, elle n'arrivait pas à se calmer* Elle refusa de se faire analyser 
en faisant valoir que ses craintes étaient « réelles ». Elle quali- 
fiait sa frigidité de « naturelle ». " 



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LA FRIGIDITÉ DE LA FEMME 28f> 



■ 

Parfois les névrosées emploient les moyens les plus grotesques 
pour échapper à la peur de l'enfant 

Une malade s'imaginait que la conception ne se produirait qu'au 

cas où eile « ressentirait » quelque chose pendant l'acte- Eile était 

donc parfaitement frigide, et sa « sensation » consistait en une 

identification avec l'homme. Elle éprouvait alors un sentiment 

sadique analogue à celui qu'elle avait « en regardant un combat 

de boxe ». Mais elle se refusait même ce plaisir-là et pensait spas- 

modiquement à autre chose. 

Le pronostic de ces cas est favorable- 

■- 
14) Frigidité élective. 

Il s'agit là de femmes facultativement frigides, c'est-à-dire chez 
qui la frigidité n'apparaît qu'avec certains hommes (en général 
avec leur mari). 

Il y a quelques années, Freud a fait ressortir l'importance de 
la « chose interdite ». L'ascétisme idéologique, enseigné à reniant, 
fait que, pour lui, toute activité sexuelle est indissolublement liée 
à l'idée d'une « chose interdite », si bien que le fait de pouvoir lui 
laisser libre cours dans le mariage ne parvient pas à lever l'inter- 
diction. Il arrive qu'une femme pour qui le coït avec son mari 
n'est qu'un devoir reste frigide, tandis qu'avec son amant, qu'elle 
rejoint à ses risques et périls, elle éprouve l'orgasme avec plénitude* 

Une autre condition spécifique est impliquée dans la « situation 
de prostituée », Il existe des femmes convenables pour qui l'idée 
des rapports sexuels demeure liée à celle de fille de joie, notion 
qu'elles n'avaient pas comprise, enfants* Suivant cette idée, la prosti- 
tuée est une personne qui vit dans la licence sexuelle et qui paye 
son plaisir par l'avilissement (mécanisme névrotique de plaisir et 
de punition). Ces femmes mènent alors une vie psychique double,: 
en tant que femmes convenables, 'elles sont frigides ; en tant que 
prostituées, elles ressentent pleinement l'orgasme* 

Une autre condition spécifique, c'est la « position pendant le 
coït ». * 

Le plus souvent, pour jouir» les femmes doivent refermer leurs 
cuisses. Elles exigent de leur partenaire qu'il exécute les mouve- 
ments du coït sans qu'elles écartent normalement leurs jambes, 
qu'elles tiennent aussi serrées que possible. On peut expliquer ceci 
de deux manières : consciemment, la sensibilité clitoridienne, qui 
ne peut entrer en jeu pour des raisons anatoiniques, lors du coït 



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286 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



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normal, est utilisée pour servir à l'acte sexuel, Inconsciemment, la 
pression exercée par les cuisses sur le pénis équivaut à lu castra- 
tion de l'homme. 

Une autre « condition spécifique » est le coït a tergo } qui est lié 
aux phantasmes anaux infantiles* Là encore, la femme exige sou- 
vent de l'homme qu'il lui excite, en même temps, le clitoris du doigt. 

Le pronostic du traitement est favorable, 

15) Frigidité des femmes maternelles. 

Il existe un type de femmes, bonnes et maternelles, qui sont 
totalement frigides, mais supportent bien leur frigidité et éprouvent, 
dans le coït, une joie indulgente quand l'homme ressent la jouis- 
sance sexuelle. C'est la situation mère-enfant qui est ainsi renou- 
velée pour la femme, dans l'inconscient de laquelle l'homme joue le 
rôle de l'enfant « méchant ». 

On peut interpréter les causes de manières très diverses* On peut 
invoquer presque toutes les raisons déjà étudiées de la, frigidité, 

M. 

mais ici, les refoulements ne sont pas teintés de ressentiment. Fait 
caractéristique, celte résignation sexuelle n*est souvent possible 
que pendant un temps donné. Certaines femmes, après une période 
de désintéressement « maternel i> 7 sont victimes d'une grave né- 
vrose symptomatique et souffrent ensuite psychiquement de leur 
frigidité* 

Le pronostic est favorable, 

16) Frigidité avec ascétisme idéologique , ennemi de la sexualité 

(type sur moi), 

11 est fréquent et même habituel que nombre de femmes frigides 
parlent de la sexualité avec mépris et même avec dégoût* Il s'agit 
là de désirs inconscients refoulés, dont le conscient n'a même pas 
notion, Parfois on élève, peut-on dire, les enfants à mépriser la 
sexualité. L'enfant se sert ensuite des enseignements de sa mère, 
passés dans le surmoi, comme d'une protection contre ses propres 
désirs œdipiens* L'éducation est telle que, si l'homme parvient à 
uiie sexualité normale, on peut dire que ce n'est pas grâce à elle, 
mais malgré elle. 

Parmi ces femmes, il en est beaucoup qui doutent de l'existence 
même de l'orgasme et le considèrent comme une simple légende. 
D'autres disent toujours après le coït : « Maintenant, tu vas me 
mépriser ! » 



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LA FRIGIDITÉ DE LA FEMME 287 



Le pronostic est favorable, 

17} Pseudo-frigidité, 

On trouve ici les conséquences de l'ignorance, des fautes de tech- 
nique au début des rapports, de la peur de l'enfant, de l'impuis- 
sance de l'homme, etc. Le diagnostic différentiel entre la vraie et 
la pseudo- frigidité n'est pas toujours facile à faire. 

Nous savons, par exemple, que l'ignorance sexuelle d'une adulte 
est la conséquence de son orientation psychique ; mais le fait qu'une 
femme mariée croie qu'entre la vulve; et l'utérus il n'y a rien, donc 
qu'elle n'ait aucune notion de l'existence du vagin, n'est certes pas 
dépourvu de signification pénible. 

La forme la plus importante de la pseudo-frigidité est celle qui 
est due à l'impuissance du partenaire ; un assez grand nombre de 
femmes sont les victimes ignorantes de ce fait. Ici, c'est le mari 
qu'il faut traiter. 

Le pronostic est favorable* 

18) Frigidité constitutionnelle* 

C'est le groupe des aplasies et des hypoplasies. On y range les 
cas dus à quelque opération destructrice. Ils ne se prêtent pas à la 
cure psychanalytique. 

CHAPITRE IV 

* Description de deux cas de frigidité féminine guéris 

par la psychanalyse 

■ 

Cas A 

C'est un cas fort typique, d'une jeune mère hongroise, pleine de 
tempérament et d'orgueil ; son petit, garçon était âgé de trois ans, 
elfe était mariée depuis quatre ans. Le manque de satisfactions 
dans sa vie amoureuse l'avait induite peu à peu à mépriser son 
mari, qu'elle avait aimé tout d'abord. Son beau-frère faisait l'objet 
de ses phantasmes amoureux. Cette femme autrefois si active, si 
brillante, souffrait d'un état d'irritation générale dont son enfant 
surtout était la victime, et d'une mauvaise humeur constante diri- 
gée contre son mari, homme débonnaire et dévoué. Elle avait l'idée 
de le tuer et aurait voulu épouser son beau-frère devant le cercueil 
de son époux, et toutes ces pensées la tourmentaient* 

Au cours des rapports sexuels, il y avait bien de l'excitation, 



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288 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



les organes génitaux s'humectaient, mais ni l'intromission de la 
verge» ni les mouvements de celle-ci ne provoquaient de sensations 
voluptueuses. Aucune trace d'orgasme, lorsque l'acte n'était pas 
suivi de masturbation clitoridienne. La malade exigeait de son 
mari qui! se baignât avant l'acte ; elle se baignait aussi après les 
rapports et changeait de chemise, ce qui montrait que racle lui 
apparaissait comme quelque chose de malpropre, que certains sen- 
timents de dégoût n'avaient pu être surmontés et que les organes 
génitaux se trouvaient « analemeni investis », Son mari ne lui 
imposait plus guère ; doux et patient, il était qualifié par elle de 
« pauvre petit poulet ». Quand par hasard il s'était mis en colère ou 
l'avait frappée, il lui inspirait du respect. Dans l'acte amoureux, 
elle ne pouvait le tenir en haute considération, car au plus profond 
de son être elle rêvait d'être prise par quelque géant. 

Elle avoua plus tard s'être mariée surtout pour pouvoir observer 
son mari pendant l'acte et s'identifier à lui à ce moment* 

Pendant le coït> il lui venait certaines idées signifiant le refus, 
comme par exemple ; « ça, c'est défendu », ou « il faut que je nie 
referme », ou d'autres pensées à l'adresse de son mari : « Comment 
se fait-il que tu sois couché sur moi ? » — « Tu n*ar rives pas à nie 
dompter ! ». Pendant l'étreinte, elle devenait soudain froide comme 
un bloc de marbre ; ni sa tête, ni son cœur ne prenait pari à l'acte. 
O Qu'il prenne la partie animale, le ventre ! ») Il ne pouvait être 
pour elle question d'une concentration de ses sensations dans les 
organes génitaux ; elle observait plutôt, par une sorte d'identifica- 
tion, les gestes et les sensations de son mari, ce qui, bien entendu, 
ne pouvait provoquer qu'envie et nouvelle déception* Le lendemain 
des rapports sexuels, sa rancune contre son mari était particuliè- 
rement âpre ; elle était de mauvaise humeur, injuste et mécon- 
tente d'elle-même. 

Pour mieux comprendre son ambivalence dans l'acte d'amour, il 
convient de parler des phantasmes précoces de cette femme, concer- 
nant l'acte sexuel. Fillette, elle avait naturellement ignoré la fric- 
tion, la déturgesçence, la détente après l'acte, Pour elle, l'idéal de 
l'amour c'était d'être couchée côte à côte ou même loin l'un de 
l'autre. Sous l'influence, de certaines sensations corporelles ressem- 
blant à une dépersonnalisation partielle, il semblait à nette jeune 
fille qu'elle n'avait plus de bas-ventre et qu'elle n'était qu'une tête, 
quelque chose comme un lion à crinière, le buste pour ainsi dire 



LA FRIGIDITÉ DE LA FEMME 289 



*-■ ^^^^^^+MM. ^B^^^K^^H- H- 1 ■— M riv^H"^^^^^^i^i 



entraîné en avant, et n'ayant que des jambes et un buste, mais pas 
de ventre. Le « refoulement » des parties génitales et de ce qui les 
entoure apparaît nettement. D'autre part, persistaient certaines 
sensations, comme d'avoir dans le corps, dans la tête, un cylindre 
de fer froid, un os dur dans la poitrine, La malade disait que « son 
entêtement venait de là », On ne manquera pas de remarquer là 
■des tendances à compléter le corps pour le rendre masculin. 

Au cours de Fanalys^ la malade se souvint de ce que sa mère 
avait eu peu de lait lorsqu'il lui avait fallu nourrir son premier-né 
(c'est-à-dire la malade). S'agissait-il d'un souvenir, ou bien d'un 
ouï-dire ? Nous n'avons pu résoudre la question. La mère de la 
malade avait été délicate, maladive, surtout par la suite, La malade 
conserve l'impression d'avoir été insuffisamment nourrie, et, par 
conséquent, en fait à sa mère une sorte de grief, comme si celle-ci 
était aussi responsable de ce que la malade fût une fille et non un 
garçon. Elle avait été un laideron dans son enfance. 

Quoiqu'il en fût, c'était elle l'aînée des enfants, et il semble 
que ses parents l'aient tous deux tendrement choyée. La situation 
se modifia du tout au tout lors de la naissance d'un petit frère, 
alors qu'elle avait trois ans et trois mois. Son père ne se préoccupa 
plus que du fils qu'il avait souhaité et déclara par la suite ne plus 
vouloir avoir de filles. La malade haïssait profondément son frère ; 
elle était jalouse et malheureuse. Souvent, comme elle devait endor- 
mir le -petit, couché dans sa voiture, elle la poussait rudement contre 
le mur. Déçue par le changement d'attitude de son père qui, main- 
tenant, la punissait avec sévérité et la repoussait de plus en plus, 
elle devint têtue et, à l'âge de quatre ans, décida de s*enfuir de la 
maison. Un beau jour, elle partit en effet ; pour tout bagage elle 
emporta le suçon que, de par ses dispositions orales, elle utilisait 
avec zèle, comme nous Talions voir, On la retrouva très loin, dans ; 
la puszta* 

Dans son milieu, on ne faisait pas mystère de la différence des 
sexes ; toute petite, elle avait vu un valet se mettre nu devant elle» 
et, assise sur ses genoux, elle avait senti son organe érigé. Entre 
cinq et six ans, un ami de sa mère lui avait, en cachette, caressé les 
organes génitaux. Sa mère, s'étant aperçue qu'elle se masturbait, 
avait sévi et se montra particulièrement sévère quand elle la sur- 
prit un jour en train d'échanger des caresses avec une autre petite 
iïlle. Peut-être la soupçonnait-elle d'homosexualité ? 

„ REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE. 7 



MMfc- 



290 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



En ce qui concerne les rapports sexuels de ses parents, un seul 
souvenir lui reste : un refus de sa mère. 

Elle se rappelle avoir été assise sur les genoux de son père* se 
souvient de son odeur particulière et de la manière dont, souvent, il 
la saisissait par derrière quand elle se tenait debout. Maintenant* il 
ne reste plus en elle que haine et dégoût pour ce père injuste qui 
avait repoussé sa lille. 

Toujours est-il qu'il l'avait autorisée à faire des études. Après 
avoir achevé ses classes primaires, elle entre au gymnase, puis 
obtient 3e diplôme de docteur, tout cela à l'étranger. Elle avait 
honte de ses seins et les comprimait. Elle se souvenait d'une évo- 
lution psychique qu*elle avait subie vers Page de treize ans : elle 
était devenue plus appliquée, plus soignée f sévère envers elle-même, 
et avait abandonné la masturbation ditoridienne* Elle se refusait à 
jamais devenir, comme sa mère, la victime d'un époux, à tout sacri- 
fier à l'homme* Elle rêvait d'un « amour pur » où seuls la tête et 
les yeux joueraient un rôle, où il y aurait contact de poitrine à poi- 
trine, mais sans rapprochement des organes génitaux et des ventres. 
Elle ne veut avoir découvert ou redécouvert son vagin qu'à l'âge de 
vingt ans ; elle devait donc se sentir d'autant plus défavorisée, sans 
pénis, 

La masturbation, qu'elle pratiquait moins souvent, s'accompa- 
gnait d'un phantasme narcissique : celui d' « être seule dans l'uni- 
vers w 3 couchée au soleil, au sein de la nature. Une fois au lit, elle 
se tâtait partout, prenant un vif plaisir au contact de son propre 
corps; Etudiante, elle avait adopté volontiers des allures et un cha- 
peau masculins. Après s'être' livrée avec frénésie aux plaisirs des 
demi-vierges, elle choisit comme mari un homme doux, délicat, 
d'allures féminines* qui la traitait avec bonté, et non comme son 
père avait traité sa mère. Au cours d'un voyage de vacances avec 
cet étudiant, elle fut stupéfaite de ce qu'il ne s'emparât pas d'elle ; 
sans doute, sous la tutelle d'une mère très sévère, qu'il vénérait 
profondément, ne s'était-il développé que tard. C'est lui qu'elle choi- 
sit pour époux, bien qu'au fond d'elle-même elle eût un tout autre 
idéal masculin. Elle rêve* en effet, d'un homme violent qui la jette- 
rait à terre, qui crierait, qui la battrait, tout cela conformément à 
l'image qu'elle avait gardée de son père. 



LA FRIGIDITÉ DE LA FFMME 291 



Chez cette malade, c'étaient les pulsions orales et sadiques qui 
prédominaient. Elle a une grande bouche et de grandes dents. Jus- 
qu'à l'âge de quatre à cinq ans* elle avait suçoté avec passion ; 
plus tard* jusqu'à l'âge de dix ans environ, elle avait suçoté un 
doigt de sa mère. Elle aimait à bien manger, tout en se reprochant 
ce bas instinct. Depuis son mariage» elle n'a plus de plaisir à man- 
ger^ Dans des phantasmes, elle mord et déchiqueté ; elle a du plai- 
sir à mordre et ressent alors une excitation dans la bouche et dans 
les mains (!)• Dans d'autres phantasmes, elle voit l'homme en érec- 
tion, couché snr le dos, veut le déchirer le déchiqueter, lui arra- 
cher son pénis avec les dents, ou le lui couper avec son vagin. Par- 
fois, elle lutte avec son mari, cherche à le renverser sur le lit, mais 
reste insatisfaite et garde de ces combats une sensation pénible de 
casque serré autour de la tête. Elle a aussi des phantasmes de 
meurtre sur la personne de son enfant. Elle ressent une certaine 
volupté musculaire, Elle serait volontiers envieuse, haineuse, rancu- 
nière et avide de vengeance. 

Le comportement masculin de la malade concorde très bien avec . 
cette activité que nous pouvons aussi bien considérer comme de 
l'homosexualité que comme un complexe de virilité. Nous avons 
mentionné les caresses des organes génitaux qu'elle échangeait 
avec d'autres petites filles, leur masturbation mutuelle. Les corps 
féminins lui plaisent davantage ; elle éprouve une sorte de besoin 
de fuite anxieuse au contact des femmes. Pendant la masturbation, 
elle préfère la position « Incuba ». Dans certains phantasmes, elle 
se pense homme, déshabille une femme et fait l'amour avec elle. 
Lït-elle dans un roman la description d'un homme excité, elle en 
est comme fascinée. Elle est très intéressée par les jolies femmes et 
se demande, dans un rêve où elle joue un rôle masculin actif : « Que 
puïs-je en faire ? » 

Citons, parmi les rêves caractéristiques, des rêves angoissants 
faits au cours de l'analyse, par exemple celui d'être écrasée par une 
voiture* heurtée par un cheval emballé, violée par un homme entré 
dans sa chambre. Avant la cure, déjà, elle avait rêvé qu'elle perdait 
ses dents, toutes ses dents, et ces rêves se répétèrent assez sou- 
vent Dans d'autres rêves, son oncle lui enseignait Péquitation ; 



(1) Dès que cette femme, si friande de baisers, connut le baiser avec intcrven< 
tïon de la langue, elle chercha à avoir la prééminence dans ce jeu. 






292 HEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



elle porte fréquemment des culottes, celles de son époux. Voici 
quelques-uns de ces rêves : 

1) Une jeune fille rousse se tordait sur un divan ; elle avait les 
seins nus et blancs. La malade l'attire vers elle jusqu'à être seins 
contre seins* Elle a chaud, est excitée et se comporte comme un 
homme, tout en sachant qu'elle est une femme. « Que ferai -je de 
cette créature ? » se demande-t-elle« Puis elle sent qu'un homme 
la saisît elle-même par derrière* 

2} EJÏe rêve qu'elle mord la verge de son mari à son insertion, 
mais sans colère. 

À plusieurs reprises, elle a rêvé qu'elle perdait son enfant* Par 
exemple, elle' l'oubliait à la gare, tandis qu'elle partait en voyage. 
Dans d'autres rêves, c'était son père, cet homme violent, qui appa- 
raissait, ou bien l'analyste, à la place de son père (rêve de trans- 
fert). 

Dans le transfert, le médecin prenait le plus souvent la place de 
son père, mais d'un bon père (transfert positif). Elle s'identifiait, 
très émue, à la fille du médecin et l'enviait. Les résistances oppo- 
sées, pendant la cure, par le narcissisme et la déception furent 
légères, faciles à surmonter. Ce qu'il y avait de violent, d'agressif 
dans la malade Vatléniia ; son intelligence et son orgueil même 
l'aidèrent. Elle comprit parfaitement la nécessité de renoncer à la 
masturbation clitoridienne et aux attouchements sur tout le corps 
(à son érotîsme cutané). 

La guérison par la psychanalyse de cette malade, affectée de fri- 
gidité vaginale, fut totale et durable. Laborieuse, elle mène désor- 
mais une vie conjugale heureuse ; elle a eu d'autres enfants qu'elle 
considère comme les fruits de son nouvel amour pour son mari et 
qu'elle préfère à Faîne. Elle a choisi une profession pratique, con- 
forme à son éducation antérieure, et se trouve satisfaite dans son 
orgueil de pouvoir gagner sa vie elle-même et 'seconder son mari. 






Résumé de cette évolution : 

La pfctite fille à prédisposition sadique-orale se trouve, par la 
naissance d'un petit frère, privée de l'amour d'un père qu'elle aimait 
et redoutait tout ensemble, et qui, de bonne heure, avait représenté 
pour elle l'idéal de l'homme fort et puissant Elle envie le frère 



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LA FRIGIDITÉ DE LA FEMME 293 



qu'on lui préfère, et surtout la virilité de celui-ci. Elle devient ainsi 
une enfant obstinée, mécontente, et, par suite, grondée et punie. 

Abandonnée à ses luttes intérieures incomprises, cette fillette 
très douée devient une lycéenne travailleuse ; pour elle, une forma-' 
tion intellectuelle virile doit remplacer l'inaccessible pénis. Le désir 
intense de virilité se manifeste encore dans le fait d'écraser ses seins 
naissants et dans son désir d'adopter des allures d'étudiant mascu- 
lin* Ignorante de ses propres organes génitaux, du fait de l'interdic- 
tion imposée par sa mère et du règlement du couvent, elle se forme 
un idéal « d'amour pur », où les organes génitaux ne jouent aucun 
rôle ; ïe « schéma corporel » qu'elle se trace ne comporte pas de bas- 
ventre. Par « déviation vers le haut », sa tête, ses yeux, sa poi- 
trine remplissent les fonctions amoureuses* 

Voyageant à l'étrange]', et sans doute aussi par rancune contre 
son père, elle devient l'amie de divers hommes, parmi lesquels il 
s'en trouve d'agressifs. Mais elle reste une demi-vierge et satisfait 
manuellement ceux qu'elle a excités ; elle les affaiblit ainsi et les 
« châtre' ». 

Cependant, elle ne choisit pas pour époux un homme imposant, 
plein de force, capable de la dominer comme son père avait dominé 
sa mère. Non, elle élit un jeune homme doux, délicat, appartenant 
à une famille cultivée, d'un rang élevé. Chose surprenante, au cours 
d'une randonnée à pied, il n'a pas réagi à ses caresses par une érec- 
tion. C'est justement celui-là qu'elle choisira* Certes, en l'épousant, 
elle va atteindre un certain niveau social, elle va vivre dans un 
milieu agréable. C'est la paix, après des années de luttes ; mais 
l'acte d'amour la laisse froide, entraîne de l'aversion, de la décep- 
tion, en, dépit d'une grossesse tôt survenue* Après avoir attendu 
longtemps le coït avec curiosité, les sentiments que ce dernier pro- 
voque en elle sont les suivants : envie et rancune contre le parte- 
naire, avec qui elle n'aspire qu'à s'identifier. Elle voudrait être lui 
et non un objet placé sous lui et servant à le satisfaire ; durant 
chacune des phases du coït, elle ressent ses sensations à lui, au lieu 
d'être attentive aux siennes propres. Elle voudrait mordre ce pénis, 
refuser ce sperme. Ne fut-elle pas déjà trahie par la nature qui lui 
refusa le pénis ? Dans ses phantasmes d'autrefois, ne se vit-elle pas 
couchée sur l'objet d'amour et non gisant sous lui ? 

Elle obéit à des sensations étrangères, et non aux siennes propres, 
ne veut ni se donner, ni s'ouvrir, ni rien recevoir. Elle avait ignoré, 



2Ô4 KEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



elle continuait d'ignorer volontairement son vagin ; elle pensait 
que 1» nature lui avait tout refusé, en sus du pénis. Ce vagin était 
demeuré inutilisé, cou nue un salon non chauffé ; il reste donc ina- 
nimé, ne ressent rien, continue à être « refoulé », bien que la nature 
en ait fait l'instrument de la volupté. 

Les conséquences de la malédiction d'être née femme, de la malé- 
diction paternelle, des menaces de sa mère à cause de la mastur- 
bation, se révèlent maintenant. D'anciens sentiments de culpabilité 
reviennent au jour. Elle se prend pour une infirme inapte à l'amour 
et au mariage. 

Mais n'est-ce pas l'homme qui est le coupable, cet homme faible 
et pacifique, n'apportant aucune expérience dans le mariage ? Peut- 
être aurait-elle dû, au lieu de ce « chouchou à sa inémère », choi- 
sir un séducteur imposant et puissant. 

L'exemple dune amie frigide, guérie par la psychanalyse, l'incite 
à recourir à ce traitement C'est alors qu'elle voit consciemment se 
dérouler devant elle le film de son évolution psychique et qu'elle 
arrive à comprendre l'envie et la haine qui raniment. Ce qui Ta 
poussée dans la mauvaise voie, ce sont ses prédispositions instino 
tuellcs, les événements familiaux, la personnalité de son père* Née 
femme, elle eût dû subir son destin, se donner passivement* en 
succube, et non tenter une fausse identification avec le « sexe 

■ 

fort ». 

La psychanalyse explique son évolution manquée, lui apporte un 
espoir jusqu'alors insoupçonné, de nouvelles possibilités encore en 
germe. Dès lors, la féminité, l'identification à sa mère, les qualités 
ménagères, maternelles, passent au premier plan* 

■ 

Le sexe détenteur du pénis n'est pas le seul qui existe. 11 en est 
un autre, envers lequel la nature s'est montrée également prodigue 
et qui doit, lui aussi, ressentir l'orgasme, intérieurement toutefois. 
Les vieux préjugés concernant la sexualité infantile doivent être 
abandonnés. On commence à prêter attention à la sensibilité 
génitale. 

L'analyste n'épargnera pas les explications* s*écartant consciem- 
ment, sur ce point, de l'attitude purement expectative qui doit être 
sienne (1). Le clitoris, en tant qu'organe masculin, passera, pour Je 

(1) Voir HitsChmaNn : « A propos d*un complément pratique du. traitement 
psychanalytique de l'impuissance et de la frigidité ». Zeitsehrift fin Psychothé- 
rapie, 1928. 



JLA 1 RKilDlTÉ DE LA 1EMMË 295 



moment du moins, au deuxième plan, et l'on devra s'abstenir d'y 
toucher. On comprendra que les organes génitaux disposent de 
nui scies» Nous savons qu'au cours de révolution, les fonctions de la 
bouche et de l'anus (rétention) sont accaparées par le vagin, La 
malade, qui avait coutume de contracter son sphincter anal, se livra 
au même jeu pour le vagin. C'est ainsi que se développe peu à peu 
le désir de l'immixtion* En concentrant ses mouvements psychiques, 
ses propres sensations de volupté, elle fait naître et se développer 
le désir de l'immixtion, la volupté de la friction, enfin couronnée 
par l'orgasme* C'est un nouveau monde qui s'ouvre à elle. La fémi- 
nité au lit, pendant l'acte sexuel, n'entrave en rien sa virilité dans 
les efforts de sa profession, ni même dans sa lutte pour la préémi- 
nence dans sa vie conjugale, tandis que le sentiment de la commu- 
nauté dans le mariage, le sentiment de l'unité du « nous » et le 
besoin de vivre « l'un pour l'autre » vont grandissant. L'intérêt de 
la femme pour son ménage et pour sa profession arrivent à se con- 
fondre. L'identification avec sa mère et son père suivra un cours 
parallèle. La femme appréciera les mérites de son époux à leur 
juste valeur, 

La satisfaction donne le contentement, le contentement rend géné- 
reux. Tous les rapports avec l'entourage seront empreints d'indul- 
gence, deviendront compréhensifs. Les sentiments de vengeance et 
de déception envers le père s'atténueront, En effet, si, grâce à l'ana- 
lyse, on a appris à connaître le rôle du destin dans son propre déve- 
loppement* on comprendra que ce sont leurs prédispositions et les 
circonstances dans lesquelles s'est déroulée leur première enfance 
qui ont fait des autres, et parmi ceux-ci de nos proches, ce qu'ils 
sont, 

La psychanalyse a réussi, dans ce cas, à transformer du tout au 
tout' une femme malheureuse, mécontente et acrimonieuse, en lui 
^donnant le rayonnement du bonheur, la fierté de sa maternité* en 
la délivrant de son sentiment d'infériorité et de son inhibition au 
travail. Cette union branlante, que guettait l'adultère, a fini par 
donner aux deux partenaires les plus complètes satisfactions. 

Ainsi, une personnalité aigrie*, qui se sentait rabaissée et inhibée 
flans son développement, atteignit enfin son plein épanouissement. 

Une femme affligée de frigidité vaginale, lorsqu'elle est débar- 
rassée de son inhibition, devient un être sociable, un membre pré- 
cieux de la communauté. 



296 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



* 



Cas B 

Une Russe de vingt-huit ans a recours à l'analyse pour se guérir 
de sa frigidité. Mariée depuis sept ans, elle restnit parfaitement 
insensible pendant les rapports sexuels ; elle ne permettait pas les 
actes préliminaires. An début, elle avait bien supporté cette frigi- 
dité. Pendant les derniers mois qui précédèrent le traitement, elle 
éprouva du dégoût pour son mari pendant le coït. Se sentant dans 
^obligation de lui faire -crofrre» parce qu'elle dépend de lui matériel- 
lement, qu'elle ressent quelque chose pendant l'acte, elle toléra de 
moins en moins son état. Durant les rapports, son vagin restait 
tout à fait sec. La seule pensée qui l'occupât était : « Pourvu que 
ce soit bientôt fini ! « Pendant l'orgasme de son mari, elle était en 
proie à des sentiments oscillant entre la colère, l'ennui et la dépres- 
sion. Cet état n'a fait qu'augmenter depuis le début de son ma- 
riage* 

C'est à dix-huit ans que la malade fit la connaissance de son 
futur époux. Ses parents, .son père surtout, témoignèrent de l'hos- 
tilité à ce prétendant, Mais la malade se donna à lui et entreprit, 
pour l'épouser, une lutte longue et acharnée. Le don de sa per- 
sonne revêtit à ses yeux le caractère très net d'un acte d'opposition* 
Elle ne peut donner que de vagues détails sur la défloration. L'hos- 
tilité que les femmes de ce genre éprouvent envers l'homme semble 
avoir été masquée, chez elle, par la joie qu 3 elle ressentait de tenir 
tête à ses parents. Par suite de circonstances fortuites, ceux-ci quit- 
tèrent la ville. L'ami fut envoyé dans une petite localité éloignée, 
La malade resta seule dans sa ville natale, alors qu'elle se trouvait 
enceinte. En cachette de ses parents et de son ami, elle se fit si 
malencontreusement avorter qu'elle faillit succomber à une hémor- 
ragie, ce qui détermina chez elle une annexite dont elle souffre 
encore aujourd'hui et qui Ta rendue stérile. Chaque changement de 
température, chaque effort sportif ou autre lui occasionnent des 
douleurs, et elle accompagne chaque crise douloureuse de mauvaise 
humeur, de reproches envers l'homme, coupable sans le savoir. 

La malade est une jolie femme, un peu timide et retenue, très 
narcissiste et intelligente. Sensible à l'excès, elle se qualifie parfois 
elle-même de « mimosa », Quand elle sort de ses gonds, on remar- 
que qu'elle est très agressive intérieurement, qu'elle se croit tou- 



— ^i— — ****^^^^»^^^^"» Il ■ h— ^ ^^^^^^^^1— »^^^^^*M« 

LA FRIGIDITÉ DE LA FEMME 297 



jours désavantagée et recherche constamment un prétexte à se sen- 
tir offensée. Elle sait traduire en termes très acerbes son agressi- 
vité orale, ' 

Voici ce que nous savons de sa vie : elle était l'aînée des enfants 
et, jusqu'à la naissance d'un frère, venu trois ans et demi après elle, 
fut très gâtée par ses parents. Cependant, ils ne lui cachèrent pas 
qu'ils avaient souhaité un iîls + Son père, souvent retenu hors de la 
maison par sa profession, avait coutume de lui dire ; < Mais tu 
n'es qu'une fille ! » L'expérience psychanalytique nous a appris 
ou die influence décisive Ja déception des parents de n'avoir « qu'une 
fille » peut exercer sur le développement de celle-ci : il détermine 
l'abandon inconscient du rôle féminin, conduit par là même à la 
frigidité et peut, comme cela se rencontre souvent, provoquer une 
névrose (1). 

La naissance de son frère transforme entièrement la situation de 
la malade dans la maison paternelle. La petite chérie gâtée par ses 
parents, quoique avec réserve, se voit reléguée au rang d'une Cen- 
d ri lion. La joie marquée et la fierté de son père à la venue de ce 
fils si désiré fut pour l'enfant un grand tourment. Sa mère, qui avait 
d'ailleurs une vie conjugale malheureuse, — - son époux était d'une 
infidélité notoire, — avait vu dans cet enfant mâle la seule possi- 
bilité de retenir son mari à la maison. Elle consacrait son amour au 
petit garçon, et quand sa fille se plaignait, se contentait de lui 
répondre impatiemment : « Mais tu es déjà grande ; sois donc rai- 
sonnable ! » Qunnt à son père, la jeune jfille n'entendit de lui que 
les vieilles sornettes sur la supériorité des garçons et l'insignifiance 
des filles. Et maintenant, il ne s'agit plus de considérations théo- 
riques, mais de faits quotidiens* On permet au garçon tout ce que 
Ton refuse à la fillette, Celle-ci en est très mortifiée et s'abandonne 
à une haine fortement agressive. Cette attitude à l'égard de son 
frère, qu'elle aime cependant, détermine encore son comportement 
au début de l'analyse. Son frère a une amie qu'il a introduite à la 

- 

0> Dans un autre cas qui ne subit qu'une courte analyse, 1a malade appar- 
tenait à une famille d'officiers. Son père — un officier supérieur — se trouvait, 
au moment de la naissance de Ja fillette, en garnison dans une région soumise 
à l'inspection d'un membre de la famille impériale. Le prince avait consenti à 
devenir ïe parrain de l'enfant, a la condition que ce fût un garçon. La naissance 
d'une tille, notre future malade, fut pour te père un coup très dur, ne fût-ce que 
par l'atteinte qu'elle portait à sa carrière* La malade fut élevée en garçon* Les 
conséquences se traduisirent par une névrose grave. Chose curieuse, la malade 
avait l'aspect d'un bel ephebe. 



S93 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



maison. Sa mère, pourtant si prude d'habitude, et son père* sur- 
moral, — pour les autres, — l'acceptent» et tous deux prennent la 
chose tranquillement, La malade en est outrée* Elle rappelle à ses 
parents leur manière d'agir envers son fiancé auquel ils avaient 
interdit leur maison, et exprime ses plaintes en ces termes : « Bien 
entendu, c'est parce que c'est un homme ! » 

Son père était bambocheur, buveur, mais bonasse, aux allures de 
pacha, et restait rarement à la maison. Toute la famille, y com- 
pris notre malade, depuis l'âge de quatre ou cinq ans, savait qu'il 
trompait sa femme ; celle-ci lui faisait de violentes scènes de jalou- 
sie. Son père, durant un de ses écarts de vie conjugale, attrapa la 
vérole. C'était après la naissance des enfants. On les fit examiner 
régulièrement et avec le plus grand soin (examen du sang et du 
liquide céphalo-rachidien), et on les reconnut exempts de syphilis. 
La mère de la malade était une femme qui repoussait la sexualité ; 

elle avait toujours Pair chagrin et prêchait sans relâche à sa fille 
la haine et le mépris des hommes. Elle était fière d'être frigide et 
représentait à sa fille, même assez tard, les rapports sexuels comme 
une habitude dégoûtante, inventée par les hommes pour leur propre 
plaisir et pour abaisser la femme- Elle écartait de temps en temps 
les lits conjugaux l'un de l'autre et faisait dormir sa fille, quand 
elle était enfant, dans sa chambre à coucher, afin que son mari la 
laissât en paix. Son père s'opposait avec énergie à cette manière 
d'agir. Dans son. enfance, la malade fut souvent témoin des rap- 
ports sexuels de ses parents, et elle considérait — consciemment 
— - son père connue un « cochon », tout en méprisant sa mère. 

Au début, la malade ne veut pas se souvenir de sa masturbation 
infantile. Plus tard, elle cède et se rappelle que son père Pa un 
jour surprise en train de se masturber. Quand elle vit sa mère — 
sa principale éducatrice, de qui émanait la défense de se mastur- 
ber — en train de le faire elle-même, sa « croyance » en la justice 
humaine, et surtout en celle de sa mère, fut profondément ébran- 
lée. Elle avait été frappée par les yeux révulses de sa mère, sans 
doute surprise au moment de Porgasme. Une autre fois, elle avait 
vu, alors que sa mère essayait une robe, son père lui glisser la main 
sous les jupes en faisant des yeux polissons. 

A la puberté, elle reprit l'habitude de se masturber, Elle fit bien- 
tôt la connaissance de celui qui devint son mari, après de longs 
conflits avec ses parents et un avortement provoqué. Le jeune mé- 



LA FRIGIDITÉ DE LA FEMME 299 



nage, dans les -premières années, se trouva en proie à de graves dif- 
ficultés matérielles. Elle admettait le mariage jusqu'à l'acte sexuel. 
Une chose la met en rage, c'est quand son mari se croit des droits 
supérieurs parce qu'il est un homme. Des conflits surgissent pour 
des vétilles. Le sentiment d'être désavantagée va si loin quelle con- 
sidère comme une injustice que son mari se trouve dessus dans 
l'acte sexuel. Une autre source de conflit, c'est l'-annexite dont elle 
rend son mari responsable. D'ailleurs, elle fait dater sa frigidité de 
l'époque qui suivit Tavorteihent. Cela est inexact, puisqu'elle n'avait 
eu auparavant que trois fois des rapports et qu'elle ne pouvait rien 
éprouver, pour des raisons physiologiques. 

L'analyse, qui dura quinze mois et qui aboutît à la guérison, évo- 
lua de la manière suivante ; La malade se montre tout d'abord 
sceptique. Elle avait décidé de se faire analyser parce qu'elle n'y 
* tenait plus », ce qui ne prouve cependant pas qu'elle pensât pou- 
voir attendre nue aide quelconque du Irai te ment, surtout d'un trai- 
tement sans médicaments. Pouvait-on lutter contre îa frigidité avec 
des mots ? Lorsqu'on lui objecte que l'analyse n'est pas une suite 
de mots, mais une manière de rendre conscients, par une méthode 
spéciale, des processus inconscients, et donc affectifs, elle répond : 

ri 

« Je ne comprends pas* » Au cours des premières séances* elle se 
montre très réservée, presque timide, et a la tendance à discuter 
avec le médecin. À la demande de celui-ci, elle raconte sa vie et ne 
cesse de faire ressortir son mépris total de îa sexualité- D'après 
elle, tout ce qui est sexuel est une cochonnerie, La femme est dimi- 
nuée par le coït. Ce disant, elle donne l'impression d'un être par- 
faitement convaincu de ce qu'il dit* Nous la rendons attentive au 
fait qu'elle a une attitude de défense tout à fait superflue, puisque 
personne ne l'a encore contredite. Elle réplique alors que beaucoup 
de médecins, sous l'influence de Freud, ont de la sexualité une 
autre opinion qu'elle et qu'ils la considèrent comme une chose 
naturelle. EHc ajoute qu'elle ne peut céder sur ce point. Sa défense 
inconsciente, sa résistance se dissimulent sous des citations, des 
opinions de sa mère et d'autres autorités* Elle revient sans cesse 
à son aversion pour tout ce qui est sexuel et se moque du type de 
la femme qui s'abandonne à l'homme. C'est ainsi qu'elîe considère 
une sienne voisine, capable d'orgasme, comme un exemple mépri- 
sable de « femelle ». Elle passe très vite à l'offensive et interpelle 
le médecin au sujet de ses opinions sur la sexualité, L + analyste est 



300 REVUE FRANÇAISE LE PSYCHANALYSE 



d'avis que la sexualité est une chose absolument naturelle et pro- 
pose d'analyser la raison pour laquelle la malade la rejette. Elle 
répond : « On ne peut pas discuter sur des axiomes » et cite 
Tolstoï : « Vivez chastement, tout ce qui est sexuel, c'est Pinçon- 
duite des grands enfants, » La malade retourne ainsi la pique et 
propose d'analyser pourquoi l'analyste a des opinions aussi « mor- 
bides ». « Pataugez dans ce bourbier ! » Au bout d'environ dix 
jours d'analyse, elle se trouve dans une position fortement agres- 
sive, Elle commence à se moquer de l'analyste (elle demande, non 
sans méchanceté, si c*est parce qu'il est myope ou pour paraître à 
son avantage qu'il porte des lunettes). 

Elle est particulièrement furieuse de ce que l'analyste n'approuve 
jamais les opinions qu'elle émet avec tant d'affect, et l'incite 
toujours à analyser pour quel motif inconscient elJe se range à tel 
ou tel avis. Elle qualifie le comportement du médecin de « vraie 
arrogance masculine ». 

L'analyste a prévenu la malade qu'elle doit raconter ses rêves, 
parce qu'ils renferment en une langue secrète (en symboles) des 
désirs inconscient Elle se rit de cette affirmation, et raconte 
néanmoins divers rêves qui montrent son attitude agressive envers 
l'homme. 

Elle va se promener dans la forêt avec sa mère pour cueillir des 
champignons ; elle se réveille avec dégoût. 

Autre rêve ; elle veut manger une pomme qui se transforme en 
un rognon de porc- Elle a dans la bouche un goût nauséabond. 

Fait typique» il en allait pour elle comme pour beaucoup de 
femmes hystériques : elle remplaçait, dans les rêves, les choses 
sexuelles par des images d'aliments (prunes, fraises, pommes, sucre- 
ries, chocolat). On peut parler ici d'expression du sadisme oral. 
Comme il s'agissait de symboles sexuels, une pensée de la malade 
(qu'elle exprima, il est vrai» bien plus tard), prouva qu'elle dési- 
gnait très souvent les organes génitaux masculins par ïe terme de 
« cbainpignonnet ». Elle avait remarqué elle-même que, tout en 
traitant la sexualité de cochonnerie, elle avait rêvé de cochon. 

Ce rêve nous renseignait sur ses relations avec son entourage, 
pendant son enfance. Elle débutait toujours par ces mots ; « Quand 
j'étais une fillette, chez nous, à la maison. » 

Citons encore un type de rêve qui, dès le début du traitement, 
nous dévoila l'agressivité intérieure vraiment incroyable de la ma- 



LA FRIGIDITÉ DE LA FEMME 301 



lade. Des villes entières étaient détruites, des foules innombrables 
périssaient assassinées. La malade elle-même était consternée de sa 
cruauté. Nous montrerons plus loin comment ces rêves, dans les 
couches plus profondes, devaient être interprétés par symbolisme 
sexuel, et qu'il fallait voir, par derrière, ridée sadique infantile de 
Pacte sexuel. 

Suivent des rêves qui, sous le travestissement du transfert, tra- 
duisent son rapport positif inconscient vis-à-vis de son père (1). 

Avant de raconter ces rêves, la malade s*agite et se risque à 
demander si le médecin n'exploitera pas la situation* Comme le 
transfert devient une résistance, les rêves de transfert doivent être 
interprétés. I) faut montrer à la malade que la personne réelle du 
médecin importe peu en ce qui concerne Faiïect» que le transfert 
n'est qu'un phénomène habituel de l'analyse. Ce phénomène est 
indépendant des qualités effectives et du sese du médecin. D'autre 
part, la réactivation, dans le transfert, des désirs infantiles* ainsi 
que l'interprétation de la résistance inconsciente et la connaissance 
tfu matériel inconscient, constituent précisément Vêlement de gué- 
ri son. 

La malade nie ces deux choses : les désirs inconscients positifs 
envers son père et la répétition de ce désir dans le transfert. « Pour 
ce qui est de mon père, c'est insensé ; quant au transfert, c'est la 
manie masculine typique des grandeurs ! » Elle baisse le caquet 
quand ses rêves deviennent vraiment significatifs. Elle réagit à 
l'aide d'une théorie et d'une agression* Voici la théorie « scienti- 
fique > ; elle ne peut pas se représenter que l'inconscient (2) puisse 
être plus fort que le conscient, en admettant que cet « organe hypo- 
thétique » existe vraiment* 

« Comment nuis-je avoir des désirs sexuels inconscients, et sur- 
tout pour mon père, que je méprise comme un pourceau, puisque 



{!) En psychanalyse, on appelle transfert ce fait, découvert par Freud, que 
]e malade répète, sur une personne quelconque* les conflits affectifs non résolus 
qu'il avait eus avec certaines personnes pendant son enfance. L'analyste est 
identifié avec ces personnes. Il est aussi peu responsable des sentiments positifs 
ou négatifs qu'il inspire que ne l'est, suivant un mot heureux d'Anna Freud., 
l'écran du cinéma des images projetées sur lui. 

(2) Dans l'exposé de ces cas, nous avons été contraints de simplifier quelque 
peu, pour les rendre plus compréhensibles, les processus compliqués de l'ana- 
lyse. Ce qui est désigné ici par le terme d'inconscient correspond au ça de la 
personnalité, liais le surmoi, lui aussi, est inconscient, ainsi qu'une partie du 
moi. 



^1^^ 



302 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



tonte pensée sexuelle me donne des haut-le-cœur ? » L'agressivité 
mcpsisante, qu: est une résistance» culmine quand la malade con- 
sidère que le médecin n'est pas un homme. « Pourquoi ètes-vous là„ 
assis dans votre fauteuil de grand père, comme une vieille femme ? 
Il ne vous manque plus que de tricoter des chaussettes. » On lui 
montre, en lui faisant connaître les faits fondamentaux du com- 
plexe d'Œdipe, qu'elle réagit à tout renoncement par la plus grande 
agressivité à regard de l'homme^ et qu'elle le châtre par ven- 
geance. Voilà pourquoi elle dit que le médecin n'est pas un homme. 
Et voilà la cause de son rêve du champigiionnct où elle châtre éga- 
lement l'homme. L'analyste attire l'attention de la malade sur une 
contradiction : d'une part elle craint qu'il n'exploite la situation» 
et, d'autre part, comme il n'en profite pas et se comporte « correc- 
tement », elle se moque de lui en l'appelant « vieille femme ». 
L'analyse doit se faire dans le renoncement. La malade avoue, 
dans un moment de détente, que « L'Homme hoileux », de Tôlier* 
lui a beaucoup plu, et elle demande, résignée, si vraiment on ne 
peut vivre sans activité sexuelle. On démontre à la malade qu'elle 
ne vit pas sans activité sexuelle, que c'est justement elle qui, comme 
dans toute névrose, s'exprime dans des phantasmes inconscients et 
provoque sa maladie. En même temps, on analyse ses tendances 
surmorales en lui prouvant leur caractère de compensation* Cette 
moralité la défend contre ses désirs sexuels inconscients. La malade 
se montre profondément déprimée : « Ainsi, je ne suis pas la femme 
convenable que je croyais être ! » 

Suivent des rêves de fuite dans lesquels elle cesse l'analyse. Enfin, 
elle propose un arrangement « à l'amiable ». Elle poursuivra son 
analyse, pourvu que l'analyste se conforme à deux conditions : il 
renoncera d'abord à analyser les rêves, et, deuxièmement, à exiger 
l'observance des « règles analytiques fondamentales », r/est-à-dire 
à l'obliger à énoncer toutes les choses qui lui passent par la tête 
durant les séances. « Ce qui est terrible, c'est qu'il faille penser à 
des tas de choses et (jue ces choses soient toutes pénibles. » Nous 
montrons que l'observance des règles est inéluctable, l'analyse 
n'étant possible qu'à la seule condition de suivre les règles fon- 
damentales. Nous ne pouvons donc lui « faire cadeau de quelques 
pensées ». Nous citons une parole prononcée par Freud dans un cas 
analogue : le malade pourrait aussi bien exiger de l'analyste le ca- 
deau de quelque chose qui ne lui appartienne pas, d'une comète, 



LA FRIGIDITÉ DE LA h^MME 303 



par exemple, La malade réagit de nouveau par des agressions : « Je 
voudrais vous enfoncer mes ongles dans la figure, vous arracher vos 
lorgnons ; je voudrais vous faire saigner. » Ensuite, en manière de 
compromis, elle s'imagine qu'elle ligote l'analyste ; de même, après 
ses phantasmes cruels, elle traite avec tendresse et affection 
l'homme qu'elle avait maltraité en imagination. Cela revient à dire 
que l'homme châtré est accepté et rentre en grâce (voir l'idée con- 
cernant « L'Homme boiteux »). 

La malade entre alors dans une phase d'auto-accusation. Elle est 
faible, Pînconscient c'est bon pour les débiles* Un jour, elle trouve 
moyen de se sortir de dilemme en décrétant simplement : « Il n'y 
a pas d'inconscient. Freud s'est trompé. Les grands hommes eux- 
mêmes se trompent, » En dernière cartouche, elle s'écrie triompha- 
lement : « D'ailleurs, l'inconscient* c'est aussi une invention mas- 
culine. C'est un fait significalrf que Freud soit un homme— » 

Dans les séances suivantes, elle raconte des rêves qui montrent 
bien qu'elle n'a pas compris le sens sadique qu'elle a donné, enfant, 
au coït. Dans ces rêves* les femmes sont tourmentées, humiliées, 
maltraitées. Bref, ce sont là des phantasmes hystériques typiques de 
viol* Elle les vît avec tant d'intensité dans le rêve, que, le matin, 
elle s'éveille couverte d'égratignures. Dans ces phantasmes de viol, 
elle jôue> d'une manière typiquement hystérique, tantôt le rôle de 
l'homme, tantôt celui de la femme* Elle se souvient des sentiments 
qu'elle éprouvait en voyant et en entendant le coït de ses parents. 
Elle pensait que son père faisait à sa mère <f quelque chose d'épou- 
vantable », Elle interprétait la défense de sa mère comme une résis- 
tance à une douleur qui lui était infligée* En outre, elle ne com- 
prenait pas les taches de sang qu'elle voyait dans le linge de sa 
mère quand celle-ci avait ses règles, et se les expliquait comme une 
preuve de la justesse de sa conception. De là, elle put passer aux 
désirs sexuels inconscients de la phase œdipienne. Elle se souvint 
d'avoir proposé à sa mère, qui se plaignait de son père, de changer 
de chambre avec elle et de prendre sa place dans le lit conjugal, 
Elle doit avouer qu'elle se mit en colère lorsque son père refusa 
cette offre et fit avorter, son projet. Comme toujours, il s'ensuivit 
une période de résistance entêtée. La malade rejette tout ce qu'elle 
avait déjà accepté et reprend la lutte contre la règle de s'abandon- 
ner à ses associations. Elle ne peut se laisser aller, dit-elle, et sur- 
tout pas sur Y « ordre » d'un homme. Elle interprète faussement 



99» 



304 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



l'obligation de tout dire pendant les séances comme un « comman- 
dement » contre lequel elle se révolte. Au fond d'elle-même, elle 
éprouve une volupté masochique à Vidée de devoir tout dire, comme 
si cela équivalait à un viol. Elle avoue avoir constaté que, lors- 
qu'elle se laissait aller à des représentations inconscientes, elle pen- 
sait à des choses sexuelles ; c'est précisément ce qu'elle ne voulait 
pas. Elle devient 1res nerveuse, ne supporte plus le coït avec son 
mari et aimerait surtout le battre. Lui, peu psychologue, et qui, dans 
son narcissisme masculin, ne comprend rien au dégoùl de sa femme 
(il le considère tout au plus comme de la méchanceté et comme un 
manque de tendresse), lui demande, juste pendant le coït, si elle 
est aussi au septième ciel* « J'étais si en colère, dit-elle, que je 
l'aurais tué. » 

Apres avoir surmonté de longues résistances, elle admet être 
inconsciemment attachée à son père. Ce qu'il y a pour elle de trou- 
blant dans cet aveu, c'est la discordance entre ses désirs conscients 
et ses désirs inconscients. Consciemment, elle méprise son père 
comme un cochon. « Mon père a montré à mon mari des images 
pornographiques. .Peu ai été horriblement indignée, » Nous avons 
dît plus haut que la surmoralité de la malade l'avait préservée de 
ses désirs inconscients. Nous allons préciser comment : ses désirs 
inconscients se rapportent à son père (en partie aussi à son frère). 
Il est vrai que la forme en est des pins ambivalentes : elle veut tout 
à la fois> comme sa mère, être sadisée pnr son père (phantasme de 
viol), châtrer ce père, et, par suite, être elle-même un homme. 

Elle doit réviser toute son attitude vis-à-vis de son frère, de son 
père et de sa mère. D'où une nouvelle période de résistance aiguë 
qui dure plusieurs semaines. Elle se sert des arguments suivants : 
elle est déjà dans sa trentième année ; dans quinze à vingt ans elfe 
atteindra Ja ménopause. N'est-ce pas inutile de la guérir de sa fri- 
gidité pour un si court laps ? Ou bien : a Elle ne peut pas se figu- 
rer qu'elle sera capable de ressentir quelque chose pendant le 
coït. » ». «■ C'est comme si vous me conduisiez devant un cloaque* 
et que vous me disiez : * Voilà ce dont vous aurez un jour envie, > 
Elle réagit par un violent accès de colère lorsque je lui parle, à ce 
sujet, de ses conceptions infantiles anales du coït. Nous décou- 
vrons alors un fait typique : c'est que, dans son enfance, elle a 
ignoré l'existence du vagin et s'imaginait que l'homme introduisait 



— ^ ^ ■■ ■ bu III I I I I I I | ^ UAAAAhAAA&Bl _ nH ^ h ^ 



LA FRIGIDITÉ DE LA FEMME 305 



^— ^— ^***j 



son pénis dans l'anus* et, naturellement aussi, dans la btiuche (1). 
Ce dernier phantasme avait été tout à fait refoulé et chargé du 
dégoût le plus violent. L'apparition du désir rio fellation dans les 
rêves constituait l'un des arguments les plus forts pour conduire la 
malade à capituler devant la puissance de l'inconscient et devant 
Pidée qu'en elle sommeillaient « <U â s désirs obscurs qui ne devaient 
jamais voir la lumière du jour » + 

Dans la période suivante, elle apparaît dans ses rêves comme un 
homme porteur d'un pénis» très cruel, et qui châtre les femmes. Elle 
s'identifie donc à l'homme* « Voilà qui devient de plus en plus 
beau ! », dît-eïle sarca'stiquemeiit, et elle montre, en se plaçant au 
point de vue esthétique, que l'homme est une statue ratée. Nous 
constatons bientôt que cette conception est la projection du fait que 
la malade se considère elle-même comme ratée, c'est-à-dire châtrée* 
Dans ce débat esthétique, l'analyste se défend en disant que la 
psychanalyse n'a pas grand'chose à voir avec l'esthétique, mais> par 
contre, beaucoup avec les désirs de pénis de la femme, 

La malade se rappelle, et donc accorde, qu'elle a beaucoup souf- 
fert comme enfant de n'avoir pas de pénis. (Elle s'était convaincue 
de la différence des sexes en regardant son frère*) Elle a d*abord 
réagi par le sentiment d'être désavantagée, puis par une agressi- 
vité marquée* Elïe serrait si fort son frère contre elle que, si sa 
mère n'était pas survenue, elle l'eût étouffé. Un jour, « par hasard », 
elle laissa tomber le nourrisson. 

Sa masturbation infantile était une masturbation clilorîdienne, 
c'est-à-dire masculine, puisqu'elle considérait son clitoris comme 
un pénis. Lorsque vinrent s'ajouter à cela des sentiments de culpa- 
bilité à cause des phantasmes dont elïe se servait pour la mastur- 
bation, elle eut un phantasme caractéristique : elle avait été châ- 
trée, était venue au monde désavantagée par sa mère* De plus, elle 
considère la petitesse du clitoris comme une punition de sa mas- 
turbation. Ceci nous fournit la possibilité de parler des relations de 
. la malade avec sa mère* 

Son attitude à l'égard de cette dernière était surdéterminée. Con- 

(1) Dans son enfance, il y eut une phase dans laquelle elle avait considéré sa 
colonne fécale comme un pénis et se persuadait ainsi qu'elle aussi était un 
homme. Ses phantasmes anaux étaient combinés à des phantasmes oraux ; c'est 
pourquoi le « grand X » de ses rêves lui offrait si souvent du chocolat. De plus* 
i'ile avait aussi des phantasmes de conception et de naissance anales. 

PEVUË FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE, $ 



3UB REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



sciemment, la malade* du moins pendant un certain temps, entre- 
tint de bons rapports avec sa mère et s'accordait avec elle pour 
repousser et mépriser la sexualité. Il se dissimulait là derrière une 
attitude résolument haineuse, datant de répoque oedipienne où sa 
mère était sa rivale auprès de son père* D'autre part, elle s'identi- 
fiait à cette mère. Enfin l'enfant, par peur de ses propres phan- 
tasmes de viol, phantasmes qui se rapportaient à son père, s'était 
réfugiée auprès de sa mère, s'était secondairement identifiée à son 
père et avait pris sa mère comme objet sexuel inconscient. D'autre 
part, elle ne voulut pas croire qu'elle entretenait aussi» inconsciem- 
ment, de mauvaises relations avec sa mère. Pourtant, des rêves con- 
firmèrent ce fait, qui traduisaient dans le transfert ses relations 
avec sa mère ; elle identifie parfois l'analyste avec celle-ci, ainsi 
que le prouve cette réflexion : « Vous êtes assis comme une vieille 
femme dans votre fauteuil de grand-père- Il ne vous manque plus 
que de tricoter des chaussettes. » 

La malade rejette de nouveau les interprétations analytiques. Les 
résistances augmentent et, un jour, elle attrape son analyste avec 
violence en s'écriant : « De quel droit recevez-vous mon mari der- 
rière mon dos ? » L'analyste déclare, ce qui est vrai, qu'il ne le con- 
naît même pas. Elle s'obstine dans son dire» donnant de son soup- 
çon l'explication suivante : pendant la dernière séance, nous avions 
parlé du fait qu'elle mettait comme condition absolue au coït qu*il 
se passerait dans une chambre complètement obscure. Elle explique 
la nécessité de cette condition, entre autres motifs, par la gêne 
qu'elle éprouve d'avoir des organes génitaux estropiés. Le même 
jour, son mari avait, paraît-il, refusé d'éteindre la lumière au début 
du coït, et déclaré qu'il voulait « étudier son visage », Gomme elle 
ne croyait pas à la télépathie, seul le médecin avait pu lui donner 
ce « tuyau ». L'analyste répond qu'en pareil cas on ne peut guère 
parler de télépathie* Il pourrait s'agir là d'une simple coïncidence, 
ce qui est le plus probable* La malade avait elle-même provoqué 
cette scène par quelque remarque. Elle est si méfiante qu'elle 
cherche dans toute la pièce, regarde derrière les rideaux si son mari 
n'y est pas caché. Fait plus important, elle avoue une chose qu'elle 
avait soigneusement tue jusqu'ici : elle a l'impression que des yeux 
étrangers F observent. Cette sensation, elle l'éprouve depuis plu- 
sieurs années, pendant les rapports sexuels et quand elle « s'aban- 
donne à ses pensées » (il faut préciser « à ses pensées sexuelles »). 



la frigidité de la femme 307 



_•_ >_i 



Elle avait vu ces yeux pour la première fois plusieurs années avant 
le début de l'analyse, un jour qu'elle était allée entendre une con- 
férence d'un gynécologue qui avait parlé avec une sérénité toute 
scientifique des choses sexuelles. Ces yeux n'étaient pas à propre- 
ment parler réels ; elle avait l'impression qu'elle était observée par 
derrière (il s'agit toujours d'yeux « masculins », et, depuis le début 
de l'analyse, de ceux du médecin). Elle déclare, avec dissimulation, 
bien savoir qu'il s'agit d'une « imagination »* Ces yeux la regardent 
toujours avec un air moqueur et disparaissent au bout de peu de 
temps. Elle en éprouve une impression de malaise plutôt que de 
peur. 

Il s'agissait donc là d'une hallucination hystérique qui avait pour 
elle une valeur de réalité, Ce fait comportait de multiples explica- 
tions. Les yeux représentaient tout d'abord la partie du surmoi 
projetée au dehors {la partie inconsciente de la conscience morale), 
de la propre personnalité de la malade. Cette partie de la conscience 
morale avait l'air de dire ironiquement ; « Tu n'es pas du tout 
aussi morale que tu en as l*air ! » C'est pour cette raison que cette 
hallucination n'apparaissait qu'au moment des rapports et des 
phantasmes sexuels. S'il s'agissait d'yeux masculins, c'est qu'elle se 
concevait comme homme dans son inconscient. Le choix des yeux 
comme représentants de la conscience morale était dû à plusieurs 
facteurs : 

a) A son voyeurisme, à son plaisir de regarder, qu'elle avait 
exercé dans son enfance en observant les rapports de ses parents 
et les organes génitaux de son frère. 

b) A deux événements fortuits : elle avait été frappée par les yeux 
« révulsés » de sa mère, alors que celle-ci se masturbait, et par les 
yeux polissons de son père tandis qu'il lui passait la main sous les 
jupes.. 

c) Les yeux eux-mêmes étaient un symbole sexuel déplacé de bas 
en haut et, comme le répète la littérature psychanalytique, un sym- 
bole bisexuel. Œdipe, déjà, s'était aveuglé, c'est-à-dire châtré, 

d) Maïs, comme cette partie du surmoi émanait génétiquement de 
l'image introjectée des parents, il s'agissait aussi bien des yeux de 
son père que de ceux de sa mère (et, dans le transfert, de ceux du 
médecin). La composante homosexuelle vis-à-vis de sa mère jouait 
un rôle très important. Il est difficile de dire comment, quant à la 
paranoïa, la vie de la malade se serait déroulée sans l'analyse. 



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308 ÏÎEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



e) Il y avait aussi un retournement des désirs de voyeurisme par 
suite des désirs inconscients de punition : si la malade avait observé 
ses parents pendant le coït, c'était maintenant sa propre vie sexuelle 
qui était observée par les parents introjectés et ultérieurement pro- 
jetés au dehors, En outre, son père ne l' avait-il pas surprise en train 
de se masturber ? Sous l'influence de cet incident, elle ne voulait 
«voir de rapports que dans l'obscurité. Autre cause encore : elle 
avait honte de son vagin comme d'une blessure (castration), 

/) L*œil lui-même était un « instrument» donc un objet du sa- 
disme » de la malade (Abraham)* Qu'on pense aux phantasmes 
sadiques sans mesure de la malade et à son désir d'arracher le lor- 
gnon du médecin pendant le transfert. Ses paroles, au cours des 
premières heures de l'analyse, avaient donc un sens, mais elles 
étaient, à ce moment-là, incompréhensibles. 

g) Enfin» les yeux vus en hallucination étaient une projection des 
yeux de la malade qui avaient observé le coït des parents, et la 
crainte de ces yeux était un déplacement de la crainte qu'elle avait 
éprouvée en observant ledit coït, alors qu'elle s'était identifiée à sa 
mère « sadiquement traitée ^ C'est là un mécanisme analogue à 
celui qui joue dans le cas de L'Homme aux Loups, de Freud- 
La résistance de la malade, tandis que nous interprétions cette 
hallucination, peut se traduire par cette phrase : « Comment vous 
contraindre à avouer que mon mari est venu vous voir ? » Voilà qui 
est une répétition du fait d'avoir été surprise par son père alors 
qu'elle se masturbait. Elle retourne la situation : c'est elle qui sur- 
prend son père (l'analyste) et qui est elle-même le père. Sa question 
est accompagnée de nouveau cTune forte agressivité : « Je voudrais 
vous battre» vous mordre, vous arracher les cheveux un à un, etc* » 
Ces agressions ont, entre autres buts, celui de masquer une grande 
surprise. Elle ressent des excitations dans les organes génitaux, 
« une drôle de sensation, plutôt une envie ». Et elle demande à 
nouveau, mais cette fois avec résignation : « N'y a-Nil pas moyen 
de vivre sans sexualité ? Nous pouvons bien vivre sans appendice ! » 
Nous demandons pourquoi elle compare la sexualité à l'appendice, 
c'est-à-dire à un organe que Ton peut enlever par une opération. 
Et cela nous amène à parler de ridée de castration, de la théorie 
infantile suivant laquelle Porgune génital féminin est une « bles- 
sure ». Très abattue, elle me raconte qu'elle a essayé de divers 
sports (tennis* ski, patinage) et de divers" 1 instruments de musique 



LA FRHiJtflTti DE LA FEMME 309 



{guitare,' mandoline). Pendant un temps, tout alla bien. Puis son 
frère la dépassa et, découragée, elle renonça à tout. Ce sentiment 
d'infériorité avait ses affects profonds dans la privation du pénis. 
Un jour, elle s'écrie : « Tout mon malheur provient de ce que je 
n'aie pas été un homme. » Son regret du pénis, elle le traduit tou- 
jours par des phantasmes où elle se rêve homme et par des pulsions 
sadiques vindicatives contre les hommes. Mais ces phantasmes de 
désir et de vengeance — à côté de la fixation incestueuse — cons- 
tituaient les plus grands obstacles à une volupté sexuelle normale. 
Nous faisons alors remarquer à la malade que la femme de sexua- 
lité normale doit avoir un certain degré de passivité et accepter 
psycbiquement le rôle sexuel féminin* et qu'elle-même paye chère- 
ment ses phantasmes sadiques de vengeance : elle les paye de sa fri- y 
pdité. Elle est très déçue* Elle voudrait à la fois conserver ses phan- 
tasmes de vengeance et éprouver l'orgasme. Sur le conseil de l'un 
de nous, elle consulté un médecin qui la renseigne avec précision 
sur l'anatomie et la physiologie des organes féminins, On constate 
à cette occasion combien elie était ignorante* 

Il faut classer aussi dans le groupe de ses représentations de 
castration l'action psychique exercée par Favortement. Pour la 
malade, Tavortement signifie une nouvelle castration et, par consé- 
quent, une offense grave causée à son narcissisme ; et cela, elle ne 
peut le pardonner à son mari, L' av or terne nt avait profondément 
endommagé son corps. Cependant, ce n'était pas ce préjudice phy- 
sique qu'elle lui reprochait, mais bien le préjudice moral : la cas- 
tration supposée. La preuve en est qu'après la réduction de son 
complexe de castration par l'analyse, elle resta auprès de cet 
homme et ressentit pleinement l'orgasme. 

La « sensation vague » qu'éprouvait la malade pendant l'acte 
sexuel se précise- Le développement de l'orgasme normal traverse 

quatre stades : 

■ 

1) Excitation sexuelle sans masturbation* 

2) Excitation sexuelle avec masturbation après le coït, mais, 
d'abord, sans satisfaction du coït* (« Je me fais l'effet d'une pros- 
tituée, d'une bête qu'on traîne à l'abattoir. ») 

3) Sécrétion des glandes génitales, éveil des sensations par les 
actes préliminaires ; l'apparition des contractions musculaires invo- 
lontaires fait disparaître l'excitation, 

4) Orgasme pendant le coït. 



=J 



310 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



€e développement mit bien des mois à se réaliser et ne se fit point 
d'une traite, À tout instant, des résistances, des rechutes et des 
aggravations venaient interrompre la « progression en ligne droite ». 
On ne saurait s'en étonner, étant donné la diversité et la complexité 
de Tétat d'âme de ces malades et leur désir inconscient de ne pas 
abandonner leurs phantasmes. 

C'est ainsi, par exemple, qu'à chaque progrès de la sensation 
génitale, l'agressivité sadique de la malade allait en augmentant : 
« C'est à mon mari que l'analyse portera profit ! C'est pour cet 
homme que je me serai guérie ! » Sa haine de l'espèce masculine 
était telle que la malade ne pensait nullement que ce fût pour elle 
qu'elle allait guérir. {Cette pensée exprimait en même temps le 
transfert qui n'avait pas encore été résolu à ce moment-là.) Ou 
bien encore, elle fit un jour un petit bonhomme de pâte, le farcit de 
confiture, le mit au four et** le mangea avec grand plaisir. Des exté- 
riorisations de sadisme oral de ce genre (avec phantasmes de fella- 
tion) furent pendant un certain temps à Tordre du jour. 

Pendant les derniers mois de l'analyse, on put observer parallè- 
lement deux tendances opposées : phantasmes de violences et agres- 
sivité sadique» qui se traduisirent tout d'abord par le transfert. 
C'est ainsi que la jnalade réagit à son premier orgasme par un 
accès de colère et par le phantasme suivant contre le médecin : la 
fontaine lumineuse de la place S..* est en action ; au haut du jet le 
plus élevé rôtit la tête tranchée de l'analyste. Mais ce phantasme 
fait déjà prévoir une certaine satisfaction génitale symbolique. 

La haine de l'homme se ralluma encore une fois sous la forme 
d*une plainte de ce qu'un homme — l'analyste — l'eût sauvée, 

Après avoir étudié les dernières résistances et avoir résolu le 
transfert, nous avons pu congédier la malade parfaitement suscep- 
tible d'orgasme. 

Le résultat — apparition de l'orgasme et disparition des « yeux 
qui la- guettaient » ■ — se maintient depuis trois ans. Dans toute sa 
manière d'être^ la malade se montre plus féminine et son caractère 
s'est favorablement modifié. 



. 1 



*«■ 



LA FBJGID1TÉ DE LA FEMME 3ll 



CHAPITRE V 

Prophylaxie et traitement de la frigidité 

Notx*e exposé fait ressortir déjà les divers points de vue relatifs 
à la prophylaxie de la frigidité sexuelle, dont jusqu'à présent on ne 
comprenait pas l'influence sur le bonheur, l'activité et la prise de 
conscience de la personnalité* 

Etant donné que l'éducation trop prude des jeunes filles, qui les 
oblige à trop de refoulements et omet ou diffère trop longtemps les 
explications sexuelles, joue ici un rôle capital, il y a lieu de faire 
intervenir la prophylaxie de la frigidité. Celle-ci correspond à une 
prophylaxie de la névrose, des déformations de caractère, etc. 

Des éducateurs instruits dans la psychanalyse sauront éviter 
d'ouvrir la voie aux phantasmes de virilité des fillettes dont les 
parents avaient souhaité des fils, et qui donnent à leur déception 
une tournure élégîaque, favorisant ainsi la mascuJinisatioii de leurs 
filles, auxquelles ils donnent par surcroît des noms d'amitié mas- 
culins. 

On ne pourrait guèrft expliquer aux fillettes avant la pu&erté 
que les organes génitaux féminins ont une valeur égale à ceux des 
hommes* mais il ne faut pas manquer de le faire à ce moment-là. 
. Il faut éviter de se laisser intimider par les questions relatives à 
la sexualité, ni surtout par la masturbation. Tout ce qui entretient 
les sentiments de peur et de culpabilité sera nuisible en ce cas. Si 
ïnoffensive et inévitable que soit la masturbation infantile, iï ne 
faut pas oublier qu'une exagération de la masturbation clitori- 
dïenne après la puberté, de même que celle de l'attouchement du 
clitoris par le partenaire, barre le chemin à l'excitation des organes 
féminins internes* 

L'être qui vivra ses premières amours et entrera dans le mariage 
bien instruit et conseillé, et pour qui les premiers rapports sexuels, 
seront empreints de tendresse et d*affection, surmontera les désil- 
lusions des premières nuits, grâce au savoir et à la puissance de 
son partenaire. C'est à celui-ci qu'est confié, aussi, le développe- 
ment de la destinée sexuelle de la femme. Mais lorsque l'ignorance, 
un faux savoir, des restes d'inhibitions infantiles, une identification 
mal orientée, des névroses, des perversions et d'autres états psy- 



312 HE VUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

chiques risquent d'entraver perpétuellement la vie sexuelle, il sera 
bon — sans attendre que la mauvaise humeur et la déception aient 
troublé l'harmonie, ou qu'il se soit déclaré un penchant pour un 
autre homme — d'avoir recours à temps à la psychanalyse. 

Etant donné la durée du traitement psychanalytique, sur le con- 
seil d'un gynécologue on essaye parfois, avant de l'entreprendre, si 
une naissance, des indications et des instructions médicales, un 
changement de position, ou même l'absorption d'hormones (1), ne 
peuvent apporter de secours pendant les rapports sexuels. Une 
femme inhibée, de moralité douteuse, essayera même V adultère, et 
cela sans succès. L'emploi prolongé de ces moyens, de même que la 
déception mutuelle, ne peut être que malfaisant ! 

Si c'est par un autre homme que le plaisir a été procuré, il sera 
bien difficile, ensuite, de satisfaire le premier. Les choses ne sont 
point du tout aussi simples dans la réalité que dans le roman de 
Maurice Martin, Amour, terre inconnue, où la femme, après avoir 
éprouvé des joies avec son amant, finit par en ressentir aussi avec 
son mari. 

Bien entendu, il est indispensable, pour maintenir les résultats 
du traitement, que la femme ait affaire, après l'analyse, à un par- 
tenaire bien portant el instruit par le médecin. La présence et les 
exigences de ce partenaire, tant que dure l'analyse, ne sont nulle- 
ment un avantage, car les échecs répétés sont très déprimants pour 
la malade. C'est au Inct de l'époux et du médecin qu'il incombe de 
trouver la bonne marche à suivre* 

Pour la plupart des cas, après une analyse prolongée, le pronostic 
sera favorable. Nous avons déjà mentionné ces cas isolés qui ne 
réagissent pas au traitement et pour lesquels Freud invoque des 
particularités de constitution, et même un facteur anatomique. 

L 

Les bons résultats de nos analyses ont été obtenus sans l'aide de 
médicaments à base d'hormones ; quant à ceux pour lesquels nous 
avons complété pratiquement, dans une certaine mesure, l'analyse 
par des conseils ou des explications, nous les avons déjà signalés, 

Enfin, par souci de la vérité, nous ne pouvons cacher que, pour 



(l'\ Los opinions sont encore très partagées sur l'action des préparations médi- 
camenteuses les plus récentes (Phogyno>% etc.). Cela n'empêche pas de Jcs 
essayer. Voir, à ce propos, E. Hitschmann : * Psychoanalyse Irotz Hormone *, 
Altgemeine tfr'fiichç Zertschr. f. Psifchfttheropie, voh I T 19*J8. 



^ wm^^^^m^^^^ 



LA FRIGIDITÉ DE LA FEMME 313 



le traitement de la frigidité sexuelle de la femme, il faut, pour des 
raisons techniques, donner la préférence à l'analyste masculin. 

Le traitement ne doit pas se limiter à la réussite de l'acte sexueb 
Il n'a atteint son but que s*il a rendu conscientes les associations 
inconscientes, s'il a suivi le développement jusque dans la petite 
enfance, et si, grâce à lui, le comportement à l'égard du sexe mas- 
culin est devenu normal. Ce n'est pas sans peine que Ton arrive à 
se réconcilier complètement avec ridée d'avoir choisi, à un moment 
donné* son mari sous une influence névrotique. La tendance mas* 
culine à la sublimation, si fréquente chez la femme, revendiquera 
souvent ses droits. 

Quand la frigidité est le symptôme d*une névrose, son pronostic 
dépendra du pronostic de celle-ci. En tout cas, la g né ri son de la fri- 
gidité ne pourra qu'influencer favorablement le cours de la névrose. 






En vulgarisant les nombreuses possibilités de guérison de la fri- 
gidité par la psychanalyse, on allégerait d'un poids considérable 
l'état d'âme féminin. 

Il n'y a aucune raison pour que Ton persiste à considérer comme 
nécessaire et inévitable l'infériorité sexuelle apparente de la femme 
^t pour que l'on se résigne à laisser subsister ses inhibitions. 

A notre avis, la psychanalyse constitue un moyen important de 
relever le niveau de la femme* en montrant à là femme que le 
mariage et la maternité sont préférables au célibat, à l'amour libre, 
à la réalisation du type de la garçonne, à toutes ces altitudes qui 
reposent sur une base psychique maladive et asociale. 



La fausse Frigidité 

par Répression 

de l'Activité erotique normale 

Par le Docteur A. HESNARD 



Dans Fï 111111 en se majorité des cas, la femme est privée du plai$ : :: 
génital normal (c'est-à-dire du plaisir aboutissant, durant l'acte 
sexuel, à l'orgasme différencié) par une incapacité* naturelle ou 
accidentelle, qui échappe entièrement à sa volonté et à sa compré- 
hension. Parmi les femmes dites frigides, un certain nombre répu- 
gnent plus ou moins au coït ; mais beaucoup y sont au contraire 
favorables et même manifestent une préoccupation puissante et 
opiniâtre de se perfectionner, dans l'aptitude à la jouissance 
sexuelle, jusqu'à parvenir enfin au spasme complet, éminemment 
désirable à tous les points de vue, 

Les obstacles qui empêchent ces candidates perpétuelles à For- 
gasme ne sont pas toujours de nature uniquement névrotique (1), 
pouvant comporter, par exemple» un élément anatomo-physîolo- 
gique, — conformation défectueuse, affections douloureuses de 
Fappareil vulvo- vaginal, etc., — ou reposer sur une base d'infanti- 
lisme de la fonction. Mais, le plus souvent, il s'agit de mécanismes 
psychanalytiques de Refoulement, dont l'exposé a été maintes fois 
tenté, sinon complètement réussi, et dont certains beaux exemples 
seront donnés dans ce numéro de la Revue Française de Psijch- 
analyse. 

Or, à l'inverse de ces inassouvies malgré elles, qui multiplient 
leurs efforts de libération dans des sens divers, parfois risqués ou 
même franchement dangereux pour leur santé, leur bonheur ou 
leur réputation, il existe des femmes qui, parfaitement capables de 
jouissance différenciée et même entraînées par leur tempérament 
sexuel vers la volupté complète et facilement reproductible, oppo- 

(1) En ce qui concerne les causes non névrotiques de frigidité, voir notre 
Traité de Sexologie tPayot, 1933). 



■^^^^^^■^^^^m^^»^^^^^^^^^^^^^^^^™**»^^ 



■^™» 



LA FAUSSE JJUGIDITÉ 31ÏÏ 



sent à leur penchant naturel normal une intention délibérée, une 
volonté d'inhibition, de freinage ou de suppression, dé leur aspira- 
tion spontanée à l'orgasme. 

Non seulement elles fuient systématiquement toutes les occa- 
sions de l'étreinte, qui cependant les attire et qui même leur 
apparaît comme; la conclusion malheureusement naturelle de l'effu- 
sion amoureuse avec l'homme élu, maïs, amenées à l'acte sexuel — 
auquel elles ne peuvent ou ne veulent, selon les cas, s'opposer fran- 
chement, par la logique des choses (celle de la situation conju- 
gale, par exemple) ou par leur soumission à la tendresse amou- 
reuse —> elles résistent sciemment et énergiquement à l'emprise de 
la jouissance génitale jusqu'à annuler ou éluder l'orgasme. En un 
mot, elles acceptent le coït, niais non sa conséquence extatique, le 
plaisir paroxystique qu'il procure. Elles se prêtent à l'homme mais 
refusent de participer à sa volupté, jugée dégradante, ou coupable, 
ou même dangereuse. 

C'est sur le cas de ces « fausses frigides » que nous voulons atti- 
rer ici l'attention. Nous le dénommons « fausse frigidité par Répres- 
sion de Factivitê erotique normale », conformément à la termino- 
logie officiellement adoptée par la Société de Psychanalyse de 
Paris. Ces femmes peuvent être victimes de Refoulements variés, 
c'est-à-dire de mécanismes inconscients de renoncement erotique, 
étant plus ou moins évidemment névropathes ; mais ces refoule- 
ments n'ont pas été chez elles d'intensité ou de qualité suffisantes 
pour supprimer, au moins primitivement, Factivité erotique prin- 
cipale, c'est-à-dîre la tendance à Forgasinc allo-érotïque. Par contre, 
elles surajoutent au Refoulement de certaines tendances erotiques 
plus ou moins accessoires et dissimulées, lorsqu'il existe, le proces- 
sus de la Répression, c'est-à-dire du refus conscient, et au moins 
partiellement volontaire des tendances allo-érotiques d'objet et de 
but normaux. En ce faisant, elles entretiennent ou aggravent leur 
névrose, dans certains cas même la font apparaître au grand jour, 
alors qu'elle était plus ou moins latente, et cela de la meilleure foi 
du monde. D'où la nécessité, de dénoncer et d'étudier spécialement 
cette cause particulière et « actuelle m de trouble névropathique, ses 
mobiles et ses conséquences, notamment en ce qui concerne la 
symptomatologie qui l'exprime cliniquement le plus souvent. 



316 REVUE PRANÇAISE de psychanalyse 



La plupart de ces fausses frigides sont, ou de véritables névro- 
pathes dont la névrose — ce qui est loin d'être exceptionnel — n'a 
pas aboli la capacité orgas tique, ou des femmes non primitivement 
névropathes chez lesquelles l'aspira Mon contre-sexuelle, l'hostilité 
contre la volupté» est inspirée par des mobiles divers, principale- 
ment par des mobiles de moralité excessive ou déviée» d'ordre sou- 
vent religieux. 

Elles luttent contre la jouissance sexuelle par une sorte de devoir 
sacré ou d'orgueil intime. C'est, souvent, une vertu mal comprise 
qui les entretient dans cette résistance au plaisir erotique naturel ; 
vertu tenace qui, par exemple, résulte d'une formation religieuse 
étroite et despotique. 

Ainsi, une de nos clientes était entretenue dans cette ridicule et 
dangereuse attitude contre-nature par un confesseur acerbe et 
menaçant, homme austère effroyablement misogyne, qui s 1 appli- 
quait, — en vertu, sans doute, d'une jalousie sadique inconsciente, 
camouflée en farouche pureté, — à déraciner chez ses pénitentes 
toute joie sexuelle. La pauvre femme, d'un tempérament assez 
ardent, pratiquait une masturbation de compensation avec un 
remords moindre que celui qu'elle imaginait devoir suivre une 
satisfaction complète avec son mari. 

Elle n'accordait ses faveurs à celui-ci, gaillard asse2 porté sur 
la chose, que dans la mesure où elle devait l'empêcher de déserter 
son foyer, et dans un but de procréation. Elle haletait tout bas une 
prière, chaque fois que, par l'ardeur naturelle de l'époux la péné- 
trant, elle sentait sa faible chair menacée impérieusement d'une 
irruption sournoise des délices maudites. 

Les fausses frigides de ce genre, par répression religieuse, sont 

i 

convaincues — quand leur religion est naïve — qu'elles luttent, 
non contre la nature, cette même nature qu'a créée Dieu et qui fait 
les enfants, mais contre le démon, tapi dans leur sexe et s'ingéniant 
à les entraîner vers la déchéance charnelle. De nos jours celles-ci 

sont rares et, le plus souvent, assez sottes. Mais il en existe d'autres, 

i 

dont la religion est haute et abstraite, qui n'en sont pas moins aussi 
opiniâtres dans leur acharnement à refuser le plaisir naturel de 
l'acte sexuel Une de nos clientes, qui se faisait une discrète gloire 
de sa froideur erotique préméditée, justifiait son attitude en disant 
que si elle s'abandonnait à la jouissance, elle en prendrait l'habitude 
et désirerait ensuite la pratiquer avec d*autres hommes que son 



rf-^^»"-^^^ 



I 

LA FAUSSE FRIGIDITÉ 317 



mari. D'où la double menace du péché de luxure proprement dite 
(sixième Commandement de Dieu) et du péché de l'œuvre de chair 
en dehors du mariage (neuvième Comm an dément de Dieu). 

Si les cas ainsi nettement motivés, et en quelque sorte systéma- 
tiques de Répression erotique, sont relativement rares, ceux oii la 
Impression erotique s'ajoute au Refoule nient pour en couronner 
l'action ou le faire persévérer, alors qu'il tendrait spontanément à 
disparaître, sont assez répandus dans certains milieux de religion 
étroite* 

Persuadée qu'elle fait mal, ou même simplement qu'elle se dé* 
grade dans sa dignité de chrétienne eii s'intéressant à l'acte sexuel, 
en le désirant, en le perfectionnant, la femme dévalorise sciemment 
ses sensations voluptueuses conjugales ; ce qui contribue h mainte- 
nir ses sens dans l'état d'indifférenciation allo-érotîque qui carac- 
térise la sexualité de beaucoup de jeunes filles, et aussi à empêcher 
la révélation à laquelle ils donneraient lieu s'ils étaient convena- 
blement stimulés, c'est-à-dire en toute liberté des caresses et effu- 
sions normales, 

À côté des justifications religieuses, il faut aussi citer les mobiles, 
plus rares mais nullement exceptionnels* empruntés à une fausse 
hygiène, ignorante ou déviée. Mobiles qui se résument dans l'idée 
que la jouissance sexuelle est contraire à fa santé ou à l'équilibre 
nerveux et mental, et qui, fréquemment suggérés par les impres- 
sions d'épuisement ou de culpabilité qui suivent la masturbation, 
surtout solitaire, impliquent une tendance hypocondriaque latente 
ou, du moins, un certain degré de préoccupation anxieuse de cette 
nature. C'est ainsi qu'une de nos malades, après des lectures de 
livres de médecine ou de manuels de psychologie universitaire, et à 
la suite d'une consultation chez un médecin spécialiste, avait conçu 
tout un système d'explication de sa névrose fondé sur la notion 
d' « insuffisance d'énergie psychique » : « Il y a dans la jouissance 
sexuelle, disait-elle, une dépense considérable d'énergie* Or, je 
souffre de manque, de défaut d'énergie nerveuse* Il faut donc que 
j'évite à tout prix ce plaisir malsain et épuisant. » Et, de même 
qu'étant jeune fille, elle avait, à force de volonté, renoncé brusque- 
ment à la masturbation (précisément au moment où éclatèrent les 
premiers symptômes névrotiques), elle s'efforçait, durant les rap- 
ports avec son mari, de rester, au prix d'un réel effort, aussi froide 
que possible, pour éviter d'en sortir épuisée. Bien entendu, les rap- 



318 REVUE FHANÇA1SE DE PSYCHANALYSE 



ports, sans l'épuiser à proprement parler, la laissaient dans un étal 
d'ùnervement anxieux croissant. Peu à peu d'ailleurs elle avait 
triomphé de toute tentation, la Répression ayant abouti peu à peu à 
un Refoulement qui avait achevé de faire d'elle une grande anxieuse. 

Une autre, plus franchement engagée dans la névrose, avant de se 
livrer à cette gymnastique an lise x nulle, en était arrivée à croire, du 
fait de l'accroisse ment de sa phobie de la mort subite, qu'elle ris- 
quait, si elle s'abandonnait à la jouissance, de mourir de syncope 
au moment de l'orgasme. Elle justifiait cette, étrange opinion en 
disant que, d'après les plus grands médecins, la jouissance de l'acte 
sexuel était une « petite mort », une crise nerveuse avec perte de 
conscience analogue a Fépilepsie. S'y abandonner sans risque exi- 
geait d'être en excellente santé et douée d'un excellent système ner- 
veux, ce qui malheureusement était loin d'être son cas ! Ca^ pour 
elle, c'eût été s'approcher du néant, de l'inconscience, donc être de 
plus en plus faible et risquer la mort. 

Une telle phobie du coït est, soit dit en passant , à rapprocher de 
certaines phobies du sommeil, en vertu desquelles certains névro- 
pathes redoutent» de façon plus ou moins nettement consciente, de 
mourir, en cet état de chute du niveau mental, de baisse de la « ten- 
sion psychologique » qui caractérise l'endormissement. 

Sans présenter cette terreur anxieuse, hautement morbide, de 
]*orgasnie, beaucoup d'individus nerveux sont anormalement pré* 
occupés du caractère épuisant ou pernicieux (à leurs yeux) de la 
période extatique du- coït ; et cette préoccupation peut aller, chez 
les femmes notamment, jusqu'à leur en enlever le désir spontané. 
D'où leur attitude défavorable durant l'acte sexuel, imposé ou subi 
en vertu d'une considération étrangère à leur' propre désir défail- 
lant Dans cette direction, nous rencontrons encore tous les inter- 
médiaires entre la Répression erotique dont il est question et le 
Refoulement par la peur des conséquences funestes de l'acte sexuel. 

Il faut enfin mentionner la peur fréquente, chez beaucoup de 
femmes, de la fécondation* Ces malheureuses redoutent la grossesse 
pour des raisons parfois parfaitement valables ; et, peu au courant 
des pratiques anticonceptionnelles, n'ayant pas confiance dans les 
assurances prophylactiques de l'homme, elles sont non seulement 
incapables de jouir du fait de cette peur parfaitement consciente, 
mais même se retiennent de le faire pour surveiller le moment 
redouté, surtout quand elles s'imaginent — ce qui est assez fré- 



1^-^— *»» 



LA FAUSSE FRIGIDITÉ 319 



q uent — que la participation voluptueuse non seulement anéantit 
cette surveillance (empêchant par exemple de repousser l'homme), 
mais favorise par elle-même la fécondation. Nous avons récemment 
observé une femme du peuple, à la fonction erotique antérieurement 
correcte, qui en était arrivée à une « fausse frigidité » bien carac- 
térisée à force d'être hantée par la peur de concevoir plus facile- 
ment en cas de jouissance complète et différenciée, Elle se retenait 
pour diminuer dans toute la mesure du possible les chances d'une 
fécondation qu'elle entrevoyait comme catastrophique. Ajoutons 
que, très amoureuse au début de sa liaison et très sensuelle, elle en 
était arrivée à la répugnance erotique avec aversion pour le parte- 
naire. Elle était donc sur la voie de ia frigidité vraie, c'est-à-dire de 
l'insensibilité voluptueuse durant Pacte, insensibilité s'installant 
sans qu'elle fût obligée, comme jadis, de résister intentionnelle- 
ment, opiniâtrement même, à l'emprise de la volupté finale. Nous 
croyons que, dans les couples nori rompus aux précautions malthu- 
siennes, et surtout chez les pauvres gens, la terreur de devenir 
enceinte, accrochée à l'idée que Ja volupté finale est favorable à la 
fécondation, est un facteur important de frigidité, après avoir été le 
facteur principal d'une « fausse frigidité ». 

Enfin — cas plus exceptionnels — certaines femmes se refusent 
à jouir parce qu'il serait contraire à leur dignité morale, à leur 
vertu ombrageuse, d'admettre un plaisir jugé réel mais moralement 
inférieur, honteux, à peine excusable chez l'homme. Sans doute il 
faut se méfier de l'aptitude erotique des femmes qui affichent ce 
dédain pour le plaisir normal, dont l'expérience même donne L'intui- 
tion qu'il est légitime par le sentiment d'épanouissement et de 
triomphe qu'il procure plus ou moins. Mais nous croyons cepen- 
dant qu'il existe des femmes normalement constituées et révélées, 
qui engendrent ce mépris de la chair. A vrai dire, elles ne luttent 
pas avec la fureur religieuse dont nous avons plus haut parlé ; mais 
elles apportent à l'acte si peu d'entrain que l'a fonction erotique 
iinit chez eux par se mettre en veilleuse, ce qui revient au même, 
Car la répression erotique est loin d'être sans danger et mène habi- 
tuellement, comme nous l'avons dit, au refoulement et à la névrose* 



* * 



Le mécanisme psycho-physiologique de cette « fausse frigidité » 
est utile à préciser, ne serait-ce que dans le but théorique d'apporter 



320 REVUE FRANÇAISE Dli PSYCHANALYSE 



une contribution à l'élude des Refoulements, facteurs de vraie fri- 
gidité, auxquels conduit souvent cette attitude dangereuse de rete- 
nue erotique consciente, c'est-à-dire à l'étude des Refoulements 
secondaires. Son analyse très brève nous conduira à l'exposé de la 
symptomatologie qui succède le plus souvent à la Répression ero- 
tique. 

Ces Refoulements secondaires, dont témoigne la frigidité acquise 
progressive, di fièrent surtout des Refoulements primaires qui 
actionnent la frigidité vraie et les symptômes névrotiques, en ce 
qu'ils portent sur des tendances (au sens large de ce terme), élé- 
ments de l'activité erotique normale, qui se sont fonction neliement 
développées» et même ont pu se réaliser pleinement, s'épanouir en 
toute maturité, mais qui, sous l'influence accumulée d'inhibitions 
plus ou moins clairement conscientes et intentionnelles, ont cepen- 
dant été boutées, comme les tendances restées infantiles, hors du 
psychisme conscient et annulées sur les plans supérieurs de l'acti- 
vité psychique. Mais cette disparition hors de la conscience ne paraît 
pas leur procurer le pouvoir, que possèdent ces dernières, d'exercer 
une influence d'autant plus puissante, plus pathogène et aussi plus 
anonyme, sur la personnalité. 11 semble en etïel que cette circons- 
tance» à savoir que la tendance refoulée a acquis un développe- 
ment normal avant de subir cette détérioration, la dispense (sauf 
en cas d'aptitude névropathique très manifeste et déjà évidente 
avant cette étiologie) de prendre l'aspect d'un symptôme psycho- 
génétique complexe et apparent comme la phobie, la manie men- 
tale, l'obsession, etc*,. C'est à peine si Ton observe habituellement, 
en dehors des symptômes d'angmsse, c'est-à-dire de névrose actuelle, 
sur lesquels nous allons revenir, quelques modifications du carac- 
tère et du comportement familial ou social : antipathie déguisée 
pour l'amant ou le mari, extension de l'indifférence ou de la répu- 
gnance concernant l'acte sexuel à tout ce qui rappelle la sexualité, 
diminution ou parfois au contraire exagération compensatrice de la 
coquetterie et du flirt, religiosité, accentuation des instincts mater- 
nels, etc.» etc. Mais ces conséquences ne dépassent habituellement 
pas le cadre des névroses très atténuées de caractère. 

Le Refoulement primaire, celui qui actionne la plupart des . 
symptômes névrotiques, porte, lui, sur des tendances qui ont tou- 
jours été plus ou moins complètement ignorées de l'individu* Telle 
frigide vraie, par exemple, voit, sans le savoir, dans tout homme qui 



LA FAUSSE FRIGIDITÉ 321 



l'approche, un substitut du père. I/angoîsse incestueuse persistante, 
planant sur toutes ses répugnances erotiques, et conséquence loin- 
taine des événements infantiles contre-sexuels, a eu pour elïei de ne 
pas permettre le développement de l'aptitude à l'orgasme dans les 
conditions habituelles de la pénétration vaginale. On peut dire qu'il 
V a chez elle une sorte d'infantilisme» d'arriération, ou tout au 
'moins de fixation à des stades erotiques antérieurs.-. Rien de sem- 
blable dans le Refoulement secondaire à la Répression erotique : 
celui-ci peut amener la détérioration de la fonction par décapitation 
pure et simple, sans qu'il y ait forcément érotisme infantile ou per- 
vers de retour. 

On ne peut, en efifet, parler de Régression erotique de ce genre 
que lorsque l'analyse démontre le rappel, chez l'individu, de quel- 
que comportement sexuel infantile, ou d'aspirations erotiques 
régressives (au cours de phantasmes, par exemple). Or, dans les cas 
simples que nous envisageons ici, la Répression erotique agissait 
seule, à l'exclusion d'autres mécanismes psychanalytiques décela- 
bles ; et la fonction erotique était restée potentiellement intacte et 
même normale quant au but et à l'objet ; il s'agissait de femmes 
franchement et exclusivement orientées vers l'homme et préférant 
a toute autre satisfaction génitale la détente voluptueuse, considé- 
rée comme coupable mais attirante, de l'acte pénétrant. 

Sur le plan physique : besoin génital plutôt fort, éveillé par le 
contact de l'homme ; expérience acquise de la volupté normale 
dans le coït, Sur le plan psychique, capacité normale d'aimer et 
d'être aimée, de se fixer électivement sur un homme donné dans 
des conditions générales et sociales banales. Et cependant : crainte 
du plaisir normal, diversement motivée, comportement en rapport 
avec cette condamnation voluptueuse de Tacte sexuels Alors que la 
frigide, disposée à l'étreinte complète, accueille le partenaire avec 
une reconnaissance inquiète de son incapacité, puis se recueille 
durant l'acte dans une ferveur que mille associations d'idées inat- 
tendues détournent du hut recherché avec une sorte de malignité, 
l'angoisse de se sentir de plus en plus étrangère au partenaire em- 
piétant peu à peu sur la satisfaction morale initiale de sentir son 
contact, la fausse frigide, elle, adopte l'attitude inverse : elle sent 
l'émoi erotique se diffuser en elle, puis les ondes voluptueuses mon- 
ter insidieusement à l'assaut de sa dénégation sensuelle ; alors elle 
cherche à se ressaisir, récite mentalement une prière, appelant à 

REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE. S 



322 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



^ — 



son aide quelque phantasme neutralisateur ou évoquant éperdu- 
inent quelque réalité saisissante, les yeux ouverts et la conscience 
vigilante dans toute la mesure de son « self-control » : alors, peu à 
peu, la jouissance recule, se diffère jusqu'au spasme de l'homme, 
tantôt s'éteint, tantôt avorte dans une sorte de secousse lointaine 
d'un moindre danger pour sa pureté intégrale, La fausse frigidité 
finit par s'établir solidement chez elle, facilitée, après un certain 
temps, par la monotonie conjugale et Tapai sèment des sollicitations 
du partenaire qui, dupe ou non, finit par ne plus désirer une com- 
pagne ainsi ennemie de sa propre sensibilité, frigide malgré elle, 
mais frigide * 

Il est intéressant d'analyser, par comparaison avec d'autres cas, 
le sentiment de culpabilité qui agit chez ces fausses frigides ; il 
s'agit de culpabilité entièrement consciente, ou p]utôt acceptée inté- 
gralement par la personnalité consciente. On sait que, chez cer- 
taines frigides vraies, la culpabilité est un excitant recherché, la 
jouissance ne pouvant survenir chez elles que dans certaines con- 
ditions d'illégitimité ou de honte entourant l'acte ou la personnalité 
du partenaire {comme diez beaucoup de pervers ou d'hybrides de 
perversion et d'impuissance névrotique). 

Ici, au contraire, la culpabilité, restée entièrement au-dessus du 
plan erotique, est, au contraire, le mobile accepté par l'individu 
pour actionner sa lutte anliérotique. On peut conclure que chez la 
fausse frigide, plus près de la normale que la frigide, la tendance à 
l'orgasme normal n'est nullement ressentie comme coupable sur le 
plan infantile, — condition» à notre avis, de l'inclusion du sentiment 
de faute dans l'excitant erotique, — mais sur le plan adulte et 
aclueb Alors que chez la frigide la culpabilité s'est érotîsée en mûris- 
sant sans pouvoir perdre ses caractères archaïques, chez la fausse 
frigide, n'étant pas la conséquence inconsciente et lointaine des 
interdictions, infantiles, donc n'étant pas inscrite dans l'être incon- 
scient, elle est inutilisable comme volupté par l'individu» chez lequel 
elle agit, au contraire, au même titre que les mobiles de la morale 
adulte, c'est-à-dire comme frein non seulement des actes, mais du 
plaisir lié à ces actes, 

La chasteté intégrale de ces fausses frigides n'a donc rien de com- 
mun avec Téqui valent» chez la femme, de la névrose d'impuissance 
sexuelle- 
Un être humain peut, théoriquement du moins, surtout quand il 



LA FAUSSE FRIGIDITÉ 323 



s : agit d'une famine, reste] 1 parfaitement sain au point de vue ner- 
veux et psychique, si, n'ayant pas souffert de conflits infantiles 
puissants, puis étant soumis à une hygiène sexuelle stricte, il reste 
résolument et intégralement chaste. Conclusion qui s'accorde avec 
cette constatation qu'il y a, à titre de rareté d'ailleurs, sinon 
d'exception, des frigides exemptes de névrose et des névropathes 
sans frigidité {1)„. Malheureusement, dans le cas des fausses fri- 
gides qui nous occupe, entre en jeu le plus souvent un facteur étio- 
logique nouveau, du fait que l'hygiène sexuelle d'un individu 
vivant en coupJe ne dépend pas seulement de lui-même mais d'au- 
trui : F accumulation de ta tension sexuelle brute. 

Les femmes les moins névropathes, parmi ces fausses frigides, 
versent en effet assez fréquemment, sinon toujours, dans Fangoisse- 
névrose ; car un mécanisme d'une autre nature, et purement 
« actuel » au sens de Freud, prend naissance chez elles* Amenées à 
pratiquer l'acte sexuel par devoir, elles ne tardent pas à souffrir des 
conséquences de la disproportion inévitable entre l'excitation 
sexuelle préliminaire — processus accumulatif d'ordre psycho- 
physiologique et résistant à toute inhibition volontaire — et le plai- 
sir final diffère, puis adultéré ou supprimé. 






Chastes solitaires, ces ennemies de la sexualité auraient échappé 
à la réaction névrotique, Mais celle-ci s'impose à elles du fait que 
leur chasteté en couple doit subir Ja pratique sexuelle, sous forme 
d'une activité erotique incomplète* Elles présentent après quelque 
temps, — parfois à l'occasion d'une indisposition physique inter- 
currente, d'un surmenage ou d'une émotion réelle depressive } — des 
symptômes plus ou moins accusés d'angoisse. 

Dans leur cas, comme dans celui de tous les « anxieux » clini- 
quement typiques, il semble toutefois que le terrain joue un assez 
grand rôle, certains individus supportant sans grand dommage — 
un peu d'irritabilité par exemple, ou de menus symptômes gastro- 
intestinaux ou cardiaques — de forts inassouvissements, alors que 

<lï Les faits de ce genre confirment cette opinion, insuffisamment précisée 
jusqu'ici par les psychanalystes non sexologues* que l'activité erotique s'exerce 
sur un plan psychique très spécial de lu sexualité et doit être étudiée, tant à 
]*état morbide qu'à l'état normal, indépendamment des lois générales qui régis- 
sent la sexualité en général (comportement sexuel, lois de développement des- 
tendances instinctives, etc.). 



mm*mmm 



324 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



d'autres, manifestement prédisposés, font des crises dramatiques 
d'angoisse à la suite de pratiques ayant développé chez eux une 
irritation génésique fruste apparemment modérée. 

Nous n'avons pas ici à étudier cette prédisposition, que nous 
pensons être la résultante de deux séries des facteurs étiologiques 
constitutionnels : d'une part, des facteurs psychiques — certaines 
sensibilisations par les émotions infantiles pathogènes — ayant 
déterminé une certaine émotivité de tempérament ; d'autre part, 
des facteurs physiologiques — certaines hyperexcitabilités neuro- 
végétatives, parfois localisées : prédisposition à l'entérite, à Tére- 
thisine cardiovasculaire, etc., etc. 

Quoiqu'il en soit, après un certain temps de rapports sexuels 
ainsi réservés, l'angoisse éclate, cliniquement évidente* Il est diffi- 
cile d'affirmer que ces syndromes d'angoisse-névrose portent, jus- 
que dans leur formule symptoniatologique même, la marque de leur 
étiologie spécifique, à savoir la lutte en grande partie volontaire 
contre la jouissance du coït et particulièrement contre son élément 
final, extatique. Nous croyons cependant, du fait que la grande 
majorité de nos malades présentent dans leur tableau clinique un 
uir frappant de parenté, que cette marque étiologîqué 33 'est pas une 
pure apparence. 

Si certaines fausses frigides, en effet, se présentent surtout comme 
des anxieuses somatiques, la plupart accusent des crises d'angoisse 
assez particulières, se reliant les unes aux autres, avec le temps, 
par un état d'anxiété permanente de même timbre affectif fonda- 
mental que leur angoisse paroxystique. Il s'agit de peur de la mort, 
surtout de la mort subite et de phobie de l'isolement, de la solitude 
(quelques autres cas, à anxiété plus atténuée, s'expriment par le 
contraire, la peur du public et de la foule ; cette dernière phobie 
nous paraissant d'ailleurs plus psychogène et habituellement liée à 
un sentiment de faute inspirée des parents). 

Il s'agit de femmes vivant dans la préoccupation de se trouver 
mal* de sentir leur cœur s'arrêter, de cesser de respirer, de tomber 
inanimées. Et ceci est parfois d'autant plus curieux qu'elles ne pré- 
sentent qu'exceptionnellement les tendances Hpothymiques que 
ressentent beaucoup d'anxieux, surtout vagotoniqiies, ni même ïes 
troubles classiques du rythme cardiaque. De plus t elles ont égale- 
ment peur qu'il leur arrive malheur quand elles sont seules ou 
loin de chez elles, abandonnées de la famille, du mari, des enfants, 



LA FAUSSE FRIGIDITÉ 325 



du médecin, au milieu d'étrangers, dans la rue ou chez des incon- 
nus, en voyage,,, Ne pourrait-on pas voir dans ces émotions pénibles 
de néoformation (qui paraissent être plus qu'une simple reproduc- 
tion d'angoisses infantiles ayant existé jadis, au sevrage ou à l'occa- 
sion de Féloignement d'un nourricier) une sorte de retournement, 
de négatif des émotions paroxystiques du coït normal et complet ? 
Ces émotions, que caractérise la terreur que la vie les abandonne 
et que ne puissent leur venir en aide les personnes aimées ou fami- 
lières, ne seraient-elles pas un aspect inverse — comme, en général, 
Fangoisse est l'inversion de la volupté génitale — de l'impression 
extatique d'une vie soudainement accrue et d'une fusion entière 
avec le partenaire élu, telle que la procure le rapport sexuel inté- 
gral ? 

Physiquement, les symptômes qui nous ont paru les plus fré- 
quents sont des symptômes d'ordre diffus, comme une tension mus- 
culaire pénible, avec tendance à Fhorripilatioii, avec vasoconstric- 
tion cutanée à bouffées de chaleur intercurrentes, et des symptômes 
d'ordre gastro-intestinal : atonie gastrique, spasme du cardia ou du 
pylore* atonie et spasme coliques, constipation spasmodique. Notons 
aussi les douleurs utéro-ovariennes, les spasmes vaginaux et vésî- 
eaux. 

Nous n'insisterons pas sur les variétés individuelles de cette 
syniptomatologie, qui, dans la complexité de la pratique clinique^ 
apparaît comme éminemment variable, du fait des associations 
écologiques, et aussi du fait que toute névrose actuelle, avec le 
temps, se complique de névrose psychogénétique (au sens de Freud), 
Fangoisse névrose de néoformation finissant par réveiller de proche 
en proche toutes les fixations infantiles et faisant vibrer toutes les 
tendances refoulées aux divers stades successifs de l'évolution ero- 
tique en particulier et sexuelle en général. 

Cette dernière remarque nous permet d'insister, en terminant, 
sur l'intérêt de ces états de névrose, primitivement actuelle, pré- 
sentés par ces fausses frigides* Le simple redressement de l'hygiène 
sexuelle pratique peut faire disparaître entièrement certaines né- 
vroses d'allure sérieuse, dont l'élément actuel, primordial, avait 
fini par passer au second plan du tableau clinique et se dissimuler 
sous l'aspect de diverses phobies anxieuses réveillées par Tinassou- 
vissement accidentel et tardif d'une activité erotique en soi-même 
normale- 



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326 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



La conclusion thérapeutique de ce travail est que, chaque fois 
qu'apparaît dans une analyse, et même au cours d'un simple exa- 
men clinique, ce facteur étiologique très important d'une attitude 
consciente et intentionnelle d'hostilité envers la jouissance nor- 
male, 31 faut immédiatement s'efforcer de détruire chez la malade 
ce préjugé malsain, lui démontrer les bienfaits de la volupté finale 
et le danger de l'massouvissenieiit génital, C*est par le redressement 
de cette attitude contre-nature que commencent parfois la réconci- 
liation de tout Pêtre avec Ja sexualité normale et la renonciation 
libératrice à toutes les activités erotiques infantiles ou substituées 
qui empêchaient indéfinimenl l'épanouissement de la personnalité. 



^^^^^^■^^^^^w 



BULLETIN 



DE 



r Association Internationale de Psychanalyse 

Par Edward G LOVER, Secrétaire général 



RAPPORT DU XIII e CONGRÈS INTERNATIONAL 

DE PSYCHANALYSE 

- 

Le XIIP Congrès International de Psychanalyse eut lieu à Lucerne du 
26 au 31 août 1934, sous la présidence du D^ Ernest Jones. On complet 
228 assistants, — 132 membres et 96 invités. 

On dûh remercier le Comité suisse local de la manière efficace et hos- 
pitalière dont il organisa le Congrès* Malheureusement, il fut endeuillé 
par un événement tragique ; le secrétaire de ce Comité, le T> T Behn- 
Eschenburg, tomba gravement malade le deuxième jour du Congres, et 
mourut quelques semaines plus tard, le 21 septembre* La perte d'un 
collègue aussi dévoué est un coup sévère, non seulement pour la Société 
suisse dont il était un membre très actif, mais pour l'Association Inter- 
nationale tout entière qu'il avait servie si fidèlement* 

Ouverture du Congrès 

Le T Ernest Jones, président, ouvrit le Congrès à 9 heures du matin, /; 
le lundi 27 août, au Kongresshaus, par l'allocution suivante : 

« Ma première pensée en ouvrant ce XIIP Congrès International de 
Psychanalyse, est inévitablement douloureuse : pour la première fois 
dans notre histoire de vingt-six ans, le fondateur de notre association 
manque parmi nous. Il en coûte d'imaginer un Congrès rl^ Psychanalyse 
sans Ferenczi, Jusqu'à ces toutes dernières années* où sa pénible maladie 
se marqua par des signes évidents, il fut l'animateur de chaque Congrès. 
Quand venait son tour de faire une communication, la salle était tou- 
jours bondée, et il ne décevait jamais son auditoire. Je n'ai pas besoin de 
vous rappeler l'inoubliable vivacité de son débit, son style inspiré, ni la 
qualité si caractérisiiquement franche et révélatrice de sa parole. Sa 
personnalité rayonnait d'intérêt et d'enthousiasme pour son travail ; il 
était toujours à )a disposition de ceux qu'il pensait pouvoir aider» Comme 
l'un de ses amis les plus intimes, je puis témoigner de la générosité de ses 
sentiments, de sa loyauté solide, de la magnifique intégrité de son carac- 
tère* Je le vois, avec son air courtois, son intime et chaud sourire, son 
langage direct, ses jugements abrupts et décidés* C'était un homme inten- 
sément humain et digne d'être aimé ; il nous donnait l'exemple d'une 



F ^— m^^^ ^^^^ ^^^^*. L -■■■ ■■ ■ _!■■ -J . ^"^^^^^^^^ 

328 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



* 



sincérité simple et d'un amour de la vérilé sans défaillance* Je vous 
demanderai de vous lever en mémoire de noire cher maître et amï* 

a La mort de Ferenczi nous importe plus encore qu'un deuil personnel 
ou que l'arrêt d'un Ilot d'inestimables contributions scientifiques. Elle usî 
une borne dans l'histoire du mouvement psychanalytique. En vérité, il 
en reste bien peu qui, comme lui, furent présents sans interruption à 
chaque Congrès de Psychanalyse. Et Ferenczi était l'ami le plus intima 
du Professeur Freud ; avec lui disparaît donc encore un lien entre la 
personnalité du Professeur Freud et les travaux de nos congrès* 

» Par contre, je suis heureux de vous transmettre un message person- 
nel du Professeur Freud que j'ai eu le plaisir de voir à Vienne, il y a 
seulement trois jours* en parfaite santé de corps et d'esprit. 

» Mais ce treizième Congrès se tient a un autre tournant malheureux de 
l'histoire de la psychanalyse. Je me réfère évidemment au coup dont 
vient d'être frappé l'un de ses centres les plus anciennement et les mieux 
établis. Dans son allocution présidentielle au dernier Congrès, le D T 
Eitingon parla des bouleversements économiques qui avaient retardé 
d'une année l'habituelle réunion du Congrès, A ce moment, il pouvait à 
peine prévoir l'extraordinaire soulèvement politique qui devait se faire 
quelques mois plus tard, ni ses effets déconcertants sur les conditions de 
nôtre travail* Ces événements nous touchent tous de trop près pour que 
je puisse m'abstenir de les commenter ici. 

» Il serait facile de protester contre la manière dont ces activités poli- 
tiques ont entravé le travail d'un grand nombre de nos collègues, mais 
une telle protestation serait assurément futile. De plus, ce serait quitter 
nos propres positions et prendre part à l'agitai ion émotive des autres. 
Il sera plus digne, et de plus de profit, de mettre en parallèle ce genre de 
politique et l'attitude scientifique. Lorsque la Science est attaquée, sa 
meilleure réponse est la réafflrmation de ses principes. D'un côté, nous 
voyons des êtres humains poussés par des mobiles très subjectifs, dégui- 
sant leurs actions sous le masque d'une pseudo-ethnologie caractérisée 
par une ignorance grossière de toutes les données ethnologiques, De 
l'autre, les psychanalystes, qui se présentent en hommes de science, dont 
le seul but est la recherche de la vérité* De ce point de vue nos remar- 
ques ne peuvent être exprimées qu'en ternies de cause à effet* Et nous en 
tirons une conclusion si évident*? qu'elle est pour nous presque une pla- 
titude en dépit de la manière dont elle est encore ignorée dans le monde 
non-scientifique. C'est que, toucher sous quelque prétexte que ce soit à la 
liberté du travailleur scientifique équivaut à faire obstacle au progrès de 
la science elle-même. Et puisque la science est l'attribut essentiel de 
noire civilisation actuelle, en fait l'incontestable base de son existence, 
une telle ingérence se fait au détriment de la civilisation* Dans la mesure 
où un gouvernement s'engage dans cette voie de l'ingérence, ou qu'il la 
tolère, il affaiblit les bases de la civilisation, tout d'abord dans son pro- 
pre pays, et à un moindre degré dans le monde entier. Ce serait quitter 
notre domaine que de juger ces actes, mais j'en aurais au moins montré 
l'inévitable portée. 



COMPTES RENDUS 329 



» Voilà pour notre attitude envers le monde extérieur. Notre présence 
ici en nombres sans précédents et l'embarrassante quantité de contribu- 
tions scientifiques apportées de toutes les parties du monde, montrent 
assez que nous n'avons pas été touchés par ces coups. Cependant, nous 
pouvons tirer pour nous-mêmes une leçon du présent état de choses* 
Une fois de plus nous constatons que la politique et la science se mélan- 
gent aussi mal que l'huile à Peau, Nous savons, comme psychologues, 
que les mobiles qui poussent l'homme à changer un ordre social donné 
sont des plus variés, une masse d'impulsions louables ou ignobles parmi 
lesquelles le désir de poursuivre la vérité ira rarement mieux qu'un, 
rôle secondaire ; si bien que quiconque s'engage sur celle route doit y 
être pousse nécessairement par autre chose que des mobiles scientifiques. 
Quoiqu'on le sachtt profondément pénétré de désirs humanitaires pour 
l'amélioration de la vie humaine, le chef de notre école a su garder ces 
désirs strictement séparés de son travail scientifique, qui a donc toujours 
conservé sa pureté. En ceci, comme sous tant d'autres rapports, il nous a 
donné un exemple que nous ferions bien de suivre* Il ne manque pas 
parmi nous de signes d'impatience vis-à-vis des conditions sociales et dt 1 
soif de les changer. Mais il découle de ce que je viens de dire que celui 
qui cède à ces désirs en devient d'autant moins un psychanalyste. Tenter 
de propager ses idées sociales personnelles au nom de la psychanalyse, 
c'est pervertir la vraie nature de celle-ci, c'est en faire un mauvais usage 
que je dénonce et répudie fermement. 

# On ne peut malheureusement pas prétendre que notre Association 
soit entièrement dégagée du préjugé national, ou même racial, que nous 
déplorons dans le monde qui nous entoure où il a eu de si pénibles con- 
séquences. Tout au long de l'histoire de notre Association je me suis 
battu, et parfois durement, pour mi principe simple sur ce sujet. Tout en 
respectant les conditions sociales et les lois du pays particulier où c'est 
notre lot de vivre, j'ai soutenu que nos intérêts communs, comme ceux 
de n'importe quel corps de travailleurs scientifiques, sont de caractère 
strictement international, ou mieux supra-natïonaï» et que nous devons 
écarter par tous les moyens l'intrusion de préjugés locaux. J'imagine que 
nous donnerions tous notre assentiment intellectuel à ce principe, et 
pourtant en pratique il est souvent violé- Des influences émotives, du type 
même de celles que nous voyons si pernicieusement à l'œuvre dans le 
monde de là politique» semblent parfois corrompre des analystes isolés, 
voire même des Sociétés entières* Et pourtant la nécessité de l'union n'a 
jamais été plus grande qu'aujourd'hui, où nous faisons face à des cir- 
constances si difficiles. Dans notre intérêt, et pour les travaux qui nous 
tiennent tant à cœur» nous devons faire tous nos elïorts pour enterre]- ces 
préjugés nationaux et pour nous unir par le lien commun d*une coopéra- 
tion amicale. Je vous fais cet appel avec tout le sérieux, toute l'ardeur 
dont je dispose. Cette Association Internationale, la première à s'être 
réunie après les divisions de la Grande Guerre, — réunion historique 
dont avec raison nous pouvons toujours être iiers — , une Association 
dont les membres ont eu la plus belle opportunité qui soit accordée a 



330 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



■ 

*tes êtres humains de se purger de leurs préjugés émotifs, doit donner a 
un monde divisé par l'antagonisme et la discorde un exemple d'union 
et de coopération amicale* 

» Pour revenir au moment présent, j'ai maintenant le plaisir de remer- 
cier nos collègues suisses de nous avoir donné l'occasion de nous réunir 
<ïans leur si beau pays. Bien que l'organisation du premier Congrès de 
Psychanalyse, il y a vingt-six ans, fut faite en Suisse, organisation où je 
me trouvai moi-même jouer un petit rôle, c'est aujourd'hui la première 
fois qu'il ait été possible de tenir un Congrès ici. La raison en est bien 
connue* La Psvchanalvse a dû soutenir en Suisse un combat d'autant 
pins ravageant qu*il venait de l'intérieur. Il faut rendre honneur à ceux 
qui sont noblement restés fermes dans Patiente de jours plus favorables. 
Sons la conduite fidèle du D T Sarasin ces jours se lèvent, et notre rassem- 
blement au cœur de la Suisse est l'indice de la situation plus stable de 
nos estimes collègues dans ce pays. La cordialité de leur accueil et les 
■soins évidents qu'ils ont pris de notre bien-être, me permettent d'ouvrir 
cette conférence avec la certitude que nous en tirerons tout à la fois 
agrément et profit* » 

Première séance scientifique 

Lundi 27 août > 9 heures. 

Président : D* Max Eitingon, Jérusalem. 

L — Ella Freeman Sharpe {Londres) : Déterminantes inconscientes 
similaires et divergentes dans les sublimations de « pure » science et 
d'art <y pur ». 

1) Définition de « pur » pour les besoins de cette communication. 

2) Les mécanismes de « projection j> et d* « introjection » comme 
déterminants de la science et de l'art, 

3) Fantasmes primaires communs, nécessité commune d'un « con- 
trôle >* et d'une « élimination du hasard » à la base des deux sublima- 
tions* 

4) Différents moyens d'atteindre le « contrôle » et 1* « élimination du 
hasard » dans la science et dans l'art. Développement divergent du 
caractère, 

5) Activité et produits de la sublimation. 

IL - — Snndor Rado (New-York) : Esquisse d'une théorie masochique 

des névroses, 

La dynamique masochique de l'angoisse* du sentiment de culpabilité 
cl des anomalies fonctionnelles* Fixation du complexe d'Œdipe au moyen 
du masochisme. La pression pathogène du masochisme sur l'économie 
narcissique du moi. Mesures de défense et d'adaptation prises par le moi, 
<>l irruption du masochisme dans le processus névrotique, La position-clé 
■des troubles de la génitalité dans la syinplomatologie ; la notion de 



COMPTES RENDUS '331 



^^^■^^^^■^^^^ ■*- 



trouble génital compensé et non-compensé. Avantage hcurislique de la 
conception présentée, 

J1L — Félix Boehm (Berlin) ; Le développement du sentiment (te honte. 

Je commence par deux observations prises au domaine de l'ethnologie : 
a) L'ethnologue allemand Gunthcr Tessmann décrit deux sociétés afri- 
caines du Cameroun, Tune possédant la conception d'une déité, l'autre 
en étant privée. Les formes de l'activité sexuelle des enfants, des adoles- 
cents et des adultes sont les mêmes dans ]es deux cas. Dans la société où 
manque l'idée d'un Dieu, cette activité ne s'accompagne d'aucun senti- 
ment de honte, les allusions à toutes les formes de la sexualité sont sans 
feinte dès l'enfance et tout est correctement décrit. Dans la société avant 
l'idée d'un dieu (composée de tribus nègres habitant la même région) 
règne une pruderie marquée, rappelant celle coutumière en Europe, ci 
conduisant les indigènes à pbser la nature non-sexuelle de la plupart des 
processus. 

b) En Afrique orientale, la tribu des Fulbe connaît, mais n : admet pas, 
la relation entre la conception et le coït* Si Ton parle dans l'intimité aux 
membres plus Agés de la tribu, ils admettent la relation, mais affirment 
qu'ils répugnent à l'aveu de cette connaissance à cause de leur sentiment 
de honte. 

J'examine ensuite, à l'aide d'abondants matériaux ethnologiques et 
analytiques, la question des facteurs contribuant à l'origine et au déve- 
loppement du sentiment de honte, 

IV. — Dorian Feigenbaum (New -York) : Honte morbide. 

Engouements amoureux, mais célibat tenace, répugnance à être vue 
avec un amoureux, jalousie déguisée : le tout surimposé à la crainte de la 
destruction d'un phallus illusoire, 

V. — Otto Feiiichel (Oslo) : La défense contre Vangoisse ; 
particulièrement en rapport avec le problème de la libidinisation 4 

« Angoisse traumatique » et « angoisse-signal » ne sont pas en opposi- 
tion complète. L J « angoisse-signal » est non seulement rendue possible 
du fait que la perception par le moi d'un danger dans le ça, crée — à un 
moindre degré cependant — des conditions analogues à une situatioii 
traumatisante, mais encore l'intention de faire de l'angoisse un avertisse- 
ment manque souvent son but ; eu présence d'une accumulation de 
libido* un signal impérieux agit comme le feu sur la poudre- Cette alter- 
native impose au moi la double nécessité non seulement d'établir une 
défense contre l'instinct par le développement de l'angoisse» mais aussi 
de tâcher d'écarter les désagréments de cette angoisse. Les situations 
traumatisantes dues à l'impuissance biologique du petit enfant permettent 
de concevoir l'instinct comme un danger. Cette conception devient une 
réalité du fait des prohibitions d'origine sociale braquées par l'éducation 
contre l'instinct. 

En l'pbsence du principe de la réalité — non encore développé — les 



MM 



332 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



objets ne sont compris qu'en termes de la vie subjective des instincts ; 
ce qui conduit à une mésinierprétation fantastique du monde extérieur 
dent le sujet attend alors les châtiments appropriés à celles de ses pul- 
sions qu'il considère dangereuses. (Le terme de « surmoi primitif w ne 
convient pas pour désigner ceci-) 

Parmi les différents moyens de défense infantile contre l'angoisse, il en 
es! deux qui ressortant particulièrement : ce sont l'identification avec 
l'objet angoissant et la fuite vers la réalité. La « libidinisation de l'an- 
goisse » est une combinaison de ces deux méthodes* L'attachement 
éperdu à un objet réel comme protection contre le danger d'un objet 
fantastiquement détonné, conduit à une relation d'amour, exactement 
comme l'identification avec, disons, un animal redouté, crée une prédi- 
lection pour lui. De même que nous rencontrons des formes d'homo- 
sexualité qui représentent la sur-compensation d'une haine première 
(Freud), ainsi existe-t-il d'autres formules réaction nelles, notamment 
une identification avec le sexe opposé ayant pour but la négation de 
l'angoisse qu'il provoque. Bien des traits de la vie erotique servent de 
défense, par voie de sur-compensation, contre une angoisse sexuel U\ Un 
cas où la sexualité servit à écarter l'angoisse. La comparaison er.tre la 
sexualité réactionnelle et la sexualité spontanée montre que la première 
est convulsive, inhibée' quant au but, déchirée par des contradictions et 
dissipatrice d'énergie : elle a toutes les caractéristiques des formations 
réactionnelles, 

La « libidinisation de l'angoisse » dans la littérature. La tentative de 
Jones pour considérer la phase phallique comme un phénomène réactlon- 
n eL Origine de la sexualité respiratoire selon Searl. La théorie des per- 
versions et les problèmes demandant discussion. Formulations de {ilover 
sur les perversions et les défenses contre l'angoisse. 

Signification biologique de la sexualité infantile, et la nature primitive- 
ment somatique de la libido. Danger d'une fausse évaluation des compli- 
cations secondaires ; avant que ne surgisse aucune défense contre l'an- 
goisse à l'aide de la force des instincts, les jnslincts primitifs existaient, 
et c'est par faute de les satisfaire que naît l'angoisse, si bien que cette 
angoisse se développe par mesure de défense contre eux. 

VI* — Ludwig Eidelberg (Vienne) : Bsquisse d'une théorie comparée 

des névroses. 

Cette esquisse d'une théorie comparée des névroses représente une ten- 
tative d'introduction, aux côtés d'une théorie générale et spéciale des 
névroses, d'une troisième méthode d'étude basée sur la recherche com- 
parée des mécanismes de défenses îndivîduets* 

Dans ce but, un grand nombre de cas sont empruntés tant à l'expé- 
rience personnelle de l'auteur qu'à d'autres sources, afin de présenter 
isolément des mécanismes de défense spécifiques* 

Grâce à une formule schématique spéciale, les mécanismes de défense 
isolés sont présentés de telle manière qu'on obtient une vue d'ensemble 
aussi bien des parties superficielles accessibles à la description, que des 



COMPTES RENDUS 333 



racines mises à jour par l'analyse. Les vues en coupe des névroses ainsi 
obtenues sont classées suivant les régressions qui se sont faites à chacun 
des trois stades du développement infantile. La comparaison des méca- 
nismes de défense ainsi classés rendent les problèmes suivants acces- 
sibles à une étude détaillée : 

1) Elioiogie des névroses ; 2) Composants et structure du mécanisme 
de défense névrotique ; 3) Contribution au symptôme, en quantité, de 
chacune des instances psychiques ; 4) Proportions quantitatives d'Eros 
et de Thanatos, le rôle du principe de plaisir et de Nirvana, et le degré 
d'intensité des divers mécanismes de défense. 

Deuxième séance scientifique 

Lundi 27 août, 3 A. 30. 
Président ; D r Philipp Sarasin, Bâte, 

L — Paul Federn {Vienne) : Contribution aux principes de la psychologie 

du mot 

Exposé d'arguments nouveaux en faveur de Porthriogénèse (1) dérivés 
d'expériences dans l'Interprétation des rêves. 

IL — C.-P, Obemdorf (New-York) : La genèse du sentiment de Virréel 

(Résumé non reçu), 

III. — Ludwig Jekels (Stockholm) (en collaboration avec Edmund 
BergJer) : Le dualisme de V instinct dans tes rêves,. 

Les auteurs prennent sur eux de considérer le phénomène même du 
rêve comme un aspect de la lutte entre Thanaios et Bros, comme ils l'ont 
fait récemment dans leur étude « TJbertragung und Liebe y> (Imago, 
1934, 1), En appliquant à des problèmes de détail cette hypothèse dua- 
lisle de Pinslinci dont Freud se sert pour élucider les phénomènes de la 
vîc chez l'individu el dans la communauté, les auteurs estiment qu'ils 
répondent aux demandes les plus urgentes de notre science, aux plus 
fructueuses en résultats. Les auteurs en viennent à conclure que des mani- 
festations de l'instinct de mort peuvent être mises en lumière dans les 
rêves* Cette thèse est exposée en vue de matériaux oniriques cliniques, et 
de ses conséquences pour la pratique de l'interprétation des rêves dans 
le travail analytique courant, La question spéculative du dualisme de 
l'instinct dans les rêves prend ainsi un sens pratique. 

Dans cette « bataille des Titans » l'importance décisive du sunnoi a 
déjà été soulignée par les auteurs, et ils ont montré qu'il ne fallait pas 
perdre de vue que les deux constituants du surmoi, souvent insuffisant 

(1) De SpÔpiov, aube ; mot forgé par analogie avec onto- et phylogénèse, désignant 
la récapitulation de la genèse du moi chaque matin au réveil, introduit par Federn 
dans 50n an ici e : « The awakening of the Ego in dreams », in International Journal 
of P&ychoanalysis, voL XV, 1934, p. 29S, (N + D. L. R.).| 






334 REVUE FH ANC AI SE DE PSYCHANALYSE 



dent différenciés — Idéal du moi (« Tu dois » et Daemon {« Tu ne dois 
pas ») — sont psychologiquement et génétiquement distincts. L'idéal du 
moi a deux racines : Tune provient d'un effort du moi pour détourner 
l'agressivité, dirigée contre lui par l'instinct de mort, sur des objets qui 
deviennent alors des objets de crainte ; c'est l'échange d'un danger inté- 
rieur pour un danger extérieur, projeté : mais la tentative est infruc- 
tueuse* Eros fait échec à cette manifestation de Thanatos en absorbant 
les objets d'angoisse à l'intérieur du moi de l'individu, où ils deviennent 
la substance de son narcissisme. La deuxième racine de la formation de 
l'idéal du moi doit être recherchée dans les efforts du moi pour atteindre 
un compromis qui maintienne sa toute-puissance supposée, Celle toute- 
puissance imaginaire est sérieusement ébranlée par les exigences du 
monde extérieur (espacement des repas, éducation à la propreté)* En 
face d'elles, l'enfant, à cause de son impuissance, ne peut que choisir 
d'abandonner ses illusions infantiles de grandeur, ou d'accepter les 
ordres et les persuasions de ses parents, avec cette réserve toutefois, qu'il 
sauve sa toute-puissance imaginaire en parant ses actes d'obéissance 
d'un semblant de choix délibéré, et qu'il investit de son narcissisme tout 
ce qu'il introjecte. Mais si le succès couronnait cette défense d'Eros con- 
tre Thanatos (érection d'un idéal du moi au moyen de l'identification)* 
l'idéal du moî serait exclusivement alors un contre d'amour, ce qu^il 
n'est pas en réalité, Thanatos s'oppose à cette tendance d'Eros par la 
rfésexualisation, qui va de pair, comme on le sait, avec choque identifi- 
cation» Par suite, V idéal du moi est Er.os désexualisê et correspond à 
cette énergie narcissique indifférenciée postulée par Freud dans le Moi 
et le Ç&, qui peut* à l'occasion, s'ajouter aux deux instincts fondamen- 
taux et accroître la somme d'investissements de l'un ou de l'autre* On 
peut ainsi comparer l'idéal du moi à une zone neutre entre deux armées 
ennemies, au véritable enjeu de la guerre des Titans, et plus encore à un 
pion dans le jeu de Daemon. Ce dernier doit son existence â l'échec 
d'Eros — décrit ici — dans son effort pour détourner, par projection, 
l'agressivité primitivement dirigée par Thanatos contre le moi du sujet* 
Cette projection échoue à des degrés divers ; d'abord à cause de l'impuis- 
sance de l'individu, puisque le petit enfant est sans force contre son 
entourage et ne peut guère le surpasser en actions agressives ; en second 
lieu, parce que les objets mêmes de son agressivité — les parents — ont 
été déjà incorporés à Fidéal du moi, ce qui conduit à la modération de 
l'agressivité ou même au détournement de celle-ei contre le sujet. Les 
deux causes provoquent un ban âge de l'agressivité, et la réfléchissent 
sur le moi, qui, menacé, devient la proie de l'angoisse et Mne* le signal 
du danger. L'idéal du moi, siège de FEros désexualisé, est utilisé par 
Daemon pour satisfaire ses tendances destructives envers le moi: en 
proposant l'idéal du moi comme « silencieux mentor » et en montrant le 
désaccord entre cet idéal du moi et le nioi> Daemon engendre, dans le 
moi, des sentiments de culpabilité. C'est ainsi que Vidèal du. moi créé 
primitivement pour maintenir le narcissisme menacé, devient Vanne ta 
phi s dangereuse de Thanatos contre Eros. 



'COMPTES RENDUS 335 



Dans celte communication, les auteurs se sont donnés la tâche de mon- 
trer que ceci se passe dans les rêves avec une fréquence quasi régulière, 

IV. — Edmund Berglor (Vienne), en collaboration avec Ludwig Jekels) : 
Le dualisme de V instinct dans tes réves (Pour le résumé, voir Ludwig 
Jekels), 

V. — S,-M. Payne (Londres) : Mécanismes mentaux dans te rêve 

et les états de transe. 

La relation entre le rêve éveillé, Pctat de rêve, et la transe du médium. 
Le rêve comme gratification libidinale: Le rêve comme mécanisme de 
défense contre l'instinct d'agression. Facteurs prédisposants et trauina- 
tiqties dans Tétiologie. Le rôle joué par les phénomènes de dépersonna- 
îîsâtion et d'aliénation, La transe du médium comme tentative de subli- 
mation et comme effort pour entrer en relation avec les objets* 

Troisième séance scientifique 

Mardi 25 août, 9 heures. 

Président ; D r Paul Federn, Vienne, 

I. — Fritz Wittels (New-York) : Le contenu psychologique 

de € masculin » ci « féminin »- 

Introduction, dans la psychologie de la sexualité, de ridée a d'expé- 
rience » (Ertebnis) : le sexe du sujet et le sexe opposé comme « expé- 
rience .ïk Explication du mot Erlebnis intraduisible pour les penseurs 
anglais et français. Récapitulation d'une définition d' « expérience » 
sexuelle du point de vue du eurmoi (parue dans Almanach, 1933, et dans 
fnter. Journal of Psychoanalysis, 1933). Les polarités a sexuel] es du moi 
pensant et leurs relation à la bissexualité dont le véritable lien est le ça. 
La bissexualité, avec les instincts de plaisir et de mort et la contrainte à 
la répétition, qualité fondamentale du ça. Entrelacement des trois exi- 
gences ; sois les deux sexes et complet, ne sois d'aucun sexe t confesse ton 
propre sexe* Un essai de compréhension) sur cette base, * du narcissisme 
et des complexes d'Œdipc et de castration* 

H. — Marie Bonaparte (Paris) ; Du Masochisme féminin essentiel (IL. 

Poursuivant ses recherches sur la sexualité féminine exposées au der- 
nier Congrès, et qui touchaient la bissexualité foncière de la femme. Mme 
Marie Bonaparte traite aujourd'hui du masochisme féminin essentiel. 
D'accord en ceci avec les vues d'Helene Deutsch, elle voit dans ce maso- 
chisme une part constituante régulière de la sexualité de la femme. 
L'éjude des fantasmes de flagellation en particulier, chez les femmes, lui 
permet d'établir une phase normale de révolution instincïuelle où Ja 

(1) Cette communication, révisée, paraît dans le présent fascicule. 



336 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



-libido phallique, de sadique, se retourne en masochïque. Elle suit alors 
les divers destins de ces fantasmes : conservation totale, refoulement do 
la représentation avec ou sans sauvetage de l'affect, intégration ultérieure 
de cet aflfect sauvé dans la fonction erotique adulte, formation réaction- 
nelte ou sublimation, et elle en déduit les divers types erotiques de 
femmes que la clinique psychanalytique permet ensuite d'établir, 

III, — H* Lcewcnstein (Paris) ; Phase phallique passive chez V homme (1), 

Dans un grand nombre de cas de troubles de la puissance chez 
l'homme, s'accompagnant d'une activité génitale normale plus ou moins 
complètement inhibée, l'automatisme génital est conservé sous des (ormes 
de satisfaction passive : masturbation, fellation. L'auteur propose de 
distinguer deux phases de la fonction génitale correspondant à deux 
phases du stade phallique de la libido, La phase phallique est caracté- 
risée par la prédominance de désirs et de formes de satisfaction à buts 
passifs. Le but actif de pénétration n'apparaît que lard dans l'enfance, et 
à la puberté seulement sous une forme sans équivoque. Au cours de la 
phase passive, le pénis se coin porte comme n'importe quelle autre zone 
érogène : clitoris ou mamelon, La phase active déclenche l'instauration 
de la primauté génitale. 

Chez les adultes, les formes passives de satisfaction génitale sont 
accompagnées d'une éjaculation rapide sans mouvements convulsifs. 
Dans les cas d'éjaculation précoce, l'orgasme peut prendre une forme 
uréthrale due à la régression de la fonction génitale à la phase phallique 
passive. La possibilité de satisfaction génitale sous une forme passive 
dans les cas de troubles de la puissance (de même que dans ceux de mas- 
turbation persistante ou d'homosexualité) indique que le complexe de 
castration peut inhiber Inactivité génitale normale, tout en gardant 
intacte la forme passive de cette fonction. 

IV* — Mêla nie Klein (Londres) : Psychogenèse de ta manie 

dépressive. 

En partant de cette connaissance» que la formation du surmoi com- 
mence avec les premières incorporations orales d'objets, nous arrivons à 
la conception d'un surmoi formé d'une quantité d'objets investis et 
d'identifications dérivant des divers stades du développement. Cette sur- 
imposition dans la structure du surmoi constitue — en cas de maladie — 
le fondement de Ja nature hétérogène des objets érigés dans le moi, et des 
relations compliquées du moi avec ses objets introjectés. A la lumière de 
celle conception de procédés normaux et anormaux d'inirojection> on 
peut discerner une proche parenté entre les mécanismes de la paranoïa 
et de la mélancolie, 11 en découle des résultats qui complètent nos con- 
naissances actuelles sur la perte de l'objet et le processus d'introjection 
dans la mélancolie, 

<Ij Voir cette Revue, tome VIII, 1935, page 3G, 






COMITES RENDUS 337 



V* — HeleDe Deutscb (Vienne) ; Don Quichotte et « Quichottisme ». 

Avec pour point de départ l'immortel héros de Cervantes, le <c qui- 
chottisme » est examiné comme un trait constant de l'esprit humain. 
Description de l'influence de ce facteur inhibant et favorisant à la fois 
l'adaptation à la réalité, et discussion de son importance pour la com- 
préhension de la psychologie du moi ; compte rendu des conditions dans 
lesquelles les limites du normal sont dépassées soit dans la voie d'une 
excellence spéciale soit dans celle de la morbidité. En particulier expo- 
sition de ses rapports avec les psychopathies et les états psychotiques 
cliniques. 

VI. — M. Katan (Hollande) : Tentative à la Restitution 
dans la schizophrénie : une contribution. 

Essai d'application de la doctrine de la dualité des instincts à la for- 
mation des illusions dans la schizophrénie* Discussion, avec appoint de 
matériaux cliniques, de la possibilité d'une diffusion progressive des 
instincts telle que les organes par lesquels s'exprime l'auto-érotisine 
deviennent les objets de Pinstinct de mort. La projection est consécutive 
aux dangers qui s'ensuivent, eî la lutte entre les deux instincts est alors 
représentée par les divers rapports illuslonncls entre un objet du moud? 
extérieur et le moi. Dans bien des cas de démence paranoïde, la tenta- 
tive à la restitution va si loin que le complexe d'Œdipe est revécu. En 
vérité, l'essai de rétablissement de la première situation est si réussi 
qu'on arrive à un investissement verbal du matériel infantile sans toute- 
fois l'investissement instinctuel correspondant, 

VIL — Edith Vorwinckel {Berlin) : Contribution à la théorie 

de la schizophrénie, 

La psychiatrie (Berze) conçoit les troubles fondamentaux de la schizo- 
phrénie comme une « hypotonie de la conscience » à laquelle elle ramène 
tous les symptômes essentiels, Il n'y a pas loin de cette conception psy- 
chiatrique à celle, psychanalytique* de la faillite de la fonction synthé- 
tique du moi* Cette fonction dépend largement d'une libre permutation 
des libidos objectale et narcissique, comme dans l'illustration tirée par 
Freud des pseudopodes* Dans la perte de la réalité qui accompagne la 
schizophrénie, et dans la régression narcissique de la libido> les diverses 
identifications qui concourent à la formation du moi sont chargées d'une 
excessive accumulation de libido. Le tableau changeant de la catatonie 
devient compréhensible si nous pouvons deviner quelles identifications 
se sont surchargées de libido et ont à ce moment usurpé par violence un 
pouvoir sur le moi. L'expérience subjective de soumission à un contrôle 
étranger révélée dans les expressions de cataioniques telles que : « Mes 
pensées, mes mouvements ne sont pas les miens », est en accord avec 
ces notions. Il y a tendance à projeter dans le monde extérieur l'Identi- 
fication que la concentration de libido a rendue trop puissante, et ceci 
correspond au mécanisme d'auto-guérison des psychoses tel que Freud 

REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE, 10 



^^fc^É* 



338 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Fa décrit. Le morcellement du moi en ses identifications constituantes 
peut être interprété comme un autre mécanisme de défense coiïtre l'ins- 
tinct, semblable à la répression et à l'isolement des niveaux de régression 
plus élevés* 

YIIL — Thérèse Benedek (Berlin) ; Un type spécifique de toxicomanie. 

A la lumière du cas grave d'une jeune fille de 26 ans, la toxicomanie est 
décrite comme un désordre secondaire. Le conflit instinctuel primitif 
conduit finalement à une « idée exaltée ». L' <* idée exaltée » est consi- 
dérée comme une paranoïa monosymptomatique. L'investigation psycha- 
nalytique de r « idée exaltée » aboutît à la découverte de grandes simila- 
rités génétiques entre elle et le surmoL L' a idée exaltée » a la fonction 
et le rôle économique du surmoi, mais appartient topographiquement au 
moi, Le caractère de surmoi de !' « idée exaltée » maintient le conflit 
instinctuel qui est incessamment forcé de se soulager par la drogue, avec 
toutes ses complications. 

Dans les psychoses, la décharge de la tension due au conflit instinctuel 
primitif, se fait alloplastiquement, c'est-à-dire par projection, ce qui 
aboutit alors à de nouvelles relations contractées avec le milieu. La 
'décharge de la tension due au conflit primitif se fait auiopiastiqaement 
dans les toximanies ; la drogue prise au monde extérieur est ingérée par 
le moi dans un effort pour transformer celui-ci* 

IX. — Alfred Gross (Milan) : Effets sur le psychisme de substances 

taxoïdes et toxiques, 

La littérature psychanalytique sur les influences des toxiques ne traite 
le sujet que du point de vue de la toximanie et de la paranoïa. En raison 
de l'ubiquité de ces influences dans notre vie quotidienne, la présente 
communication s'attache à atteindre une compréhension plus générale, 
et permet de découvrir un processus primaire valide généralement, qui 
ost formulé avec les moyens dont dispose la dynamique analytique, mais 
« au delà du principe de plaisir ». Formule de base, psycho-énergétique, 
des effets toxiques. Tolérance à ces effets et le désir d'abstinence à la 
lumière de cette formule. 

Groupement, à l'aide de la topographie analytique, des types de réac- 
tion les mieux connus. Possibilité de concevoir le mécanisme primaire de 
l'influence toxique comme un « traumatoïde » psychique. 



Quatrième séance scientifique 
Mardi 28 aoât r S h. 30. 
Président : J. H. W. van Ophuijsen, La Haye. 

L b — Këthe Misch (Londres) : Les fondements biologiques de la théorie 

de l'angoisse de Freud (Résumé non reçu). 



COMPTES RENDUS 339 



IL — Werner Kcnipcr (Berlin) : Le problème de l'orgasme 
et de la frigidité à ta lumière de l'embryologie comparée. 

Sous le rapport de son développement, le vagin occupe une position 
exceptionnelle : 

1) Ontogéiiétiquement :. Le vagin est la seule zone érogènc qui n'est 
pas d'origine cloacale^ tandis que toutes les autres zones érogènes, celles 
des organes génitaux externes et internes dans les deux sexes, celles, éga- 
lement, de la phase uréthro-anale, sont identiquement prouvées de déri- 
val ion cloacale. En conséquence, nous devons postuler une a phase 
c)oacale préhistorique » donnant naissance à Pérogénéité de ces zones, 
en opposition avec le vagin* 

2) Phylogcnétiquement : Le vagin est phylogénétiquement la partie de 
l'appareil sexuel la plus récemment acquise ; sa fonction comme organe 
qui, au cours de Pacte sexuel, enveloppe le pénis comme d'un manteau, 
est pour la plus grande part assumée, même dans le groupe des mammi- 
fères, par le vestibule/et par le cloaque dans les stades qui précèdent la 
différenciation cloacale, à l'exclusion du vagin qui est un développement 
ultérieur. 

En ce qui concerne la question de la genèse de cette érogénéité non- 
cloacale du vagin, on se rapporte à la transformation de l'orgasme accom- 
plie au cours du développement phylogénetique de la femelle. Elle se 
résume en ceci, que la fonction de l'orgasme, primitivement liée dans les 
deux sexes à la décharge de l'ovule ou de la semence par ranimai parent, 
c'est-à-dire à un processus dirigé vers l'extérieur, subit un modification 
chez la femelle lorsque se développe un acte de fertilisation dirigé vers 
l'intérieur ; l'orgasme rompt son lien avec la libération de l'ovule (qni 
sera désormais due à la fertilisation), et s'adapte temporairement à 
l'orgasme du mâle, qui demeure inchangé. 

Discussion de l'hypothèse que Pérogénéité du vagin, dont la genèse a 
été plus haut caractérisée d'obscure, serait l'héritière de Pérogénéité pri- 
mitive, maintenant abandonnée, de Poviducte, 

Discussion d'objections critiques sur la méthode et le fond. 

III, — Heinrich Meng (Bâle} ; Névropathie et psychopathie. 

Ce travail fait suite à <r Hystérie et psychopathie » (1919) de Fcrenczî 
et tient compte d'observations et d'expériences acquises dans le traite- 
ment mental ries maladies organiques depuis la publication de ce livre. 
Ensuite il examine la question de savoir si le concept de « psychose 
d'organe », formulé à propos du traitement d'une femme atteinte de la 
maladie de Simmonds, est une hypothèse utile* Discussion des altérations 
spécifiques accompagnant les psychoses, les névroses et les formes mixtes. 

IV. — Robert Wâlder (Vienne) : Le problème de la liberté 
en psychanalyse et le problême de Y épreuve de la réalité. 

Pas une discussion du problème métaphysique du « libre arbitre », 
mais de la « liberté » comme phénomène psychologique. Expressions 



^— ^^^^ 



340 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



analytiques telles que : la liberté de faire ceci ou cela manque dans la 
névrose, le traitement a pour but de donner au moi une plus grande 
liberté, etc. 

Trois couches au problème de la liberté ; Ja forme la plus générale : 
objectivation d'une expérience subjective ; se rendre libre des afleclSj 
disposer des affects ; liberté de comprendre la réalité. Trois degrés de 
ces troubles, dans ) a névrose, la psychose, l'asymbolie ; dans rasvmbolie, 
perte de perspective en ce qui concerne l'expérience subjective ; dans la 
névrose, absorbement par les affects avec maintien de la fonction du moi 
et du surmoi ; dans la psychose, perte de la liberté en relation avec le 
monde objectif avec maintien de la fonction du surmoi. Les trois couches 
correspondent à la division triparlite de la personnalité en psychanalyse. 

Pensée causale ; la question « pourquoi » correspond à la tension entre 
ce qui est possible (fonction du surmoi) et ce qui est réel (perceptions et 
instincts). 

Troubles de la volonté dans la schizophrénie. Le problème de l'expan- 
sion du moi (« où était le ça, là sera le moi ») et la rétraction du moi* 
Pseudo-force du moi (peur de la peur on croyance à la toute-puissance) 
et vraie force du moi. 

L'homme nous apparaît comme une créature douée d'une somme limi- 
tée de liberté* Aperçu de pédagogie psychanalytique : la pédagogie pré- 
analytique reconnaît deux méthodes- d'enseignement : récompenser - 
punir, et la technique du devoir (« tu dois »), Lu premiers présuppose 
une absence complète de liberté» la seconde une liberté sans bornes ; la 
première est, peut-on dire* animale, sub-huniainc, la seconde divine, sur* 
humaine : aucune des deux n'est humaine. La pédagogie psychanalytique, 
pédagogie humaine, présupposant J 'existera ce d'une somme, toutefois 
limitée, de liberté, 

V, — Ernst Krist (Vienne) : La psychologie de la caricature. 

Le bénéfice de plaisir dans la caricature (considérations économiques). 
Correspondances entre le mot d'esprit et la caricature, la contribution de 
l'inconscient à la caricature, similarité de celle-ci avec le rêve, sa rela- 
tion au mécanisme du processus primitif (considérations topographiques). 

Exemples par référence au problème de la caricature des animaux ; ses 
rapports avec la physiognomonîe et la <i caractérologie », ses relations 
psychologiques aux phobies d'animaux et au totémisme. 

Mécanisme du mot d'esprit el celui de la "caricature ; les premières 
formes insultantes ou dérisives (considérations phylogénétiques), La 
caricature et l'art graphique de l'enfant (considérations çntogéiiélïques). 

Aperçu des problèmes généraux de la psychologie du comique : le 
comique comme type d'effort de solution ; « l'individu comique », type 
de caractère. Les jeux et la gaieté, précurseurs du comique ; ses buts : 
acquit de plaisir, maîtrise de Ja souffrance. Le double tranchant du phé- 
nomène comique (excitation douloureuse au lieu de plaisir el le conilit do 
l'ambivalence). Le processus comique, œuvre du moi. Le processus prîim- 



COMPTES RENDUS 341 



tif au service du moi. Les relations du processus primitif aux mécanismes 
de la pensée chez les enfants et les primitifs. 

Le comique et le sublime, manie et extase, 

La position particulière de l'humour, 

VI. — Gustav Ttally (Zurich) : La signification sociale de Vanaliiê. 

Au cours do la phase anale, l'homme montre une tendance à obtenir 
des satisfactions {jeux avec les excrétions fécales et urinaires) sur le 
mode narcissique (indépendamment des objets)^ tandis que les efforts 
vers les objets se réfèrent exclusivement à la mère, Différentes indica- 
tions nous font soupçonner que dans la situation anale il subit des ten- 
dances, ^incomplètement réalisées, au développement d'un système égo- 
cenlriquc de rapports âxec le milieu (indépendance des parents). Ce 
développement est chez l'enfant inhibé par sa dépendance 4 e Sft mère, 
, dépendance qui est à cet âge quasi complète, à peu près comme les pre- 
miers efforts pour atteindre la situation génitale sont destinés à une fin 
prématurée. Les animaux choisis comme comparaison (chiens, singes) 
sont à une phase correspondante juste en train de quitter les côtés de 
leur mère. Leur milieu assume ainsi une note anale plus ou moins évi- 
dente, caractère qu'il retient (traces d'excréments et d'urine laissées 
autour d'eux). Ici l'odorat a une fonction capitale comme moyen d'orien- 
tation, Dans la composition de l'an alité humaine, les traits essentiels du 
<c monde vu, à travers Tœil anal » de ranimai sont présentés dans leurs 
rapports à la mère et au moi individuel. 

VIL — Barbara Lo*w (Londres) ; La récompense psychologique 

de l'analyste. 

1) Principaux problèmes des privations psychologiques de l'analyste : 
û) Inhibition de la satisfaction narcissique ; b) Inhibition des pulsions et 
ambitions du surmoi ; c) Inhibition de la certitude dogmatique* La récom- 
pense pour tout ceci s'obtient par : 

2) Le processus de « participation ^ de la part de l'analyste ; pour 
être une véritable récompense ceci doit impliquer : a) Vivre d'autres vies, 
pas seulement les « pénétrer pour voir » (c'est-à-dire possibilité chez 
l'analyste d'une expérience créatrice, grâce à laquelle il parfait ce qu'il 
connaît de lui-même, et se rend compte d'éléments ignorés par lui jus- 
que-là, réalisant ainsi ses fantasmes et libérant une grande partie de son 
inconscient) ; b) Revivre sa propre évolution intérieure de concert avec 
Je même phénomène chez l'analysé, 

3) Réaction de cette « participation » sur le malade avec réaction 
secondaire sur l'analyste, a) Plus grand contact avec l'analyste ; b) Créa- 
tion (1*1111 « sentiment de mouvement » s'accordant avec la vie pulsion- 
nelle de l'analysé ; c) Appoint au développement positif du moi du 
majndc. 



■np 



342 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



Cinquième séance scientifique 

Jeudi 30 août } 9 heures. 
Président : D 1 Félix Boehm, Berlin, 

L — Edward Glover (Londres) : Etude des névroses obsessionnelles 

pur rapport an développement mental 

L'étude des névroses obsessionnelles constitue un point central dans 
les recherches sur le développement mental* Ces névroses représentent 
une phase au cours de laquelle Fhomixie atteint le premier contrôle effec- 
tif des mécanismes d'introjection et de projection. Les affects particu- 
liers à ces premiers mécanismes sont maîtrisés jusqu'à un certain point 
et plus intimement liés à des systèmes d'idées, ce qui favorise l'adaptation 
à la réalité. 

Pour cette raison» et pour d'autres^ ]e groupe des névroses obsession- 
nelles exige une classification et une subdivision plus précises, Une 
corrélation avec la mélancolie et la paranoïa fournit un abord simple à 
ce problème, mais elle doit être doublée d'une étude et d'une classifica- 
tion des perversions et d'une plus claire intelligence des relations entre 
les craintes obsessionnelles et les phobies d'angoisse, 

IL — H, Ghrïstoffel (Bâle) ; Genèse et symptomatotogie 

de l'exhibitionnisme. 

Un ouvrier spécialiste âgé de trente et un ans, occupant depuis douze 
ans une bonne situât i on > marié sept ans sans enfants, fut poursuivi pour 
exhibitionnisme cinq et dix ans auparavant, et maintenant pour la troi- 
sième fois la même offense l'amène devant le tribunal* Il demande alors 
l'assistance médicale et il est dirigé sur le psychanalyste. Alors qu'il est 
encore en instance de jugement, peu avant les débats du procès, il est 
arrêté derechef pour s*être exhibé. Grâce à l'évidence de Fexpert médical 
— qui s'était mis en rapport avec l'analyste — le malade n'est condamné 
qu r à deux mois de prison avec sursis et une menace de déportation* 

Depuis ce moment, il ne s'exhibe plus ; mais son désir d'exhibition ne 
disparaît définitivement que huit mois après le début du traitement* 
L'analyse fut poursuivie pendant neuf mois encore, et fut interrompue 
par le malade uprès qu*îl eut perdu toute une série d'autres symptômes en 
dehors du plus frappant* Le temps total de cette analyse partielle plus 
qu'à l'ordinaire fractionnée (analyse qui s'étendit sur dix-huit mois envi- 
ron) fut d'à peine cinquante heures, divisées en séances régulières d'une 
demi-heure qui se suivirent avec plus de fréquence aux premiers stades, 
si bien que trente-qualrc h cures tombent dans les huit premiers mois et 
seize dans les neuf derniers. Le coût de ce traitement d'assistance, com- 
paré à ce que coûte à PElat une condamnation à deux mois de prison, est 
dans le rapport de 4 a 3, 

En dépit de cette analyse écourtée, il fut possible, dans une large 
mesure de mettre à jour les complexes fondamentaux, bien que les coin- 



■■■■ ■ ■ ■ ■■ ■■■ ■ - ' 



COMPTES RENDUS 343 



plexes d'G^dipe et de castration aient été insuffisamment travaillés. 
L'analyse qui fut ainsi relativement productive fournit des conclusions 
d'ordre génétique et structural qui forment un appoint à nos connais- 
sances présentes concernant .l'exhibitionnisme» En particulier, Pagressi- 
vité directe et indirecte (exhibitionnisme terrorisant, action de se rendre) 
doit être interprétée en rapport avec le complexe de castration. Nous 
trouvons de plus d'importantes relations entre l'exhibitionnisme et la 
phose orale (complexe du sein). 

III. — Boira in D. Lewin (New-York) : Signification de la crainte 

dans la claustrophobie. 

La crainte éprouvée dans les états de claustrophobie est doublée 
d'idées se rapportant à la situation intra-utérine, et est soit une crainte de 
naître, soit une crainte d'être dérangé (étouffé, blessé, etc.), par le phal- 
lus du père au cours du coït* Ces craintes sont à leur tour réductibles 
aux craintes de la défloration, de la naissance, de la castration. Diffé- 
rentes combinaisons de la claustrophobie avec la crainte d'être aveuglé, 
de se noyer, etc., sont interprétées, et on y a joint certaines remarques 
sur ce que sont les pensées ou les spéculations de l'enfant au sujet de la 
situation intra-utérine. 

IV. — Edoardo Weiss (Rome) : L'agoraphobie et son rapport 
avec tes crises d'hystérie et les traumas- 

Quoique dans la majorité des cas l'agoraphobie soit précédée par 
l'apparition soudaine d'une crise d'angoisse, il existe des cas isolés qui 
succèdent à une crise d'hystérie, et d'autres encore dont le point de 
départ est une expérience traumatisante subie dans la rue. On donne 
ensuite un compte rendu des résultais obtenus par l'analyse de diffé- 
rents cas de ces phobies, quelques nouveaux points de vue concernant 
les crises d'hystérie en général, ses relations aux crises d T angoisse du 
phobique* et des points de. vue métapsycbologiques relatifs à la nature 
traumatique de bien des crises d'hystérie et d'angoisse comparée aux 
traumatisines psychiques qui ont leur origine dans un stimulus extérieur. 

V* — Gregory Zilboorg (New- York) : Problèmes cliniques du suicide. 

(Résumé non reçu), 

VL — Karl-A. Menninger (Topeka, Kansas) : Auto-destrnciion focale. 

Dans une précédente étude sur le suicide, l'auteur a montré que les 
mobiles inconscients de cet acte appartiennent à au moins- trois groupes : 
le désir d^ tuer, le désir d'être tué, et le désir de mourir. Pour satisfaire 
les tendances agressives, destructives (désir de tuer), et les tendances 
masochiques de soumission (désir d'être tué), la mort effective de la per- 
sonnalité totale n*est pas essentielle. Ces composantes peuvent être satis- 
faites par un « suicide partiel » atténué dans le temps (comme dans 
l'ascétisme, le martyre, l'inanition) ou dans l'espace (atteintes du sujet à 



^44 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



différentes parties de lui-même, insuffisantes pour en mourir). Ces der- 
nières pourraient être désignées sons ]e nom d'auto-destruciion focale* 

L'auteur présente ici un résumé de ses travaux sur les diverses Tonnes 
de Pauto-destruction focale, comprenant : 1). les auto-mutilations (cou- 
ramment observées, sous des formes bizarres, dans les psychoses, et sous 
des aspects plus communs dans les névroses, les cérémonies religieuses 
et les habitudes sociales) ; 2) les stimulations de maladies ; 3) la sou- 
mission compulsionnelle à une on à plusieurs opérations chirurgicales ; 
4) les accidents d'intention inconsciente résultant en blessures locales. 
Elles ont toutes ceci en commun : c'est qu'une partie du corps est blessée 
ou détruite avec la coopération partielle du reste de la personnalité* 

Dans tous les cas d'auto-destruction focale, la dynamique semblerait 
être : 1) l'acceptation de satisfactions passives comme substituts d'actes 
et de désirs sexuels actifs et agressifs, et 2) le renoncement à une partie 
des tendances agressives comme sacrifice pour des agressions passées et 
comme prix de l'achat d'une indulgence future, L'aulû-destruclion focale 
a donc pour but principal non pas la destruction de la vie, mais sa con- 
servation, et bien qu'elle apparaisse comme une forme de suicide atténué, 
elle n'est en- réalité qu'un compromis grâce auquel l'annihilation lotalc 
est évitée. Elle semble donc représenter la dominante de l'instinct de vie 
plutôt que (comme dans le suicide) celle de l'instinct de mort. 

Sixième séance scientifique 

Jeudi 30 août, JS /t. 30, 
Président : D T Islvàn Ho 116s, Budapest 

I. — - Franz Alexandcr (Chicago) : Facteurs psychogènes dans Vêtiotocfie 

des ulcère s peptiquûs (Résumé non reçu). 

II- — George Wilson (Chicago) : Un cas de laryngite aifftte survenant 
comme symptôme de conversion durant l'analyse (Résumé non reçu). 

III. — Oskar Pfïster (Zurich) : Les soins de rame suivant 
le Xouveau Testament et la thérapeutique psychanalytique. 

L'origine commune des deux dans Peffort pour surmonter l'angoisse 
du sentiment de culpabilité et le Mal, qui est conçu comme une punition 
(divine ou infligée à soi-même), en particulier ce mal qu'est la maladie. 
Les conditions métaphysiques de la culpabilité (Dieu — idéal du moi 
normatif eî punitif* le péché, les démons — les désirs œdipiens, le ça, la 
possession — les obsessions). 

Abrogation du conflit religieux (ou psychogène) provoquant l'angoisse : 
remplacement d'une instance dictatoriale et punitive par une autre bonne 
et clémente, d'une attitude d'angoisse el de névrose obsessionnelle par 
une altitude libre et saine (la religion, Y éthique et la psychanalyse comme 
hygiène mentale de l'individu et de la société, l'interdiction de morali~ 
ser> la création d'une dévotion, indépendante el aimante, à la suprême 
instance normative), abrogation finale de tous les principes éthiques, pre- 



COMPTES RENDUS 345 



liant la place de la sublimation et du progrès moral. Simultanément 
régression du pèrq strict au père « pré-moral » de la tendre enfance et 
conciliation avec lui par une confiance aimante (Nouveau Testament) ou 
par l'obéissance à un idéal du moi purgé et généralisé (psychanalyse), ou 
enfin par la destruction de toutes les normes et 3a dévaluation du père 
(par delà le bien et le mal)* 

Importance du transfert et de l'intercesseur (Christ, prêtre — analyste), 
qui, d'un coté, est le représentant de ta norme et sa personnification fai- 
sant autorité (Dieu — idéal du moi), et, de l'autre, représente une huma- 
nité qui reçoit de l'amour (le Dieu-fait-homme du Christ comme postulat 
psychothérapeutique et son analogue en psychanalyse). Régression à nue 
situation de la première enfance (Jésus : à un petit enfant, évangile de 
saint Jean, saint Paui ; au corps de la mère — psychanalyse ; variations 
individuelles dans le degré de la régression) ; le principe de renouer des 
liens perdus et de se tourner librement vers de nouvelles échappées. 

Malgré les nombreuses analogies qui permettent de considérer le soin 
des âmes du Nouveau Testament comme une forme non -scientifique et 
intuitive de la psychanalyse, et In psychanalyse, sous bien des rapports, 
comme une élaboration scientifique du primitif soin des âmes chrétien, il 
existe de profondes différences en ce qui concerne le but, l'estimation 
intellectuelle de l'objet (point de vue religieux et point de vue général 
psychanalytique — investigation du réseau des déterminantes par la 
méthode des sciences exactes), le traitement et la topographie, si bien que 
les deux procédés doivent être nettement différenciés. Dans les cas diffi- 
ciles, l'analyse stricte, pure de tout mélange de religion, doit toujours 
montrer le chemin ; combien il faudra reconstruire une nouvelle vie 
après le travail de privation (l'analyse) et combien cette reconstruction 
demandera d*aide extérieure (psychothérapie, conseils spirituels) dépend 
de chaque cas individuel. Avec les enfants et la plupart des adolescents 
nous ne pouvons nous dispenser du besoin de supplémenter Panalyso 
dans une direction positive. 

IV. — Emilio Servadio (Rome) : Psychanalyse et télépathie. 

L'auteur part de la supposition que la télépathie est un fait déjà établi, 
<?t examine séparément les trois problèmes principaux de la télépathie 
dans leurs rapports avec la psychanalyse, à savoir : a) cas de télépathie 
pendant l'analyse ; b) les soi-disant « reves télépathiques » ; c) les trans- 
ferts télépathïques à l'état de veille, avec référence spéciale aux formes 
hallucinatoires. 

Au sujet de la première question, Fauteur développe les contributions 
d'Hcîene Dcutsch et de Istvan îlollôs, en les supplémenlaiit d'observations 
personnelles, les unes théoriques et les autres tirées de la pratique analy- 
tique. Il interprète, à la lumière de ses conclusions, une communication 
de Freud bien connue* Il montre comment la supposition et la connais- 
sance de phénomènes télépatbiques survenant au cours de l'analyse peut 
favoriser le processus analytique. 

En ce qui concerne les soi-disant « rêves télépatbiques », Fauteur pro- 
pose une extension des formulations de Freud et il insiste particulière- 



34(> REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



ment sur les états et les complexes psychiques qui provoquent le transfert 
télépathique et le déterminent D'un point de vue analytique, les condi- 
tions probables qui permettent cette forme de transfert sont du plus haut 
intérêt, et Fauteur discute à ce propos et la télépathie dans les rêves et 
les éléments télépathiques au cours de l'analyse. 

Pour ce qui est des hallucinations télépathiques, Fauteur s'efforce de 
résoudre le problème de savoir pourquoi elles consistent en la percep- 
tion visuelle de l'imago de celui qui émet et non pas de celui qui reçoit, 
alors que celle-ci seule pourrait être présente dans Pesprit de l'émetteur* 
Il fait appel à la théorie psychanalytique des hallucinations, à la faculté 
du ça d'obtenir des satisfactions hallucinatoires, et en infère qu'une 
image hallucinatoire télépathique est une production psychique du sujet 
qui reçoit, et semble être une compensation pour une blessure de la per- 
sonne de rémetteur ou pour sa destruction, dont l'inconscient reçoit la 
nouvelle. 

Pour finir» l'auteur affirme, du point de vue de la métapsychologie, la 
nature régressive de la télépathie comme telle ; il souligne le caractère 
ontogénétiquement archaïque de l'expression télépathique et son antério- 
rité sur le geste et la parole. Il se demande si un tel caractère ne peut être 
considéré d*un point de vue pyïogénétique, comme Freud l'avait pensé et 
comme les observations faites dans le domaine de l'ontogenèse semblent 
le montrer, 

V, — Nicola Péri otti (Rome) : Considérations psychanalytiques 

sur la musique. 

La musique est le langage de l'inconscient. Aussi bien que les processus 
mentaux inconscients, elle est incapable de contradictions et de néga- 
tions, et elle est dépourvue de toute logique, sans aucun rapport avec le 
réalité extérieure- 
La musique n'exprime ni concepts ni sentiments» mais seulement les 
passages et les variations, avec toutes leurs complications possibles, des 
«. charges » psychiques adhérent à des états d'âmes ; c'est pourquoi la 
musique est l'expression du dynamisme instinctuel de l'inconscient. Cette 
expression se réalise sans l'intermédiaire du préconscient, directement 
de l'inconscient au conscient- 
Mais» bien que la musique soit en elle-même in affective» elle excite tout 
de même chez les auditeurs des sentiments, des représentations et des 
fantaisies, ce qui se vérifie lorsqu'elle découvre dans le préconseïent une 
idée à laquelle elle puisse s'attacher, et qui lui serve» pour ainsi dire, de 
véhicule* 

Un examen plus approfondi laisse entrevoir que ce rapport est un des 
traits essentiels de la création artistique. 

VI. — Valter Kluge (Berlin) : Importance de la phase pré-œdipienne 

1 pour la psychologie de la religion. 

Tant que le complexe d'Œdipe était le centre des recherches psycha- 
nalytiques, il était naturel qu'il devait dominer les investigations sur la 
psychologie de la religion faites sur une base analytique. Ce n'est que 



— ^— 



COMPTES RENDUS 347 



lorsqu'en réponse à des sondages plus profonds, la phase pré-œdipienne 
commença de se révéler à notre intelligence, que son examen put devenir 
fructueux en ce qui concerne les problèmes psychologiques de la religion. 
En fait, les racines du phénomène religieux se trouvent déjà dans la 
sphère pré-œdipienne> quoique 1a situation œdipienne ait pour lui la 
valeur d'un premier évocateur, si bien qu'il est plus que naturel que cette 
situation œdipienne ait pu être précisément considérée comme la pre- 
mière et la dernière cause de toute expérience religieuse. Néanmoins, le 
chemin direct partant de ce qu'on appelle le « sentiment océanique a 
conduit, non pas au complexe d'GEdipe, mais à la communion pré-cedi- 
pienne de la mère à l'enfant, à une couche où les facultés critiques n'exis- 
tent pas encore et où règne une confiance aveugle* Il est très possible que 
la déification de l'imago maternelle commence à ce moment. 

Dans le monde biblique réveil de la transition de la phase pré-œdi- 
pienne est clairement symbolisé dans le mythe du paradis, la v chute » 
de « l'innocence » dans le sentiment coupable de l'inceste. Cet état de 
chose éclaire les notions centrales des plus hautes religions, d'une part 
celle de « réconciliation » (avec l'imago paternelle ambivalente), et d'au- 
tre part celle de » salut » (par union pré-œdipienne avec la mère), 

En creusant plus loin, nous trouvons la possibilité d'une meilleure 
compréhension analytique des phénomènes mystiques, spécialement de 
ce qu'on nomme le mysticisme de l'épouse, qui est la communion « non- 
coupable » avec l'imago maternelle sur la base d'une sublimation reli- 
gieuse* En dernier ressort, l'expérience mystique ne peut pas cire expli- 
quée simplement comme une manifestation narcissique, Sur de semblables 
prémisses nous pouvons espérer une augmentation appréciable des con- 
tributions psychanalytiques à la psychologie générale de la religion. 

Enfin, nous pouvons exprimer l'idée bien fondée de ce qu'on nomme 
l'instinct de mort, caractéristiquement tissé d'éléments libidinaux, joue 
un rôle spécifique ci important dans toutes les manifestations religieuses* 
Il est probable que l'introduction de l'instinct de mort comme un facteur 
de poids, rendra nécessaire une modification considérable de la concep- 
tion psychanalytique actuelle de la nature du « sacrifice » ; en dehors de 
ee dernier point de vue* le « sacrifice » se manifeste déjà dans la vie pré* 
œdipienne de l'enfant* ^ 

Septième séance scientifique 

Vendredi 31 août, 9 heures. 
Président : D T À.-À. Brill, New-York. 

I- — René Laforgue (Paris) : Contre-indications de ta règle 

fondamentale (1)J 

La règle fondamentale du traitement analytique (analytische Grundro- 
gel) ne peut pas toujours être appliquée d'une façon rigoureuse à moins 

(]) Communication parue dans cette Revue, t. VU, p, 781, sous le titre : a Excep- 
tions à la règle fondamentale )>. 



Il ■ I ■ ■^^—^■™ 



548 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



'do faire le jeu de la résistance du in al n de. Il importe donc de l'appliquer 
avec toute la souplesse désirable. Nous nous proposons d'étudier dans 
-cette conférence les situations où l'application stricte de la règle fonda- 
mentale pourrait être contre-iAdiquée. 

• 

IL — (ïrcte Rïbring-Lehner (Vienne) : Sur fes résistances de transfert. 

L'importance de la réalité et du fantasme dans la théorie île la forma- 
tion des névroses. Le transfert comme déplacement spontané d'attitudes 
inconscientes chez l'analysé, sur l'imago représentée par l'analyste. 
Importance, pour le transfert, de la personnalité réelle de l'analyste. Au 
moyen d'exemples cliniques, on montre comment la personnalité réelle 
de l'analyste peut influer sur Je caractère du transfert et des résistances. 
Conséquences de cette conclusion* 

IIL — Thedor Rcik (La Haye) : Point <ic contact ; Pause; Reprise. 
(Orientations nouvelles en technique psychanalytique* IL) 

Les principales conditions générales pour l'intelligence des processus 
inconscients chez un autre. La nature des matériaux inconscients à por- 
tée. Le processus psychique chez l'analyste, L'instant de transition du 
processus primitif au processus secondaire comme moment psychologi- 
que de la compréhension analytique (point de contact). Reconnaissance 
du point de contact, danger de le négliger* D'abord de l'obscurité, La 
période rie latence de la compréhension psychologique* Nouvelle utilisa- 
tion inconsciente de l'association. L'intervalle productif, la connaissance 
analytique mûrissant alors. Contre le peje-nièle de la pensée. Change- 
ments dans la perception psychologique au cours de la pause. Reprise du 
fil des premières associations* leur correction, leur élaboration. Compré- 
hension de leur pleine étendue, de leur portée. 

IV. — E. Lowtzky (Paris) : Technique psychanalytique pour vaincre 

la résistance d'un surmoi trop sévère. 

Le problème qui nous occupe est celui de vaincre la résistance qui se 
manifeste, dans les cas d'un surmoi trop sévère, par une opposition à la 
guérison du malade, c'est-à-djre dans ces cas où c'est « un « facteur 
moral », un sentiment de culpabilité, qui trouve sa satisfaction dans la 
maladie et qui refuse d'abandonner la punition de la souffrance, » Cette 
résistance, fréquemment insurmontable, se présente comme un puissant 
obstacle à la guérison du malade, si bien que « là où le sentiment de cul- 
pabilité est trop grand, il manque souvent une force d'opposition de 
valeur similaire que le traitement pourrait mettre en œuvre contre lui ». 
Cet intense sentiment de culpabilité provient des pulsions agressives. Le 
surmoi montre alors une sévérité particulière, il fait rage contre le moi 
qu'il punit par la maladie. Il s'agit donc de vaincre cette résistance en 
trouvant « une force d'opposition de valeur similaire » â dresser contre 
cet intense sentiment de culpabilité. Nous trouvons cette « force d'oppo- 
sition » en montrant que les sentiments d'agressivité naissent de l'amour* 
qu'ils y prennent leur origine, si bien qu'il est possible de juger de Tint en- 



■— 1^ *^^^^^^^^^^^» 



COMPTES RENDUS 34& 



site de l'amour suivant l'intensité de la haine ; nous montrons que 
l'enfant n'est pas responsable de cette transformation de l'amour en 
haine, qui ne survient que par suite d'une déception éprouvée dans 
l'amour de ses parents pour lui- 
Dans un certain nombre de cas sévères de névrose obsessionnelle et 
d'hystérie, en dehors des quatre cas cités ici, j'ai réussi à vaincre Itfs 
résistances les plus têtues du surmoi, et à guérir le malade. Par consé- 
quent, là où le sentiment de culpabilité est très grand, une éiucidation 
complète de la genèse de l'agressivité constitue « une force d'opposition 
de valeur similaire » qui nous permet de réduire le sentiment de culpa- 
bilité, de briser ainsi les résistances du surnioi et de rendre la santé au 
malade. 

V. — Michael Bâlint (Budapest) ; Le but du traitement psychanalytique. 

Descriptions existantes de ce but ; rendre l'inconscient conscient, 
vaincre les résistances, supprimer l'amnésie infantile, revivre en analyse 
les expériences passées* abréagir le traumatisme de îu naissance, associer 
d'une manière réellement libre. La théorie d'un nouveau début. Conclu- 
sions relatives à ce qu'on nomme les « stades prégénilatix de l'organisa- 
tion de la libido », et plus spécialement à 1' « organisation sadique- 
anaie » et à la « phase phallique ». Critique des tentatives d'explication 
basées sur le complexe de castration* Perspectives. 

VL — "Wilhelm Reich (Malmô) : Nouveaux problèmes de l'analyse 

du caractère et leurs conséquences, 

Description de l'origine de Pénergie des instincts du moi à l'aide 
d'illustrations cliniques» Crainte de tomber et association superficielle, 
Crainte de perdre un objet et manque de contact sur le plan du caractère. 
Réactions végétatives après relâchement de l'armure du caractère. Rigi- 
dité musculaire et pétrification sur le plan du caractère. Quelques pro- 
blèmes sur la frontière psycho-physique. 

VIL — George Gerô (Copenhague) : Théorie et technique de L'analyse 

du caractère. 

1) L'analyse du caractère n'est qu'un cas spécial de l'analyse des résis- 
tances et c'est donc une partie indispensable de loulc analyse. 2) Nqus 
en venons de plus en plus à reconnaître l'élaboration de conflits névro- 
tiques sur le plan du caractère comme un mécanisme de défense très 
commun. 3) Nous disons d'un trait de caractère qu'il est névrotique 
quand il diminue la capacité pour Inexpérience et pour l'action, quand il 
devient rigide et perd la faculté de se transformer et de s'adapter. 4). La 
fonction des traits de caractère n'est pas seulement celle d'un système 
inhibiteur, mais aussi sureompensatcur. 5) La défense sur le. plan du 
caractère se fait au moyen de modes de réaction particuliers, mais aussi 
par la formation de mécanismes physiques, par exemple la contraction 
musculaire du caractère obsessionnel. 6) Ferenczi, Fenichel et Reich onî 
attiré l'attention sur l'importance de ces manifestations physiques for- 



350 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



m elles, La question de savoir si ces phénomènes physiques ne révèlent 
pas des destinées et des transformations de la libido est à étudier* 7) L'im- 
portance technique de ces manifestations formelles consiste en ce qu'elles 
forment un dépôt de l'histoire d'un conflit infantile, c'est-à-dire la répres- 
sion, par crainte du châtiment, d'une pulsion sexuelle ou agressive* En 
rendant conscientes, continuellement, les manifestations physiques for- 
melles et en dévoilant leur fonction, nous permettons l'irruption de 
l'angoisse liée à ces attitudes, et sommes ainsi à même de reconstruire et 
de résoudre le conflit primitif, 

YIIL — Melitta Schmideberg (Londres) : Le mode d'action 
* de la thérapeutique psychanalytique, 

La psychanalyse fortifie et corrige ]es tendances spontanées de l'indi- 
vidu à l'auto-guérison. 

L'action de l'interprétation ; économique, topographique et dynami- 
que. Conditions de Faction de l'interprétation, Désintrication des ins- 
tincts et déplacement de la libido au cours de l'analyse, Facteurs régula- 
teurs de ces processus. 

Influence sur les processus de la projection et de l'introjection. Nature 
de la situation de transfert. Quelques facteurs déterminant les limites de 
la thérapeutique* 

Comparaison de la psychanalyse avec d'autres formes de psychothé- 
rapie* 

Huitième séance scientifique 

Vendredi 31 août, 3 h. 30. 
Président : D T Ernest Jones, Londres. 

I- — M. N. Searl (Londres). : Idéaux infantiles. 

Depuis la substitution du terme surmoi pour l'idéal du moi, il s'est 
accumulé relativement peu de nouvelles connaissances sur l'aspect idéal 
du surmoi. Pourtant l'incorporation de l'idéal parental, ou du parent 
idéal dans son rapport à la situation oedipienne, implique une histoire 
antérieure de la formation de l'idéal* Car tout phénomène psychique a sa 
genèse spécifique aussi hien que ses circonstances* 

L'ignorance infantile du temps et d'autres limites du domaine de la 
réalité sont des éléments importants dans l'impatience et le contentement 
infantiles : dans l'angoisse, de peur que la situation de tension et de 
gène ne finisse jamais, de même que dans le désir que jamais ne finissent 
les situations heureuses. Ceci donne l'origine des deux formations 
extrêmes, liées Tune à l'autre, du surmoi, avec* chez toutes deux, l'impa- 
tience et la rigueur comme marque de leur origine infantile. Ainsi l'an- 
goisse provenant de l'association de ces affects avec les idéaux person- 
nels du jeune enfant peut conduire à leur déplacement par les idéaux des 
parents, su ri ont quand ceux-ci sont dirigés plutôt vers les manifestations 
extérieures, \crs le comportement, que vers la vie psychique intérieure. 

* 



/ COMPTES RENDUS 351 



11, — Rut h Mack Brunswick {Vienne) : Les racines pré-œdipiennes de 
ta scèite primitive (soins physiques, la scène primitive et la masturba- 
tion infantile)» 

Les premiers soins physiques de l'enfant fournissent la base de fait 
pour sa compréhension de la scène primitive» et pour les fantasmes 
masturbatoires infantiles, . 

- 

III. — Raymond de Saussure (Genève) : Analyse du moi. 

Les conflits iafantîles qui sont à la hase des névroses se forment â un 
âge où la logique de l'enfant est bien différente de celle de l'adulte. Il 
importe parfois d'analyser cette différence pour permettre au malade de 
comprendre ses conflits. 

Ainsi l'enfant ne comprend pas la logique des relations. Un objet est 
lourd ou léger, mais il n'est pas plus ou moins lourd suivant l'objet auquel 
on le compare. De même, l'enfant se considérera beau ou laid, intelligent 
ou bête. Cette attitude rend les sentiments d'infériorité si violents, car ils 
sont déduits des jugements absolus, caractéristiques de la petite enfance, 

■ 

IV. — Jeanne Lampl-de Groot (Vienne) : Influence de la masturbation 

infantile sur le développement ultérieur de la personnalité. 

Observations sur le rapport entre les troubles de la capacité du moi 
adulte pour l'action et le comportement de l'enfant vis-à-vis de la mas- 
turbation* 

V, — Edith Jacobson (Berlin> : Le problème de ta cure dans l'analyse. 

des enfants, 

La thérapeutique analytique atteint des résultats relativement meilleurs 
el plus rapides avec l'enfant qu'avec l'adulte (structure névrotique moins 
nouée et plus facilement réversible)* Mais — du point de vue de Féco- 
nomie libidinale — chez l'enfant le processus analytique de la guérison 
est limité ; il ne peut offrir mieux qu'un équilibre libidinal hibile, un état 
de compromis. 

Au cours de l'analyse des enfants, l'irruption explosive des pulsions 
est chose courante. Pour se garder des conflits provenant du milieu 
(famille, école) de Tentant, il faut qu'au moment opportun l'idée d'un 
contrôle instinctuel devienne pour lui une réalité vivante (Anna Freud) > 
à la fois dans l'intérêt de l'adaptation à la réalité et de la poursuite 
directe de l'analyse (freins quand il <r agit » trop violemment son conflit). 
Cependant, \ers la fin du traitement, l'enfant, qui a maintenant atteint 
une organisation génitale, désire ardemment une satisfaction sensuelle 
avec des objets {jeux sexuels avec d'autres enfants). Exemples. Il trouve 
que la tâche de restreindre ses pulsions génitales, qui lui est prescrite par 
la morale conventionnelle, est un problème ardu. La solution de ces diffi 
cultes se fait en plus grande partie suivant les directions prises par la 
moyenne des enfants normaux en surmontant leurs conflits œdipiens, 
non pas au moyen de « condamnation consciente te», mais à Paide du 



mm^m^m 



352 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



mécanisme de répression, Le processus d'obtention d'une liberté instine- 
tut-Ole est suivi d'un processus de répression, d'un ordre moins sévère, et 
par conséquent moins pathogène. Désormais, dans la plupart des cas, la 
période de latence ne se manifeste plus, mais la masturbation n'est pas 
exempte d'angoisse, à cause de ses rapports avec les désirs inconscients 
défendus (autres enfants, personnes œdipiennes), 11 peut se manifester 
des troubles de l'ordre d'une « névrose actuelle », Si le désir demeure 
conscient, l'enfant reste d'une manière permanente dans une situation de 
conflit, et en danger de rechute. De toute façon les différents résultats 
n'offrent rien de plus qu'un état d'équilibre labile. Pour clarifier nos 
idées thérapeutiques, nous comparons ces résultats avec les buts curalifs 
du traitement des analysés adultes : tandis que nous demandons à J'eii- 
fant de renoncer finalement à ses relations objecta les sensuelles, nous ne 
prononçons l'adulte guéri que quand il est capable de sublimation et 
prêt à des relations objectales génitales. Ceci veut dire, dans un cas, un 
équilibre psychique complet et stable, et dans l'autre, un équilibre labik\ 
Si nous plaçons l'idée de « condamnation consciente » au point de vue 
de l'économie libidinale, nous trouverons qu'elle correspond à la capa- 
cité du moi pour une régulation instinctueltc sur la base d'un équilibre 
libidinal complet. Comme ceci n'est obtenu que par l'épanouissement de 
la génitalilé libérée de l'angoisse, l'enfant analysé — s'il doit rester 
d'accord avec' la moralité conventionnelle — - est incapable tlv « con- 
damnation consciente », et par conséquent ne peut atteindre les buts de 
guéri son qui sont valables pour l'adulte. 

VL — Anna Freud (Vienne) : Le problème <le ta puberté. 

Poursuite de l'étude des similarités subsistant entre les constellations 
instinctuelles de la première enfance et la puberté, et leur élucidât ion. 

VIL — Siegfried Bernfeld (Vienne) : Puberté chez te mâle. 

Aperçu des formes de développement les plus importantes prises par 
la puberté chez le mâle. Présentation détaillée de Tune de celle-ci comme 
étant la forme « primitive » ; indication de ses causes déterminantes. 
Indication des rapports de la « puberté primitive » aux conditions. aso- 
ciales. 

Séance administrative 

Mercredi 29 août, 9 heures. 

Président ; D T Ernest Jones. 

Membres de Vexèeutif présents: Y) T Eitingon, Mlle Anna Freud* D* 
Ophuijscn* 

Le président ouvrit la séance. Il demanda au Congrès de sanctionner la 
présence du D T ilartin Freud bien qu'il ne fut que membre adhérent de 
l'Association Internationale de Psychanalyse, parce que, d'un côté* il 
avait à soumettre un rapport sur les travaux du Verlag^ et que, de l'autre, 



COMPTES RENDUS 35S 



il serait chargé du compte rendu de la séance administrative. Cette sanc- 
tion fut donnée. 

Le président proposa qu'un télégramme soit envoyé par ]e Congrès au 
D* Bcbn-Eschenhurg — - qui était tombé gravement malade aussitôt après 
la réception d'ouverture — lui exprimant la sympathie du Congrès et lui 
souhaitant un rétablissement rapide. La proposition fut reçue par des 
applaudissements et adoptée à l'unanimité. 

Sur quoi le D r Jones lut le 

L — Rapport de V Exécutif Central 
comme suit : 

■ 

« Quelques-uns d'entre nous -ont considéré que Je rapport présenté par 
le D r Eitingon au dernier Congrès était rédigé sous des couleurs plus 
roses que ne justifiait la véritable situation de la psychanalyse* Quoiqu'il 
en soit, j'ai peur de ne pouvoir présenter une image semblable* Au con- 
traire, j'observe dans différentes branches de l'Association un esprit de 
désunion qui me préoccupe sérieusement II y a heureusement d'autres 
parties du tableau qui le rendent moins sombres et qui raniment l'espoir 
d'un fructueux avenir pour notre travail commun, 

» En Amérique, la situation est obscure sous bien des rapports* Au 
dernier Congrès, l'Association Psychanalytique Américaine avait été auto- 
risée à se résoudre en un organe exécutif de toutes les Sociétés améri- 
caines, à agir comme organe d'examen de toutes les Sociétés futures et, 
d'une manière générale, à fonctionner comme un lien intermédiaire 
entre le Congrès de l'Association et les différentes Sociétés filiales en 
Amérique* Cet arrangement prometteur qui avait été conclu avec l'aide 
du D r EitSngon, a rencontré un obstacle inattendu, La constitution pro- 
posée rencontra une telle opposition qu'au printemps dernier nos col- 
lègues américains décidèrent de la suspendre jusqu'à ce qu'il soit possible 
de s'accorder sur une constitution amendée. Ceci sera pour nous un 
important sujet de discussion ce matin et il me semble que c'est une occa- 
sion où, par notre plus grande « distance » psychologique en ce qui con- 
cerne le problème, nous pourrions venir en aide à la perplexité de nos 
collègues. 

a Dans la Société de New-York elle-même on entend des rumeurs de 
tension existant entre des sous-groupes, mais je ne connais aucun événe- 
ment précis à vous soumettre* Le travail d'cnseigneruejjt, dirigé par le 
D T Rado, s'est poursuivi sans interruption et doit par conséquent aboutir 
à des résultats profitables. A Chicago, l'association pleine de promesses 
entre les D rB Alexander et Horney a été dissoute, et le D r Horney est sur 
le point de s'établir à New-York, Je puis dire ici que lors de sa récente 
visite à Londres, j'ai eu l'occasion de causer avec le D T Stern, qui a tant 
fait pour l'Institut de Chicago, et j'ai eu plaisir à voir combien le déve- 
loppement de la psychanalyse lui tenait à coeur, là et ailleurs. Un nouveau 
groupe, de grau de qualité, s*est formé à Boston, où se trouvent plusieurs 
analystes bien connus tels que les D T * Coriat, Hendrick et Peck, Je dois 
ajouter que ïe D r Hanns Sachs a transféré de Berlin à Boston ses uniques 

BEVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE. H 



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354 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 

_-■— — ■ ■ i » — ■ h» h n i ■ ■ * 

qualités d'enseignement. La Fédération américaine a donné son approba- 
tion à la nouvelle Société et nous allons vous demander de ratifier son 
incorporation à l'Association Internationale. Bien que réduit, le groupe 
de Washington-Baltimore est actif. Il a l'ambition de posséder un jour 
son propre institut, mais ce sujet concerne la Commission Internationale 
de l'Enseignement plutôt que la présente réunion. 

» La suivante sur ma liste alphabétique est la Société anglaise. De 
même qu'un pays heureux n'a pas d'histoire, il y a peu à dire sur cette 
Société, Le cours du travail scientifique et de renseignement a été régu- 
lièrement maintenu et nous avons récemment ét^udu notre activité au 
champ des conférences publiques. Le nombre des membres est mainte- 
nant de soixante, approximativement le même qu'à New-York et à Vienne. 
Il y a eu deux événement intéressants. A Johannisburg, un petit groupe 
s'est formé sous la direction du D r Wulf Sachs, à qui nous souhaitons la 
bienvenue à ce Congrès ; ce groupe promet d'être le noyau d'une future 
Société sud-africaine. Le D T Péris* de Berlin, Ta jointe récemment, et il 
est probable que d'autres européens feront de même. Le groupe a fait sa 
demande d'affiliation à la Société anglaise comme groupe d'études en 
attendant son évolution future* demande que nous avons acceptée. L'autre 
événement est Parrivée de plusieurs psychanalystes d'Allemagne. Huit 
d'entre eux, dont deux sont venus avant les récents développements poli- 
tiques, sont maintenant membres de notre Société, et nous les avons 
trouvé sous tous les rapports une bienfaisante addition à nos forces, 

*> La Société hollandaise, d'autre part, a donné beaucoup de souci à 
l'exécutif central. Des dissentiments se sont fait jour sur différents points,, 
et le président, D r van Ophuijsen, considérant qu'un travail harmonieux 
avec ses collègues n'était plus possible* donna sa démission et fonda une 
nouvelle Société. Bien que les motifs eux-mêmes n'aient pas été claire- 
ment ïlétinis et que, par principe, on ne pouvait que déplorer la nécessité 
d'un schisme, l'exécutif central a eu le sentiment qu'il devait approuver 
l'action du D r van Ophuijsen, et donna ainsi à la nouvelle Société une 
acceptation provisoire. À présent, cette Société est un petit groupe de 
quelques dix membres, qui comprennent l'ancien Président, le D r van 
Kmden, le D r Landauer, le D r Katan et le D r Reik. Le D r de Monchv fut 
élu président de l'ancienne Société et il m'a promis de demander à sa 
Société d'adopter un titre distinctif afin d'éviter toute confusion. Leur 
travail continue, bien entendu, ainsi que celui du groupe d'études d'Ams- 
terdam, Le D r Westerman Holstijn a été nommé Privatdocent de « La 
Psychanalyse des psychoses » h l'Université d'Amsterdam ; c'est la pre- 
mière fois que la psychanalyse a été officiellement reconnue aux Pays- 
Bas comme un sujet de cours d'université. 

y> En France, le principal événement a été la création de l'Institut Psy- 
chanalytique de Paris sur l'initiative de Mme Marie Hon aparté, qui a aussi 
les fonctions de directrice. Bien que dirigé vers le monde extérieur plus 
que nous n'en avons Phabîtude, l'Institut organise aussi renseignement 
des étudiants suivant des directions approuvées et il est certainement 
destiné à jouer un rôle très important dans le développement futur de la 



COMPTES RENDUS 365 



psychanalyse en France. Un antre événement a été la création de l'Asso- 
ciation des Psychanalystes de France, dont la fonction principale parait 
être de régler la pratique thérapeutique et les conditions d'admission des 
membres de la Société, 

» Jusqu'ici mon rapport a paru alterner entre de bonnes et de mau- 
vaises nouvelles des diverses Sociétés. Nous en venons maintenant à notre 
plus grand souci, la Société allemande. Je préfacerai ce que je vais dire 
en faisant remarquer que toute cette question a soulevé diverses émotions 
qui tendent à fausser une vue objective de la situation. Dans la discussion, 
il est une considération qui doit certes primer toutes les autres : celle du 
meilleur moyen de favoriser les possibilités de travail des membres dfi 
la Société allemande, de ceux qui sont restés en Allemagne, de ceux qui 
ont quitté ce pays. Ces deux groupes travaillant dans des conditions 
d'exceptionnelles difficultés et tous deux ont besoin de notre aide et de 
notre sympathie. Je suis sûr que nous les leur donnerons sans restric- 
tions. Les faits sont les suivants : Au cours des dernières années, la 
Société allemande a perdu* par émigration, près de la moitié de ses 
membres* C'est une perte de qualité autant que de quantité» puisqu'elle 
comprend la plupart de ceux qui se sont créés par leurs travaux une 
renommée mondiale. L'émigration appartient à deux périodes : avant et 
après Tavènement du présent régime politique en Allemagne, A la pre- 
mière période se rattachent les noms d'Alexander, Harnik, Karen Horney, 
Mêla nie Klein, Rado, Sachs et Melitta Schnùdeberg ; à la seconde ceux 
de Bernfeld, Eitingou, Fenichel, Landauer, Reich, Reik et SimmeL La 
seule mention de ces noms indique assez la perte que la Société alle- 
mande a subie. Il faut noter cependant qu'une minorité seulement des 
émigrants étaient de nationalité allemande, car i\s avaient eux-mêmes 
immigré en Allemagne en des temps plus favorables ; ainsi je crois que 
c'est seulement le cas de trois des quatorze noms éminents que je viens 
d'énumérer* La plupart des émigrants ont trouvé bon accueil dans d'au- 
tres groupes psychanalytiques* Beaucoup d'entre eux ont des situations 
satisfaisantes et des opportunités de travail, mais beaucoup d'autres — 
spécialement les jeunes membres — rencontrent encore à ce point de vue 
des difficultés considérables et sont à proprement parler le sujet de notre 
grave souci* La majorité des membres allemands et non-israélites res- 
tèrent dans leur pays malgré les privations et les difficultés qu'ils y 
subirent, La psychanalyse est par conséquent encore pratiquée en Alle- 
magne et les travaux psychanalytiques n'ont pas été interrompus, même 
en ces temps troublés. Pourtant les actifs du ceux qui sont restés ont été 
l'objet de nombreuses critiques, dont quelques-unes pleines de ressenti- 
ment. Celles-ci se sont spécialement concentrées sur la personne du prési- 
dent actuel, le D r Boehm- On peut sans doute avoir, légitimement, des 
opinions différentes sur la sagesse de certaines mesures prises par le 
D T Bnchm ? mais ces opinions ne peuvent avoir de valeur que si celui qui 
les tient connaît aussi les faits. J'ai eu connaissance d'opinions précises 
exprimées par des personnes ignorant ces faits, ce qui prouve en soi- 
même l'action de facteurs non -rationnels. J'ajouterai seulement que le 



j^i^m^^^^m 



356 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



D T Boehm consulta personnellement le Professeur Freud déjà en avril 
1933, en prévision de moments critiques qui survinrent en effet par la 
suite, et que, saisissant alors la première opportunité, il me donna, comme 
président, un rapport Adèle de tout ce qui s'était passé, au cours d'entre- 
vues que j'eus avec lui et d'autres collègues en Hollande au mois d'octo- 
bre de la même année. J'ai des raisons d'espérer que les services rendus 
à la psychanalyse par le D r Boehm survivront aux critiques qu'il subit 

momentanément. 

* Comme résultat de tout ceci, il est une question pratique que 
je désire soumettre à cette assemblée, celle du statut des membres. 
On nous a proposé de créer une nouvelle catégorie de membres de 
l'Association Internationale, catégorie sans attaches de lieu, Quelqu'un Ta 
spirituellement comparée à un passeport de Genève, ou — pour conser- 
ver une terminologie analytique — on pourrait la décrire comme <a inat- 
iachée j». Je ne suis pas moi-même pleinement convaincu d'une pareille 
nécessité et je lierai volontiers ce problème à celui de la double adhésion, 
habitude qui, à mon avis, a récemment pris une fréquence indésirable. 
Ceux qui ont la responsabilité de tenir un tableau des membres de l'Asso- 
ciation Internationale, de l'importance et de la croissance des branches 
individuelles, etc., trouvent à cause de cela leur tâche de plus en plus 
compliquée. Je demande si nous ne pourrions pas nous en tenir à l'an- 
cienne règle qui veut que chaque membre de l'Association le soit e^ 
vertu de son adhésion à une seule Société filiale, que cette Société doit 
être autant qu'il est possible celle du pays où ce membre réside, et que, 
quand les circonstances s'opposent à cela, qu'une permission spéciale 
soit obtenue pour adhérer a une autre Société, Je ne connais pas de cas 
qui ne serait couvert par cette règle, et elle serait certainement une sim- 
plification* 

j> En Hongrie, l'événement principal a été la disparition du fondateur 
et président de la Société. Le D r Hollôs, qui avait auparavant participé 
aux fonctions officielles du D T Ferenczi, continue maintenant la tradition 
qu'il a laissée derrière lui, et le travail do la Société se poursuit active- 
ment. Nous recevons des Indes la nouvelle que le président, le D r Bose, a 
eu un grave accident d'automobile, niais nous avons eu le plaisir 
d'apprendre qu'il s'est bien remis. Le vice-chancelier et le syndicat de 
l'Université de -Calcutta m'ont demandé de transmettre officiellement à ce 

■ 

Congres les meilleurs vœux de cette Université et je suis heureux de le 
faire. La psychanalyse a pris place dans les programmes de toutes les 
sections de psychologie des différentes universités indiennes, et on a 
fondé au Carmichael Collège de Calcutta une clinique psychologique où 
les méthodes psychanalytiques sont le plus employées. A l'heure actuelle, 
dix gradués suivent l'enseignement de l'Institut de Psychanalyse indien. 
Le groupe d'Italie, sous la direction de notre estimé collègue, le D f Weiss, 
fait des progrès lents mais sûrs. Son développement n'est toutefois pas 
encore suffisant pour justifier notre recommandation à l'Association de 
l'incorporer comme filiale. 

y> Au Japon, il y a eu d'intéressants progrès* Nous avons reçu l'an 



COMPTES RENDUS 357 



dernier la visite du professeur Marui, de l'Université de Sendai, dans le 
nord du Japon, Nous étions au courant de son activité de traducteur et 
savions qu'il éditait une Revue de Psychanalyse, Un contact personnel 
nous montra qu'il possédai! uuc grande connaissance du sujet, et nous 
apprîmes qu'il avait fondé une école dans son voisinage, où Ton procé- 
dait à des analyses didactiques. Dans ces circonstances, nous avons 
décidé d'accepter ce groupe comme une Société constituante de l'Asso- 
ciation, et je vous demanderai votre ratification. En même temps, j'écri- 
vis à M. Yabéj président de la première Société japoiiaise > et lui suggérai 
de changer le titre de cette Société de façon qu'une Association Générale 
Japonaise, qui serait fondée ultérieurement, puisse comprendre tous les 
groupes japonais, M, Yabé me répondit sans retard, avec toute la cour- 
toisie qui fait la renommée de sa nation et dont nous autres occidentaux 
pourrions bien suivre l'exemple. De telle sorte qu'il existe* maintenant au 
Japon deux groupes unis par des liens amicaux ; la Société Psychanaly- 
tique de Tokio et la Société Psychanalytique de Sendai. 

» 11 est bien naturel que la récente dispersion ait eu des retentisse- 
ments en Palestine, et c'est un gain de compensation pour nous qu'il ait 
été maintenant possible d ? y fonder une Société de Psychanalyse* Mais 
nous la payons cher cependant, car le fondateur et le président de cette 
nouvelle Société est le D r Eitingon, dont la présence en Europe nous fera 
gravement défaut. En attendant votre ratification, nous avons accepté la 
nouvelle Société qui porte le titre approprié de Chevrah psychoanalylilh 
h'Erez Israël (Fraternité Israélite de Psychanalyse). 

* De Russie, nous n'avons, comme d'habitude, aucune nouvelle directe, 
et le D r Wulff* l'ancien président là-bas, a émigré en Palestine où il est 
membre du groupe local. L'an dernier, nous avons été priés d'accepter 
une Union Psychanalytique Scandinave, formée de membres du Dane- 
mark, de Finlande, Suède et Norvège. C'était une idée neuve et qui peut se 
refendre. Sans aucun doute, la psychanalyse donne enfin des signes de 
progrès dans ces pays du Nord, mais nous ne sommes pas sûrs qu'une 
nouvelle période de développement ne soit pas désirable avant de cons- 
tituer ces filiales de l'Association ; le sujet sera pourtant certainement 
discuté. 

» En Suisse, la psychanalyse maintient ses positions dans des circons- 
tances plutôt difficiles* L'événement probablement le plus intéressant a 
été l'octroi d'un doctorat honoraire à Pfarrer Plis ter <t en considération 
de ses importants travaux sur le domaine de la psychanalyse, de la péda- 
gogie religieuse, de la théorie pastorale et de la psychologie de Pinçon- 
scient ». C'est un plaisir que de féliciter un vieux collègue et ami de cette 
distinction méritée. 

» La Société de Vienne a été extraordinairement active sous tous les 
rapports. Les travaux scientifiques et d'enseignement s'y sont maintenus 
à leur niveau éltïvé, mais il n'y a pas eu d'innovations de ce côte, La 
Société a été particulièrement préoccupée par la situation en Allemagne, 
Jes changements pojitiques et les incertitudes en Autriche même, et les 
difficultés du Verlag, sujets que nous traiterons ailleurs, Plusieurs mem- 



358 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



bres et étudiants sont venus d'Allemagne à Vienne et, coin in e me le confie 
le vice-président, le D T Federn, leur présence réjouit la Société qui s'en 
trouve enrichie^ Nous avons approuvé l'adoption par la'Société de Vienne 
d'une filiale à Prague, dirigée par Mme le D r Deri, en attendant que le 
petit groupe s'y développe en une. Société organisée et indépendante. 

» La mort a infligé à l'Association Internationale des pertes exception- 
nellement sévères depuis l'époque du dernier Congrès. Par-dessus tout, 
nous avons perdu le D r Ferenczi, le fondateur de l'Association et l'inspi- 
ration maîtresse de nos congrès. Par une série de malchances et une 
généreuse abnégation de sa part, l'Association n'a jamais eu l'occasion de 
l'élire pour son président, bien qu'il nous donna le plaisir de présider 
Pun de ses congrès à La Haye en 1920* On a déjà écrit, dans nos organes 
officiels, l'importance de Ferenczi dans le développement scientifique de 
la psychanalyse ; la plupart de nous s'accorderions pour le désigner 
comme Fauteur des travaux les plus originaux après Freud lui-même. 
Nous l'avons connu, dans nos réunions, comme un conférencier plein 
d'inspiration, un stimulateur de pensées neuves enthousiasmant, une pré- 
sence aimable et un ami fidèle et dévoué* Sa perte est le plus dur des 
coups. 

» Un proche ami de Fenrenczi ne lui survécut £uère plus d'une année. 
Je parle du l) r Georg Groddeck de Baden-Badert. Bien qu'on puisse à 
peine le compter dans les rangs des psychanalystes réguliers, on se sou- 
viendra longtemps de Groddeck, et pour des raisons personnelles, et pour 
la fraîcheur de vue de son esprit* Il a fourni un certain nombre d'idées 
qui ont eu de l'influence sur la psychanalyse, et l'une d'elles est incor- 
porée à un mot dont nous nous servons tous les jours> le Ça (da$ Es) ; 
comme chacun le sait, Freud lui emprunta ce mot, bien que le concept 
qu'il désigna ainsi n'était pas identique du tout avec celui de Groddeck. 
Groddeck avait une personnalité remarquable, et ceux qui se trouvaient 
présents la première fois qu'il parla à un congrès fie psychanalyse à Ber- 
lin, en 1922, n'oublieront pas de sitôt l'impression qu'il y fit, 

» Les Etats-Unis ont perdu l'un de leurs pionniers de l'analyse en la 
personne du D r Pierce Clark. Il fut l'un de ses membres fondateurs de la 
première Société créée là-bas, bien avant la guerre, et il continua d'actifs 
travaux de recherches jusqu'au moment de sa mort. L'ambition de sa vie 
était d'appliquer les méthodes psychanalytiques aux problèmes obscurs 
de l'épiïepsie et de l'arriération mentale ; il fit beaucoup pour ouvrir ces 
domaines à la psychanalyse. 

» Berlin a subi la perte de Mme Je D 1 Naef, une femme dont la person- 
nalité marquante lui donna une influence beaucoup plus grande qu'un 
étranger ne peut le supposer d'après ses écrits. J'ai fait sa connaissance à 
Zurich en 1907, et je l'ai toujours considérée comme une collègue de 
valeur. 

» La France n'a pas été épargnée non plus. La mort s'est abattue sur le 
groupe français pour la première fois en la personne de Mme Sokolnicka. 
On se souviendra longtemps d'elle comme de la première personne qui 
pratiqua la psychanalyse en France. 



^■^^^^^ 



!■■ I ^1 I 



COMPTES RENDUS 



359 



d Nous avons perdu un autre pionnier en la personne du D r Ossipov, 
l'un des membres fondateurs de la Société russe. Après la révolution il 
s'était établi à Prague, où il mourut l'hiver dernier. 

» La Société de Vienne a aussi subi une perte en la personne du D r 
Morgenthau. Bien que son intérêt pour la psychanalyse ne fut que rela- 
tivement récent, il s'était complètement identifié avec son enseignement* 

» Je vous demanderai de vous lever en signe dé respect pour ces col- 
lègues dont nous déplorons la disparition, 

» Comme je vous l'ai dit, sept nouveaux centres d'activité psychanaly- 
tique s'offrent à votre attention. Deux d'entre eux sont dés petits groupes, 
à Johannesburg et à Prague, qui ont été respectivement affiliés aux 
Sociétés anglaise et viennoise* J'ai déjà parlé du groupe Scandinave* Je 
vous demande maintenant de ratifier les mesures prises par l'exécutif 
«central en acceptant les Société suivantes : la Société Psychanalytique de 
Boston* la Société des Psychanalystes Hollandais, la Société Psychanaly- 
tique de Palestine et la Société Psychanalytique de Scndai. » 

L'assemblée reçut aux applaudissements le rapport du président Celui- 
ci proposa alors de voter que, d'accord avec les propositions de l'exécutif 
•central, les quatre groupes suivants soient admis à faire partie de 
l'Association Internationale de Psychanalyse ; 

La Société Psychanalytique de Boston. 

Chewra P&ychoanaîytith b'Erez Israël (Société Psychanalytique de 
Palestine). 

La Société Psychanalytique de Sendai, 

VefeeniyiRg van Psychoaiwhjticï in Nederland {Société des Psychana- 
lystes Hollandais)* 

Ce vote fut pris à l'unanimité. 

Le D r Eitingon attira l'attention du Congrès sur le fait que dans Ja liste 
îles membres du nouveau groupe de Palestine (qui avait été imprimée 
pour la première fois dans le calendrier du Congrès), il manquait mal- 
heureusement les noms de deux membres honoraires : ceux du D r M. D. 

r 

Eder, Londres^ et de Mlle Anna Freud, Vienne, 

Le Professeur Kristïan Schjelderup demanda alors la parole* Il déclara 
-que quelques années plus tôt on avait fait les premiers efforts pour réunir 
les psychanalystes des pays du Nord, c'est-à-dire le Danemark, la Fin* 
lande* la Suède et la Norvège* en un groupe affilié à l'Association inter- 
nationale. L'intérêt pour la psychanalyse allait rapidement grandissant 
dans ces pays, et une union des psychanalystes était d'autant plus néces- 
saire qu'un certain nombre d'analystes <* sauvages » — qui ne s'en inti- 
tulaient pas moins psychanalystes — s'étaient groupés en octobre 1933 et 
que leur activité constituait un danger pour les véritables psychanalystes. 

Les remarques du Professeur Schejelderup introduisirent un long 
débat, auquel prirent part plus particulièrement le président, le D r Eitin- 
gon, le D r Fenichel, Mlle Anna Freud, le D r Sachs, le D T van Ophuijsen, et 
plusieurs membres du groupe Scandinave. On décida finalement d'inter- 
rompre la discussion et de reprendre le sujet au cours d'une phase ulté* 
rieure de la réunion. Un changement dans les statuts — qui devait être 



mm 



360 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



adopté entre temps sous forme de résolution — pourrait permettre au 
Congrès d'atteindre plus facilement une solution. 

IL — Rapport du Trésorier général. 

Le trésorier général, le D r van Ophuijsen, soumit le rapport financier* 
Il déclara que les comptes définitifs montraient que les fonds à ce jour au 
crédit de l'Association Internationale se montaient approximativement 
à 1.380 florins hollandais, et à 4.063,98 Reichniarks, Le solde créditeur en 
marks — ■ dont l'intérêt étai t de 7 pour 100 — fait partie du compte du 
Verlag, et n'est pas pour Tinstant accessible. Il fit appel à tous les tréso- 
riers des Sociétés iiliales pour les prier de s'acquitter de leur devoir et 
cita des cas de retard. Le trésorier général proposa de réduire la sous- 
cription annuelle pour les années 1S35 et 1936 à 6 francs suisses (ou leur 
équivalent). Les arriérés des groupes individuels restaient naturellement 
toujours dûs, Les sociétés filiales nouvellement élues auraient à envoyer 
au trésorier général dès que possible leur souscription pour Tannée 1934 
sur l'ancienne base (RM, 8 par an}, 

L'assemblée donna son approbation unanime au rapport du trésorier 
général, et sa proposition de fixer la souscription annuelle à 6 francs, 
suisses fut adoptée à l'unanimité. 

■ 

II L — Rapport du président de la Commission Internationale 

de l'Enseignement. 

r 

Le D r Eitîngon, comme président de la Commission, fit le rapport sui- 
vant : 

« Comme vous allez entendre les rapports des Instituts de Berlin, 
Vienne, Londres, New-York, Chicago, et ainsi de suite, j'ai peu de choses 
à dire en guise d'introduction. Vous savez de quelle manière systématique 
le travail est conduit et surtout combien ce travail se conforme à des 
principes directeurs qui sont vraiment très semblables partout et qui ont 
cristallisé hors des quinze années d'expérience en Instituts psychanaly- 
tiques que nous avons derrière nous. Dans ces dernières années, un cer- 
tain nombre de nouvelles Sociétés ont été créées, qui toutes ont leur 
Comité d'enseignement. Mais bien que tous ces organismes travaillent, sur 
des plans uniformes, et bien que la nature de renseignement psychana- 
lytique, dans ses diverses parties, aille désormais de soi aux yeux de tous 
les psychanalystes* le moment n J en est pas moins venu de resserrer notre 
instruction psychologique et de l'organiser plutôt plus strictement. Voilà 
par conséquent la raison pour laquelle les rapports de la C L E, (Com- 
mission Internationale de l'Enseignement) ne sont plus rédigés par le 
secrétaire général, mais paraîtront dans le Bulletin sous la plume du pré- 
sident de la C. I* E. Les secrétaires des Sociétés filiales ont été prévenus 
que les rapports concernant la C, L E* doivent être envoyés régulière- 
ment désormais au président de la -C. I- E,, et de plus je prie aussi les 
Instituts et les différents Comités d'enseignement de m*enyoyer à Jérusa- 
lem (mon adresse y est, bien entendu, connue) un rapport sur l'activité 



COMPTES RENDUS 361 



propre des Instituts. Ces rapports ne sont pas destinés à être publiés, 
mais ils nie donneront un aperçu de la vie iniime des Instituts et des 
Comités d'enseignement et me permettront de saisir mieux qu'aupara- 
vant, et de manière plus précise, ce qui se passe dans les différents cen- 
tres. Tous ces renseignements "vont nous permettre alors de choisir les 
sujets sur lesquels doit se porter l'attention de la C, I, E, à ses réunions 
entre les congrès* 

» Car voici l'innovation que je désire vous proposer : 

» C'est que, dans les années où ne se tient pas de congrès, la C. L E. 
devrait se réunir aux environs de la même saison, sur le Continent (à 
Vienne ou à Paris), de manière à discuter les sujets importants concer- 
nant renseignement et l'instruction des psych analystes, et divers autres 
problèmes qui viennent maintenant à maturité, ou qui naissent de con- 
ditions locales spéciales* etc. 

% Pour élargir le champ de la C. I. E* dans cette direction, il sera 
nécessaire de modifier le paragraphe approprié des statuts, et en fait 
cette modification sera proposée par le secrétaire de la C* L E, Les règle- 
ments de la C, I, E. sont établis, bien entendu, par la C, L E. elle-même 
et ils vous seront également présentés, puisqu'il n'a pas été possible 
d'oTganiser une réunion de la C. L E* avant la séance administrative 
d'aujourd'hui, et que cette réunion ne se tiendra que demain soir, 

» L'avenir de notre mouvement est sans aucun doute concentré dans 
nos Instituts, là où nous apprenons, où nous enseignons et où nous pour- 
suivons nos recherches, et nous faisons certainement bien de leur accor- 
der nos pensées les plus attentives. » 

Ce rapport fut accueilli par des applaudissements. 

Le D* Jones proposa qu'à l'avenir îe Congrès se contente de rapports 
collectifs* Cette proposition fut adoptée. Il demeure toutefois permis de 
donner, si on le désire, des rapports séparés dans des cas particuliers, 

IV, — Comité du « Verlag », 

Le D r Sarasin, en tant que secrétaire du comité du Verlag, fit le rap- 
port suivant ; 

Il rappela au Congrès que l'effort fait en faveur du Verlag avait pour 
origine une suggestion du Professeur Freud, et il indiqua qu'étant donné 
Tétat de délabrement de ses finances, c'était une tâche bien difficile que 
de le remettre sur une base solide et qui ne pouvait être menée à bien 
que par la coopération de tous les membres et amis de l'Association Inter- 
nationale. Au nom du comité du Verlag t il remercia les donateurs parti- 
culiers dont les contributions en faveur du Verlag dépassaient mthne 
celles des Sociétés. Le T) T Sarasin décrivit ensuite l'intime collaboration 
entre le comité du Verlag et la direction commerciale du Verlag, ainsi 
que le contrôle exercé sur les dépenses de fonds pour remettre le Verlag 
sur une base saine. 

Sur quoi le D* Martin Freud, comme directeur commercial de Vlnter- 
nationater Psgchoanalytischer Verlag, fit un rapport sur le travail de 
reconstitution du Verlag et sur son activité depuis le Congrès de Wiesba* 



362 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



den. Parmi d'autres documents, ils donna les chiffres suivants : Les diffé- 
rentes Sociétés filiales de l'Association avaient réuni des dons se montant 
au total de ICO. 000 shillings autrichiens, L'Allemagne venait en tête avec 
environ S. 20.000 ; puis les Etats-Unis, avec environ S. 17.000 ; Vienne, 
avec environ S. 16.000; l'Angleterre, avec environ S, 15.000 ; la Suisse, 
avec environ S, 11.000, etc. Les particuliers avaient réuni la somme de 
S, 165,000 pour la reconstitution du Verlag* À la tête de cetLc liste venait 
le D r E.-B. Jackson, qui avait donné environ S, 40,000 ; le D r Brill, avec 
environ S, 38-000 (comprenant des sommes centralisées par lui), la Prin- 
cesse Bonaparte, avec environ S. 22.000 ; le D r Eiiingon, avec environ 
St 18,000 ; Mme MacPherson, avec environ S- 9.000; le D* Sachs, avec 
environ S. 5.000, etc. 

La direction commerciale cherchait, comme première tâche* à annuler 
le déficit annuel, qui, dans les années précédentes, s'était élevé jusqu'à 
S. 100,000, car la persistance d'un tel déficit rendait impossible d'avance 
toute chance de reconstitution. En fait, on avait réussi à éviter tout 
déficit pour l'année 1933. Pour 1934, pourtant, la direction prévoyait un 
nouveau déficit, car les ventes allaient constamment baissant du fait des 
développements en Allemagne, On pensait toutefois que ce déficit reste- 
rait dans des limites tolérables. 

D'importantes économies avaient été réalisées. En payant les crédi- 
teurs divers, on avait pu obtenir des réductions se montant à S. 35.000. 
La production de livres et de périodiques ne coûtait plus au Verlag que 
la moitié environ de ce qu'il avait à payer avant la reconstitution* Les 
dépenses de publicité qui, en 1930, par exemple, avaient englouti la 
somme de S. 75,000, avaient été à peu près complètement éliminées. Dans 
la première moitié de 1934, on n'avait pas même dépensé S* 1.000 dans ce 
but Les frais généraux et les salaires avaient été aussi très largement 
réduits* Ce qui était particulièrement satisfaisant, c'est que l'objectif 
principal de la reconstitution avait été pleinement atteint, en ceci que 
l'énorme poids de la dette avait été complètement effacé. Il ne restaient 
impayées que la dette au Professeur Freud et diverses dettes plus petites 
à quelques Sociétés et analystes. Le directeur commercial fit ensuite un 
bref rapport sur le travail du Verlag depuis le Congrès de Wiesbaden, 
sur ses nouvelles publications et éditions, en particulier sur la publica- 
tion du VoL XJI de la Gesamt-Àusgahe (Edition complète). 

Le président exprima son appréciation du travail accompli par le 
D r Freud. Le Congrès s'associa, en applaudissant, aux remarques du 
président. 

Le D T Federn attira l'attention du Congrès sur le regrettable état de 
choses qui découlait de la situation financière précaire du Verlag et qui 
faisait qu'on ne pouvait publier que les livres des auteurs capables de 
faire rtix-mêmes les frais d'impression. Un privilège s'était ainsi établi 
en faveur des auteurs fortunés — privilège qu'il trouvait extrêmement 
opprimant. Il importait de placer des fonds à la disposition du Verlag, 
pour lui permettre de publier également les livres des auteurs qui ne 
pouvaient payer les frais d'impression. 



«^^•PPV 



COMPTES RENDUS 363 



Le président demanda au Congrès si le comité du Verlag devait conti- 
nuer son existence après l'achèvement de la reconstitution du Verlag, 
auquel cas il proposait l'élection des membres nouveaux suivants pour 
siéger au comité : 

D r Max Eitingon ; 

Mlle Anna Freud ; 

D T E t -B + Jackson ; 

Mme Winifred MacPherson ; 

D r Hanns Sachs. 

On résolut à l'unanimité de continuer le comité du Verlag et d'élire les 
cinq nouveaux membres proposés. (Le D r Ophuijsen démissionna du 
comité.) 

V, — Revues, 

Le président proposa d'introduire une série de changements dans le 
but d'assurer une continuité stable aux revues officielles. L'Association 
Internationale prendrait la responsabilité financière de l'édition de ces 
revues. A l'avenir, chaque membre de l'Association internationale serait 
obligé de souscrire à deux revues officielles, alors que jusqu'ici semblable 
obligation n'avait été imposée qu'aux membres habit ant les pays de lan- 
gue allemande. Les membres auraient le libre choix des revues officielles 
auxquelles ils désiraient souscrire. Le montant des souscriptions aux 
différentes revues serait réuni en un fonds commun, et ce fonds serait 
administré par le trésorier général avec l'assistance du D T Martin Freud. 
Le président prévoyait que. la coopération internationale- serait grande- 
ment renforcée et aussi plus aisément atteinte comme résultat de ces 
changements* 

Le D f Lewin souleva des objections au projet du fait que lés Sociétés 
américaines ne possédaient pas d'organe officiel à eux. 

Le D T Lœwenstein, au nom de la Société française, exprima des doutes 
au sujet de la proposition du président, pour la raison que les membres 
de cette Société étaient uniquement intéressés par la Revue française ; 
car du fait de leur ignorance des langues étrangères, ils n'avaient pas 
l'usage de revues qui n'étaient pas publiées en français. 

A ce propos, le président fit remarquer qu'il était tout à fait impossible 
de poursuivre un travail de coopération internationale sur la base de 
l'ignorance de toutes les langues, sauf une. S'il était vraiment exact que 
les membres français ne lisaient que la petite proportion de travaux 
psychanalytiques publiés en français, alors sa présente suggestion leur 
offrirait sûrement un heureux stimulant et l'opportunité de remédier à un 
état de choses évidemment insatisfaisant. 

Le président soumit alors au Congres la suggestion suivante : A l'heure 
actuelle, le Professeur Freud dirige la publication de quatre revues offi- 
cielles (la Revue française est publiée sous le « patronage *> du Proies* 
seur Freud). Que doit-on faire si le Professeur Freud n'était plus à mêrn^ 
d'agir en cette capacité ? En pareille occurence la publication des organes 
officiels de l'Association pourrait être confiée à un comité spécial nommé 



mm 



364 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



par le Congrès, et le Professeur Freud lui avait déjà dit qu'il était disposé 
à transférer ses droits à un tel comité et à siéger comme Pun de ses 
membres. 

Le Congrès résolut de ne pas prendre de décision immédiate sur ces 
deux questions {les innovations proposées au sujet de l'obligation de 
souscrire et la direction des organes officiels), mats de nommer un 
comité chargé d'étudier et de préparer les éléments d'une décision pour 
le prochain congrès. Les cinq membres suivants furent élus pour siéger à 
ce comité : Anna Freud , Ernest Jones, René Laforgue, Bertram Lewin, 
Philipp Sarasin. 

YL - — Généralités. 

An sujtït du programme du prochain congrès, le D r Radû proposa la 
résolution suivante : 

« Que ]e Congrès donne à l'executif central pleins pouvoirs pour faire, 
pour le prochain congrès, tous arrangements en ce qui concerne les 
communications scientifiques, etc.. que l'exécutif central considère 
nécessaires et appropriés, en tenant compte des conditions régnantes à 
ce moment, » 

La résolution fut votée à l'unanimité, aux applaudissements. 

Le D r Rario suggéra que le conseil, conjointement au Yerlag, prenne la 
responsabilité de réviser le précieux glossaire qui avait été publié à 
Londres voici quelques années, et ajouta qu'on avait le même besoin d'un 
glossaire allemand. Le président promit de s'occuper du sujet. 

En ce qui concerne les membres qui, par la faute de circonstances 
extérieures, se voyaient contraints de démissionner d'une Société filiale 
particulière, mais dont l'affiliation à l'Association Internationale devrait 
être maintenue de quelque manière, le D T Eilingon soumit la résolution 
suivante : 

« La démission d'une Société filiale, ou In perle de ja qualité de mem- 
bre de cette Société, n'entraînera pas nécessairement la perte de l'affi- 
liation à l'Association Internationale de Psychanalyse. Sur l'application 
d'un membre démissionnaire d'une Société filiale, ou expulsé par elle, 
l'exécutif central pourra, à sa discrétion, déclarer que l'affiliation à 
l'Association Internationale demeurera en vigueur comme affiliation 
directe jusqu'au congrès suivant Toutefois, cette disposition s'appliquera 
uniquement aux membres de ces Sociétés européennes qui existaient déjà 
en 1912, à Pexception du groupe de Vienne* » 

La proposition fut volée à l'unanimité. 

Un long débat s'éleva sur la question de la réorganisation de l'Asso- 
ciation Psychanalytique Américaine, auquel prirent part notamment le 
D T Lewin, le D r Menninger et d'autres membres des groupes américains* 
Finalement le D T Rado soumit la résolution suivante : 

« Résolution proposée par V exécutif central de l'Association Interna* 
tionale de Psychanalyse : Le Congrès note, avec regret, que la réorgani- 
sation de l'Association Psychanalytique Américaine (Fédération des 



-■ ! ■ Bill 



COMPTES RENDUS 365 



Sociétés Psychanalytiques Américaines), qui avait été ébauchée au Con- 
grès de Wiesbaderu n'a pas été terminée. Le Congrès prend connaissance 
du fait que la Fédération des Sociétés Psychanalytiques de Boston, New- 
York et Washington-Baltimore, a nommé un comité de quatre membres 
pour rédiger un essai de constitution ; il espère que cette Fédération 
parviendra aussi prompiement que possible à s'entendre sur un texte 
définitif en accord avec les statuts et les traditions de l'Association Inter- 
nationale et qu'il le soumettra à l'exécutif central de l'Association, L'exé- 
cutif central étudiera alors cette constitution pour une ratification provi- 
soire, en attendant son acceptation finale par le prochain congrès* » 

Cette résolution fut adoptée à une majorité de voix. 

Modification des statuts 

Les modifications suivantes ont été adoptées : 

à) Art, 4. — Après le premier paragraphe, le paragraphe suivant doit 
être inséré : « Si une Société filiale, par sa conduite, nuit au prestige ou 
aux intérêts de l'Association Internationale de Psychanalyse, l'exécutif 
central a pleins pouvoirs pour la suspendre temporairement, tandis que 
le Congrès a pleins pouvoirs pour l'expulser des rangs de l'Association 
Internationale de Psychanalyse, 

» Au cas où des disputes s'élèveraient entre des Sociétés filiales, la 
décision arbitrale de l'exécutif central doit être invoquée avant toute 
autre chose. » 

b) Art, 5. — La dernière clause doit se lire : « qui les fera suivre au 
trésorier général avant le 1" juillet de chaque année. » 

c) Art, -6, — Dans la section concernant la considération et l'adoption 
des résolutions, le membre de phrase d) <* Les rapports sur l'activité des 
Instituts psychanalytiques (cliniques, etc.») », est à effacer. 

En (f)> et (g) t substituer aux mots « du président de la Commission 
Internationale de l'Enseignement » les mots « de l'exécutif de la Com- 
mission Internationale de l'Enseignement »* 

d) Les deux premiers paragraphes de l'Art, 7 sont modifiés comme 
suit : « L'exécutif central consistera d'un président* d'un secrétaire^ d'un 
trésorier et de quatre membres du conseil comme conseillers du prési- 
dent. 

% Le président et le trésorier sont élus par le Congrès pour siéger jus- 
qu'au congrès suivant. Le secrétaire sera choisi par le président, dont le 
choix sera soumis au Congrès pour ratification* L'un des membres-con- 
seillers doit être le dernier ex-président et un autre le président de 
PAssociatîon Américaine de Psychanalyse. Les deux autres membres- 
conseillers seront élus par le Congrès pour siéger jusqu'au prochain con- 
grès. En cas de vacance survenant dans l'exécutif, l'exécutif lui-même 
élira un substitut, » 

Le dernier paragraphe de l'Art, 7 demeure inchangé, 

e) L*ArL 8 est modifié comme suit : 



3fi6 REVUE FRANÇAISE DE PSYCHANALYSE 



^^^^^^■^^^^^ 



« La Commission Internationale de l'Enseignement (C, L EJ est l'orga- 
nisme central de l'Association Internat ion aie de Psychanalyse pour 
l'organisation et la direction de l'éducation psychanalytique et pour 
Fadiiiinistraliun de toutes les affaires de l'Association concernant l'édu- 
cation psychanalytique. 

» La C I. E. est formée de son conseil, des comités d'enseignement des 
Instituts agréés. Le conseil de la C L E., qui est formé d'un président, 
d'un secrétaire et d'un membre du conseil, sera élu par le Congrès pour 
siéger jusqu'au congrès suivant. Le comité d'ensui^nement de chaque 
Institut agréé peut être constitué d'un maximum de sept membres* le 
comité d'enseignement de chaque centre d'éducation agréé, d'un maxi- 
mum de trois membres. Il est désirable que chaque comité d'enseigne- 
ment nomme un président et un secrétaire. 

» La C, L E. établit ses propres règlements. Tontes les décisions de la 
compétence de la C, L E, seront prises par le conseil de la C. L E, pour 
'la période s'étendant jusqu'au congrès suivant, et seront prises définitive- 
ment par la réunion plénière de la G. LE.» 

/) Art. 10. — Les deux dernières phrases de l'article 10 sont modifiées 
comme suit : 

« La section générale du Bulletin de l'Association Internationale sera 
rédigée par le secrétaire général de l'Association Internationale, et la 
section de l'enseignement, par le secrétaire de la C, L E, Les secrétaires 
des Sociétés filiales et les secrétaires des comités d'enseignement enver- 
ront respectivement leurs rapports au secrétaire général ou au secrétaire 
de la C, L E, à intervalles réguliers* » 

Toutes les précédentes modifications des statuts furent adoptées par le 
Congrès à l'unanimité et aux applaudissements. 

Le président remit au vote lu question de l'admission des groupes Scan- 
dinaves, qui avait déjà été discutée plus tôt, et déclara, au nom de l'exé- 
cutif central, qu'après une discussion privée, on pouvait s'entendre en 
substituant une autre proposition : que deux nouvelles Sociétés soient 
formées, une Société danoise-norvégienne et une finlandaise-suédoise* 
D'accord avec ceci, ces deux nouvelles Sociétés furent admises à l'unani- 
mité et applaudies, 

VIL — Election du Président de la Commission î nier nationale 

de l'Enseignement 

Le D'ftflax Eitingon fut élu président de ta C. L E. aux acclamations* 
Furent également élus : 

Membre du Conseil : Mlle Anna Freud ; 

Secrétaire ; D r Sandor Rado, 
tous deux à l'unanimité et aux applaudissements. 

VIII. — Election de l'exécutif central. 

Le D r Ernest Jones fut réélu président de V Association Internationale 
de Psychanalyse, aux acclamations* 

Le président informa l'assemblée de la démission de Mlle Anna Freud, 



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COMPTES RENDUS 



367 



débordée par d'autres travaux, de ses fonctions de secrétaire tfénérale- 
JD'accord avec les nouveaux statuts, le D r Edward Glover fut élu secré- 
taire général. Le président indiqua que le D T Brill, comme président de 
la Fédération Américaine, deviendrait de nouveau, automatiquement, 
membre de l'exécutif central ; ceci s'appliquait aussi au D T Max Eïtingon, 
Je dernier président de l'Association Internationale. Comme autres mem- 
bres de l'exécutif central, les suivants furent élus : 

Mlle Anna Freud> 

T> r van Ophuijsen, 

D r Sarasirt, trésorier général. 

Ils furent tous élus à l'unanimité et applaudis. 

Sur la proposition du D r Kris> le Congrès donne décharge à l'exécutif 

central sortant et le remercie. 



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Dans le travail de P« Frïedmann « Sur le Suicide » paru dans le 
précédent fascicule (T. VIII, 1935, n° 1), remplacer la 3" ligne de 
la page 141 par celle-ci : 



la tentative de suicide du financier» qui semblait de prime abord 



Le Gérant i E* Corbière. 



Âlecçon. — Imprimerie Corbière et Jugain.